Les grands crus, remède à la crise pour les investisseurs

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par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Les dirigeants de la Financière d'Uzès ont enfin pu célébrer au champagne et aux petits fours le lancement d'Uzès Grands Crus, leur fonds spécialisé dans les grands vins, un placement jugé attractif et défensif, après deux ans de discussions avec l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Ce lancement, plus de quatre ans après la dissolution du fonds Premier cru de Société générale Asset Management, n'a rien d'anecdotique, l'engouement des investisseurs pour les grands vins en tant que placement s'intensifiant depuis la crise grâce à des performances et des perspectives supérieures aux actions.

"Le vin apparaît un peu comme une valeur refuge. On a vu l'arrivée de nouveaux investisseurs avec la crise désireux d'investir dans un produit défensif", commente Thierry Goddet, président fondateur de Cavissima, qui a développé une activité spécialisée à la demande de clients souhaitant investir parfois 100.000 euros dans du vin.

Consacrés par la classification établi en 1855 à la demande de Napoléon III pour l'exposition universelle, les grands crus correspondent aux vins issus des meilleurs terroirs et parvenant à renouveler avec constance leur très grande qualité.

D'un point de vue financier, le prix d'une bouteille de 75 cl de grand vin débute à près de 100 euros, contre moins de 5,0 euros en moyenne pour un vin standard. Mais certaines bouteilles peuvent largement dépasser les 1.000 euros, comme un Petrus millésimé 2009 qui se négocie autour de 3.700 euros.

MARCHÉ DE NICHE

"Les cours augmentent de 12% par an depuis une dizaine d'années, et même s'il y a eu des corrections comme en 2008 (crise des subprime) ou 2011 (crise obligataire en Europe, ralentissement économique dans les marchés émergents et crise des grands crus en Chine), ces dernières sont toujours suivies d'une reprise rapide", indique Thierry Goddet.

Marché de niche, environ trois milliards d'euros par an, soit 3% du marché du vin, les grands crus affichent une rentabilité annuelle moyenne comprise entre 10 et 15% par an depuis les années 1950 et pouvant atteindre près de 30% sur les 10 dernières années, selon les vins considérés et les études.

En outre, l'indice regroupant les plus grands crus, le Liv-ex 100 Fine Wine affiche encore un gain de 15% depuis fin 2007, malgré l'éclatement d'une bulle l'année dernière liée à la spéculation chinoise sur certains vins de Château Lafite.

Ces chiffres peuvent paraître enivrants pour des investisseurs devant assumer un recul de 46% du CAC 40 depuis fin 2007 alors que la Bourse de Paris n'offre en moyenne qu'une rentabilité annuelle de 8% depuis sa création fin 1987.

"Plusieurs études (...) démontrent que les grands vins ont, depuis 1950, en permanence surperformé les marchés financiers", a expliqué, lors d'une conférence consacrée au fonds Uzès Grands Crus, son gérant Jean-Marie Godet, également directeur général délégué d'Uzès Gestion.

"TRAVAIL DE JOAILLIER"

"Même pendant les périodes de crise, les cours des vins faiblissent moins que ceux des marchés financiers. C'est aussi un amortisseur à la baisse des marchés financiers", a-t-il dit.

En outre, les perspectives de croissance en valeur du marché des grands crus sont de l'ordre de 12% par an, estiment les analystes soulignant une offre limitée, et surtout la forte demande et le potentiel élevé des marchés émergents, en plus des pays anglo-saxons, et plus particulièrement de la Chine.

"Il faut commencer à comprendre la psychologie des chinois pour anticiper les prix", a prévenu Hugues Lapauw analyste chez Uzès Gestion lors de la conférence sur Uzès Grands Crus.

A ces catalyseurs s'ajoute la structuration d'un marché organisé comme une Bourse, avec la création en 1999 du Liv-ex à Londres, où environ 80% des transactions mondiales sont traités, et ses agences de notation, qui évaluent la qualité des vins.

En la matière, l'influence des notations de Robert Parker est facilement comparée par les analystes à celle de Standard & Poor's, Moody's ou Fitch sur les marchés financiers.

Le millésime 2009 du Château Smith Haut Lafitte a ainsi vu ses prix multiplier par 2,5 depuis fin février à plus de 1.900 euros la caisse de 12 bouteilles de 75 cl, Robert Parker lui ayant accordé la note exceptionnelle de 100 sur 100 lors de sa re-dégustation.

A plus de 1.000 euros la bouteille pour certains, les grands crus sont assimilés à des produits de luxe, dont les châteaux appartiennent d'ailleurs à des spécialistes du secteur du luxe, Cheval Blanc appartenant ainsi à Bernard Arnaud et Albert Frère et Château Latour à François Pinault.

"Les grands crus sont donc entre les mains de personnes qui savent fabriquer un produit de luxe. C'est un véritable travail de joaillier avec une attention très forte et des moyens technologiques très perfectionnés", indique Thierry Goddet.

Mais revers de la médaille, comme pour la bagagerie ou la joaillerie de luxe, les grands vins sont confrontés à la menace de la contrefaçon, cinq faux Lafite pour un vrai circulant par exemple en Chine, avertit Thierry Goddet.

Edité par Jean-Michel Bélot

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