Les Grecs aux urnes pour des législatives incertaines

le , mis à jour à 14:45
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* Tsipras remet son mandat en jeu après le virage estival * Troisième scrutin en huit mois, la participation s'annonce faible * Les premières tendances sont attendues vers 16h00 GMT par Renee Maltezou et Jeremy Gaunt ATHENES, 20 septembre (Reuters) - Alexis Tsipras remet son mandat en jeu ce dimanche en Grèce devant des électeurs gagnés par une forme de lassitude et face à une droite revigorée sous l'impulsion de son nouveau chef de file, l'inattendu Vangelis Meïmarakis. Dans les derniers sondages autorisés, le parti de gauche Syriza, vainqueur des législatives de janvier sur la promesse d'en finir avec cinq ans d'austérité, est donné légèrement en tête devant Nouvelle Démocratie (ND). Mais après avoir effectué cet été un virage à 180° sous la pression de ses partenaires européens, Tsipras ne devrait sans doute pas retrouver son niveau des élections du 25 janvier (36,3% des suffrages) et encore moins approcher les quelque 38% qui permettent de décrocher une majorité absolue parmi les 300 députés de la Vouli. Le système électoral grec prévoit en effet une prime de 50 députés pour le parti arrivé en tête. Le seuil de représentation au Parlement, la Vouli, est fixé à 3% des suffrages. Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 (04h00 GMT) et fermeront à 19h00 (16h00 GMT). Les premières projections des instituts de sondage sont attendues dans la foulée, avant les premiers résultats officiels qui parviendront dans la soirée. INQUIÉTUDES SUR LA PARTICIPATION Un peu moins de dix millions de Grecs sont en âge de voter mais la participation devrait être limitée, inférieure aux 64% enregistrés en janvier. Tsipras comme Meïmarakis ont lancé dimanche matin un ultime appel à un sursaut des électeurs. Le chef de file de Syriza, qui affichait un large sourire au moment de voter dans une école de son quartier populaire d'Athènes, a demandé à ses compatriotes de lui donner "un nouveau mandat pour un gouvernement fort à un horizon de quatre ans, ce dont notre pays a besoin". Le dirigeant de Nouvelle Démocratie a appelé pour sa part les électeurs à se mobiliser pour en finir "avec la grisaille, les mensonges et la misère et amener au pouvoir des gens authentiques pour des lendemains meilleurs pour tous les Grecs". Mais les premiers chiffres de participation remontant dimanche à la mi-journée des bureaux de vote confirment la désaffection attendue d'une partie de l'électorat, convié aux urnes pour la troisième fois en huit mois après les législatives de janvier et le référendum du 5 juillet. L'impression que le vainqueur du scrutin, quelle que soit sa couleur politique, n'aura d'autre choix que de mettre en oeuvre les difficiles réformes économiques imposées cet été par les créanciers d'Athènes en contrepartie d'un troisième plan d'aide de 86 milliards d'euros n'incite pas non plus à une forte mobilisation.(voir ID:nL5N11Q09X ) "Ce que nous espérons, c'est que le politicien le moins inutile soit élu pour qu'il fasse le moins de dégâts à la Grèce", déclarait ainsi Yiannis, un retraité de 77 ans rencontré dimanche matin devant un bureau de vote d'Athènes. LA SURPRISE MEÏMARAKIS La volte-face à laquelle Tsipras a dû se résoudre au début de l'été alimente la désillusion d'une partie de l'électorat grec. Alors qu'il avait obtenu le 5 juillet par référendum un soutien franc et massif à son refus des mesures d'austérité réclamées par les créanciers d'Athènes, le Premier ministre grec a dû accepter huit jours plus tard un nouvel accord avec les "institutions", avec à la clef de nouvelles réductions dans les dépenses publiques, une augmentation de la fiscalité et des privatisations. La potion a été trop amère pour un tiers des députés Syriza, qui ont refusé de soutenir le nouveau "Mémorandum" et ont rompu pour aller créer sous la houlette de l'ancien ministre Papagiotis Lafazanis un nouveau parti, Unité populaire, qui n'est cependant pas assuré de franchir le seuil des 3%. (voir ID:nL5N10W1BU ) Face à la fronde, et moins de sept mois après avoir été investi à la tête du gouvernement, Tsipras a rendu son mandat le 20 août, précipitant un nouveau scrutin. A 41 ans, le jeune Premier ministre a reconnu qu'il n'avait pas obtenu des Européens ce qu'il espérait et a tenu cette ligne tout au long de la campagne électorale, qu'il a entamée en tête des intentions de vote et qu'il finit au coude à coude avec Nouvelle Démocratie. Car à la surprise générale, Vangelis Meïmarakis, le nouveau chef de file du parti de la droite grecque qui a succédé à l'ancien Premier ministre Antonis Samaras après le référendum de juillet, s'est imposé comme un adversaire de taille, lui qui semblait devoir seulement gérer une période de transition avant un nouveau congrès. (voir ID:nL5N11O2FA ) DÉSERTÉ PAR LES JEUNES Dans cette nouvelle campagne législative, la cinquième qu'il mène à la tête de Syriza depuis son émergence sur la scène nationale lors des élections de 2009, Tsipras a recentré son discours, indiquant qu'il mettrait en oeuvre le programme négocié avec les créanciers en y ajoutant des mesures susceptibles d'amortir l'impact de l'austérité. Dans son entourage, on observe qu'il a été profondément affecté par les événements de ces derniers mois. Lui assure que "le combat pour améliorer (le nouveau programme) n'est pas terminé". En adepte des coups de poker, il note qu'il reste des "zones grises" à négocier, notamment sur le marché de l'emploi et les retraites, promet de se battre pour obtenir un allègement de la dette grecque. Pour attirer les quelque 15% d'électeurs indécis, Syriza, dans son dernier programme électoral, réaffirme que l'accord de juillet était "un coup d'Etat et le produit d'un chantage sans précédent" exercé sur la Grèce. Impossible pour l'heure de savoir si cela suffira à faire revenir ceux des électeurs de janvier qui ont aujourd'hui déserté le parti de Tsipras, à commencer par les plus jeunes, naguère colonne vertébrale de l'électorat Syriza. Symbole de cette désaffection, Syriza n'est plus que le quatrième choix des 18-24 ans, eux qui attendaient beaucoup du plus jeune Premier ministre de l'histoire de leur pays mais dont le plus grand nombre de suffrages va désormais aux néo-nazis d'Aube dorée. (voir ID:nL5N11H33J ) LIEN Pour le POINT sur les élections: ID:nL5N11P0JB (avec Michele Kambas et John Stonestreet; Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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