Les hedge funds baissent les prix pour garder leurs clients

le
0
    * Les retraits incitent de nombreux fonds à réduire leurs 
commissions 
    * La baisse des rendements rend caduque la règle des "2% et 
20%" 
    * Graphique sur l'évolution des commissions sur la période 
2007-2016: http://tmsnrt.rs/2comKG5 
 
    par Simon Jessop et Lawrence Delevingne 
    LONDRES/NEW YORK, 15 septembre (Reuters) - Les milliards de 
dollars de retraits subis par les fonds spéculatifs les poussent 
à revoir leurs tarifs pour tenter de garder des clients à la 
fois déçus par leurs performances et critiques vis-à-vis du 
niveau élevé de leurs commissions.  
    L'équilibre des pouvoirs entre des gérants de hedge funds 
qui pouvaient refuser des clients et des investisseurs attirés 
par les promesses de forte valorisation de leurs fonds se trouve 
ainsi remis en cause.  
    L'américain Caxton Associates a rejoint cette semaine la 
liste des gérants annonçant à leurs clients une réduction de 
tarifs. Avant lui, Och-Ziff Capital Management  OZM.N  et Tudor 
Investment, entre autres, avaient déjà revu les leurs à la 
baisse.  
    Selon des données d'Eurekahedge, une base de données 
spécialisée sur le secteur, les fonds spéculatifs ont enregistré 
des rachats nets de 23,6 milliards de dollars (21 milliards 
d'euros) sur la période juin-août.  
    Parallèlement, la commission de gestion moyenne prélevée 
annuellement sur le montant des fonds confiés en gestion a 
reculé à nouveau cette année et se situe désormais près de 20% 
en dessous de son niveau de 2007, selon Eurekahedge.  
    "Il n'y a pas un gérant qui ne songe à baisser les 
commissions", a dit David Saunders, directeur général de K2 
Advisors, à Reuters en marge de la conférence Alpha Hedge West 
qui se tenait à San Francisco la semaine dernière. 
    La règle des "2% et 20%" longtemps en vigueur dans 
l'industrie, qui consistait à appliquer des frais de gestion 
représentant 2% des actifs du client et à prélever 20% de la 
performance, n'est plus de mise sauf pour les fonds les plus 
performants ou les plus en vue. 
    Les frais de gestion moyens sont revenus de 1,68% en 2007 à 
1,39% aujourd'hui (et 1,44% en 2015) tandis que la commission 
moyenne sur la performance est passée de 18,77% à 16,69%.  
    Pour autant, de nombreux hedge funds continuent d'afficher 
des frais de gestion élevés pour conserver une marge de 
négociation et ne pas se dévaloriser vis-à-vis de leurs 
concurrents.  
     
    BAISSER LES TARIFS SANS SE DÉVALORISER 
    BlackRock, le numéro un mondial de la gestion d'actifs, a 
néanmoins tranché dans le vif en annonçant une diminution de 40% 
des frais de gestion de l'un des ses hedge fund: un document 
réglementaire en date du 1er septembre montre que le conseil 
d'administration de son BlackRock UK Emerging Companies a 
abaissé les frais de gestion facturés aux institutionnels à 1% 
contre 1,75% précédemment avec effet immédiat.  
    David Saunders, dont la société K2 Advisors gère environ 10 
milliards de dollars en hedge funds pour le compte 
d'investisseurs, estime que d'autres devraient suivre.  
    Certains investisseurs, qui n'en peuvent plus d'attendre que 
leurs prestataires sautent le pas mais qui ne veulent pas sortir 
après plusieurs trimestres de contre-performances, exigent une 
baisse des commissions ou un rabais.  
    Une étude rendue publique cette semaine par l'organisation 
professionnelle Alternative Investment Management Association, a 
montré qu'un plus grand nombre de gérants proposaient de 
rembourser une partie des commissions de performance passées 
lorsqu'ils affichent des pertes. Mais cette pratique n'est pas 
encore répandue.  
    Lors de la conférence Alpha Hedge West, plusieurs voix se 
sont élevées pour mettre en garde les investisseurs sur les 
risques qu'ils prennent en demandant des baisses des 
commissions.  
    "Si vous mettez trop de pression, vous risquez de vous 
retrouver avec une équipe de remplaçants", a prévenu Ed 
Rzeszowski, gérant de portefeuille chez BlackRock Alternative 
Advisors, soulignant que les meilleurs gérants auraient toujours 
un prix.  
    Il n'est d'ailleurs pas certain que la baisse des 
commissions sera suffisante pour convaincre les investisseurs.  
    Plusieurs grands fonds de pension ont déjà affiché leur 
intention de réduire leur exposition aux hedge funds et les 
grandes fortunes - l'autre source de fonds pour l'industrie - se 
montrent elles aussi moins enthousiastes.  
    Une étude auprès des family offices conduite par Campden 
Wealth et UBS a montré que l'allocation moyenne en hedge funds 
avait baissé de 0,9% en 2015 et était appelée à diminuer encore. 
    "Beaucoup de gens ont investi dans les hedge funds (...) et 
ils ont tous été assez déçu par la performance", explique Oliver 
Muggli, associé de Mandorit, un family office multi-clients basé 
au Liechtenstein et dont les actifs sous gestion atteignent 1,5 
milliard d'euros. "C'est une classe d'actifs qui va probablement 
connaître plus de défis et plus de rachats dans la prochaine ou 
les deux prochaines années." 
     
 
 (avec Maiya Keidan; Marc Joanny pour le service français, édité 
par Marc Angrand) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant