Les Houthis prennent une capitale provinciale au Yémen

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par Mohammed Mukhashaf ADEN, 9 avril (Reuters) - Les combattants houthis, appuyés par des partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, ont pris jeudi le contrôle de la ville d'Atak, chef-lieu de la province de Chaboua, malgré les frappes aériennes de la coalition sunnite conduite par l'Arabie saoudite. Dans cette province pourtant majoritairement peuplée de sunnites, des chefs tribaux et des responsables locaux ont aidé les miliciens chiites à occuper les bâtiments publics et les casernements des forces de sécurité, ont rapporté des habitants. Cette avance rapproche les Houthis de l'important terminal gazier de Belhaf, essentiel à l'économie du pays, situé sur la mer d'Oman à 150 km au sud-est d'Atak. Dans le centre du Yémen, les habitants du district d'Al Siddah ont pu voir à leur réveil des drapeaux d'Al Qaïda flotter sur les bâtiments publics. Ils ont précisé que les combattants djihadistes, dirigés par un chef local, Mamour al Hakem, ont pris le contrôle du secteur durant la nuit. Les Houthis, qui étaient présents sur place depuis plus de deux mois, se sont retirés sans combattre. Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), l'une des branches les plus actives du réseau islamiste, cherche à profiter du chaos et du vide politique au Yémen pour renforcer ses positions, notamment dans l'est du pays. La semaine dernière, Aqpa a attaqué la ville portuaire de Moukalla et en contrôle toujours plusieurs quartiers après une contre-attaque des tribus locales. Les avions de la coalition conduite par les Saoudiens ont poursuivi dans la nuit de mercredi à jeudi leurs raids contre des objectifs militaires et des dépôts de munitions près de la capitale, Sanaa, tenue depuis septembre par les Houthis, ainsi que dans le Nord, près de la frontière saoudienne, et dans le Sud. KHAMENEI DÉNONCE UN "GÉNOCIDE" A Aden, les avions ont frappé à plusieurs reprises un terrain où se rassemblent les combattants houthis à l'est du quartier d'Al Mansoura, ont précisé des responsables locaux. Dans le secteur de Radfan, au sud de la ville de Dhalea, près d'Aden, les forces de la coalition ont largué du matériel destiné aux combattants tribaux restés fidèles au président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi, qui s'est réfugié en Arabie saoudite. Toujours à Dhalea, des frappes aériennes ont visé dans la nuit une unité de l'armée alliée aux Houthis. Mercredi en fin de journée, les avions de la coalition ont frappé une base militaire près du détroit de Bab al Mandeb, qui relie le golfe d'Aden à la mer Rouge. Cinq soldats ont été tués. Dans un discours télévisé, le chef suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a dénoncé les frappes aériennes au Yémen, parlant de "génocide". "L'agression saoudienne contre le Yémen et son peuple innocent est une faute", a-t-il dit. "C'est un crime et un génocide qui peut être passible des tribunaux internationaux." L'Arabie saoudite, a ajouté le dirigeant suprême iranien, ne sortira pas victorieuse de ce conflit. Appuyée par quatre monarchies du Golfe, Ryad tente d'enrayer la progression des combattants houthis qui cherchent à s'emparer d'Aden, dernière grande ville encore aux mains des partisans du président Hadi. Cette campagne aérienne n'a pour l'instant pas atteint son objectif mais les Saoudiens assurent qu'ils sont parvenus à couper les milices chiites alliées aux partisans de l'ancien président Saleh de leurs lignes d'approvisionnement, à détruire des armes et à repousser les Houthis et leurs alliés dans certains secteurs des environs d'Aden. (Avec Mohammed Ghobari, Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français, édité par Marc Angrand)

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