Les îles de Méditerranée, laboratoires du changement climatique

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par Jean-François Rosnoblet LA SEYNE-SUR-MER, Var, 15 septembre (Reuters) - Une campagne scientifique a débuté mardi sur des îles de la mer Tyrrhénienne pour mieux comprendre l'impact du changement climatique en Méditerranée, où l'on observe des taux de réchauffement parmi les plus élevés de la planète. "On estime à environ 2°C l'augmentation de la température en Méditerranée au cours des trente dernières années, soit une augmentation annuelle de 0,06°C", a expliqué à la presse Bruno Andral, chef de mission de la campagne Medbionet menée par l'Ifremer, le Conservatoire du littoral et l'Agence de l'eau. Jusqu'au 10 octobre, une équipe de scientifiques français embarquée à bord du navire océanographique "L'Europe" va parcourir la Méditerranée occidentale, de la rade de Toulon aux rives tunisiennes, avec des escales au large de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile. Cette équipe étudiera les effets des stress thermiques sur les environnements marins et terrestres d'une demi-douzaine de petites îles dont la taille modeste (moins de dix hectares) en fait des "territoires sentinelles" préservés des pressions humaines. Mesures physiques, hydrologie, identification de plancton animal et végétal, ou encore comptage de poissons par des méthodes non intrusives sont au programme de cette campagne, qui doit permettre de mieux appréhender l'influence des changements climatiques sur les évolutions des écosystèmes de Méditerranée. "Au delà d'un nécessaire constat, il s'agit d'obtenir des arguments scientifiques solides pour construire une décision politique", ajoute Pierre Boissery, expert auprès de l'Agence de l'eau. LABORATOIRES DU VIVANT La Méditerranée compte 15.000 petites îles, dont 85% dépendent de la Grèce, souvent mal connues. "Certaines, autour de l'Ile d'Elbe par exemple, n'ont pas été visitées par un scientifique depuis plus d'un siècle", expose le délégué "Europe et International" du Conservatoire du littoral, Fabrice Bernard Mais ils sont devenus des laboratoires du vivant, où l'on peut relever les impacts strictement induits par les changements climatiques. "On calcule les capacités de résilience de ces milieux, leurs capacités à s'adapter et à survivre. On s'en sert de territoire pilote pour une meilleure gestion des écosystèmes méditerranéen, un modèle que l'on pourra dupliquer", résume Fabrice Bernard. L'enjeu est de taille. Les experts prévoient que 80% de la population des pays du bassin méditerranéen, soit près de 600 millions d'habitants, vivra sur la frange littorale à l'horizon 2025. Le rendu des résultats de Medbionet, prévu en juin 2016, ne pourra toutefois pas être versé aux débats de la 21e conférence de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain. La COP21 est considérée comme une des dernières chances de conclure un accord mondial sur la lutte contre le changement climatique. Après l'échec de Copenhague en 2009 et l'accord en demi-teinte de Lima en 2014, la France espère aboutir en décembre à la conclusion d'un accord universel et contraignant visant à maintenir le réchauffement de la Terre en deçà de 2°C. (Edité par Gregory Blachier)

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