Les ingénieurs d'Alcatel sous le choc du plan social

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par Guillaume Frouin

ORVAULT, Loire-Atlantique (Reuters) - Quelque 300 ingénieurs du site Alcatel-Lucent d'Orvault en Loire-Atlantique ont débrayé vendredi pour "maintenir la pression" sur l'équipementier télécoms qui vient de détailler un plan de 1.353 suppressions d'emplois en France.

Le site nantais, qui a employé jusqu'à 1.200 personnes il y a trente ans, est l'un de ceux proportionnellement les plus touchés en France par la restructuration, avec 122 postes menacés sur 541.

Un tiers de ses effectifs en recherche et développement vont être supprimés, selon les salariés, qui vivent leur cinquième plan social depuis la fusion d'Alcatel avec l'américain Lucent il y a six ans.

"Cette décision a surpris tout le monde ici. Dans le plan initial, il avait été dit que la recherche et développement serait épargnée", témoigne Vincent Pageau, 55 ans, délégué du personnel CFDT.

"On a le sentiment que c'est l'ordre invisible : tout est décidé, mais on ne sait pas par qui et pourquoi", soupire Pascal Giaumé, un développeur de 45 ans, qui travaille chez l'équipementier depuis dix-huit ans.

Alcatel-Lucent a annoncé au milieu de l'été près de 5.500 suppressions de postes dans le monde dont 1.430 en France, un chiffre ramené à 1.353 après une analyse des effectifs et une procédure de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, a précisé le groupe franco-américain jeudi.

"AUCUNE STRATÉGIE INDUSTRIELLE"

Les fabricants d'équipements télécoms traversent une période difficile face à la dégradation de la conjoncture, qui pèse sur les revenus de leurs clients opérateurs, le tout dans un climat de guerre des prix qui continue de faire rage dans le secteur.

Les équipementiers européens doivent en outre faire face à la concurrence des asiatiques Huawei et ZTE, particulièrement agressifs en matière de prix.

De leur côté, les salariés d'Alcatel-Lucent expliquent les difficultés de leur groupe par l'absence de stratégie industrielle de ses dirigeants.

"Il n'y a aucune stratégie industrielle, c'est du n'importe quoi (...) Ils vendraient des queues de casserole, ce serait pareil", s'emporte Jean-Michel Bariller, délégué syndical CGT à Orvault.

"Je suis d'accord pour qu'on sauve la sidérurgie à Florange, mais si on ne sauve pas l'industrie high-tech aujourd'hui, demain on va à l'abattoir", ajoute ce technicien de 57 ans, qui affiche près de quarante ans d'ancienneté sur le site nantais.

Une délégation de personnels du site doit rencontrer lundi le délégué régional du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg pour lui faire part de ses inquiétudes. Des actions similaires auprès des collectivités locales sont prévues.

Alcatel-Lucent a dit qu'il prévoyait d'engager la mise en oeuvre du plan de départs volontaires au terme de la consultation des représentants du personnel. Ce plan durerait deux mois et prendrait fin le 30 juin 2013.

Edité par Gilles Trequesser

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