Les hedge funds n'ont pas pris de positions en vue d'un Brexit

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    * Pas de paris massifs de hedge funds sur un Brexit 
    * La chute du sterling liée à des opérations de couverture 
    * Positions courtes sur le sterling réduites la semaine 
dernière 
 
    par Jemima Kelly et Patrick Graham 
    LONDRES, 3 mars (Reuters) - Les hedge funds, qui avaient 
acculé la Banque d'Angleterre à dévaluer la livre en 1992, 
emmenés alors par le financier George Soros, n'ont pas encore 
pris de paris massifs sur une sortie du Royaume-Uni de l'Union 
européenne. 
    Peu d'entre eux jugent un Brexit probable et la plupart 
estiment que les mouvements des marchés dans la perspective du 
référendum ne seront guère lucratifs. 
    Les gérants et les équipes dédiées aux fonds spéculatifs des 
grandes banques contactés par Reuters ont dit que les fonds 
spécialisés sur les "risques extrêmes", qui prennent position 
dans la perspective de traumatismes majeurs de marché comme la 
crise des dettes souveraines de la zone euro ou une crise 
mondiale du crédit, estiment que la probabilité d'un 
effondrement du sterling est tout simplement trop faible. 
    Nombre de vendeurs à découvert à la petite semaine qui 
semblent avoir raté le gros de la chute de 9% de la livre 
sterling depuis le début de cette année ne pensent pas que le 
pari de ventes massive en vaille la chandelle, ont-ils ajouté. 
    "Ce n'est pas une position de grande qualité à avoir", a dit 
Anthony Lawler, gérant d'actifs chez GAM, qui a 25 milliards de 
dollars d'actifs investis dans des fonds spéculatifs.  
    "Pour commencer, les gens ne pensent pas qu'il y aura un 
Brexit et maintenant le sterling a baissé et le prix d'une 
option sur la volatilité implicite est élevé." 
    Les bookmakers donnent la probabilité d'un Brexit à un 
contre trois, lors du référendum du 23 juin sur le maintien du 
Royaume-Uni au sein de l'Union européenne. 
    Ils sont plus suivis par les intervenants des marchés 
financiers que les sondages d'opinion depuis qu'ils ont prévu de 
manière plus fiable l'issue de plusieurs consultations 
politiques majeures au cours des dix dernières années. 
    Même si les partisans du Brexit devaient l'emporter, les 
gérants de hedge funds disent que l'incertitude sur la suite des 
événements est trop grande pour qu'une position massive à la 
vente sur le sterling avant ou juste après le vote soit vraiment 
intéressante. 
    Certains estiment même que l'euro pourrait s'en tirer plus 
mal que le sterling sur la durée si les Britanniques optaient 
pour une sortie de l'UE.  
    "Les grands fonds sont restés plutôt à l'écart des paris sur 
le Brexit", a dit le responsable du trading avec les hedge funds 
de l'une des 10 banques les plus actives sur le marché des 
changes. "Il y a de l'intérêt mais la plupart n'ont pas 
participé au mouvement qui a vu le sterling passer de 1,50 
dollar à 1,40 dollar", a-t-il ajouté. "Cela leur semble déjà 
trop cher pour se lancer." 
    Le sterling  =GBP  a enregistré sa plus mauvaise performance 
sur trois mois depuis sept ans, lorsque la crise financière 
était au plus fort, chutant de près de 9% contre un panier de 
devises par rapport à son niveau de début décembre, en raison 
des craintes d'un Brexit et d'un report des anticipations sur un 
relèvement des taux directeurs de la Banque d'Angleterre. 
    Contre le dollar, le sterling est tombé à un plus bas de 
sept ans cette semaine, à trois cents seulement des points bas 
atteints lorsque la monnaie britannique avait tutoyé la parité 
avec le billet vert au milieu des années 80.  
    Les positions spéculatives nettes à la baisse du sterling 
sont tombées à un plus bas d'un mois et demi sur la semaine au 
23 février, au cours de laquelle le sterling a chuté de 2,5%, 
montrent des données publiées vendredi et qui laissent penser 
que les fonds spéculatifs n'ont pas joué un rôle majeur dans ce 
recul de la devise.  
    La plupart des gérants de hedge funds macro, qui prennent 
des positions courtes ou longues sur une vaste gamme d'actifs en 
fonction de la situation macroéconomique, ne jugent pas le 
couple rendement-risque d'une vente à découvert du sterling 
suffisamment attractif. 
     
    COÛT DE COUVERTURE ÉLEVÉ 
    UBS, la quatrième banque la plus active sur le marché des 
changes, a dit cette semaine qu'elle prévoyait que le sterling 
pourrait tomber jusqu'à la parité contre l'euro dans la foulée 
d'une éventuelle victoire du Brexit. D'autres grandes banques 
d'investissement comme Citi, HSBC ou Goldman Sachs ont dit que 
le sterling pourrait perdre jusqu'à 20% de sa valeur en cas de 
Brexit.   
    Les investisseurs soulignent toutefois que les options sur 
devises, l'instrument le plus économique pour parier sur une 
forte chute du sterling, sont devenues trop chères. 
    Le problème vient de ce que beaucoup d'entreprises 
étrangères et de grands investisseurs institutionnels qui ont 
des portefeuilles d'actions britanniques achètent les mêmes 
options pour se couvrir contre le risque d'un effondrement de la 
livre. 
    Le prix des options qui permettent aux investisseurs de se 
couvrir contre le risque de nouvelles et fortes baisses du 
sterling face au dollar dans les six prochains mois a bondi à un 
plus haut de quatre ans et demi, à plus de 13%  GBP6MO= . 
    Les gestionnaires actions, déjà exposés sur le sterling au 
travers de leur portefeuille de valeurs britanniques, sont 
contraints de prendre position. Et, dans l'ensemble, cette 
position est que le sterling restera sans doute faible jusqu'à 
la tenue du référendum. 
    Stephen Bailey, gérant du Lion Trust Macro Fund, qui 
investit dans des actions sur la base de leurs fondamentaux, a 
porté la part des actions américaines à 20%, le maximum autorisé 
dans ce fonds, jouant de fait le dollar contre le sterling. 
    Pour d'autres, une position courte sur l'euro est plus 
attrayante, estimant que le débat britannique sur l'appartenance 
à l'UE peut conforter les formations eurosceptiques dans 
d'autres pays, y compris au sein de la zone euro. "Si le marché 
adopte une vision négative du risque européen en raison de la 
dynamique politique, cela conviendra à notre portefeuille", a 
dit Christopher Morrison, gérant d'Omni Macro Fund. 
    "En l'occurrence, nous sommes vendeurs sur l'euro mais 
suivre les développements politiques au sein de la zone euro est 
plus pertinent que ceux concernant le Brexit."      
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid 
Exbrayat) 
 
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