Les grandes manoeuvres commencent à l'UMP

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GRANDES MANOEUVRES À L'UMP
GRANDES MANOEUVRES À L'UMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Les grandes manoeuvres ont commencé à l'UMP en vue de l'élection à la présidence du parti, première étape de la compétition pour la présidentielle de 2017 dont Nicolas Sarkozy a précipité le lancement face aux ambitions d'Alain Juppé et François Fillon.

Les deux anciens Premiers ministres, appuyés par Jean-Pierre Raffarin, se sont assuré un coup d'avance en prenant la direction provisoire du parti jusqu'au congrès où sera élu le successeur de Jean-François Copé, au plus tard en novembre.

Les "sarkozystes" ont multiplié les interventions médiatiques la semaine dernière pour exhorter l'ancien président à prendre les rênes de l'UMP, prélude à une candidature de leur champion en 2017.

Le "collège des anciens Premiers ministres", qui sera assisté de Luc Chatel au poste de secrétaire général, entend d'abord faire place nette pour préparer le conclave de l'automne "dans des conditions exemplaires" de transparence et d'équité.

Dans cette "opération mains propres" destinée à tourner définitivement la page de l'ère Copé, que François Fillon a de nouveau qualifiée de "clanique" et "mafieuse" mercredi, un audit financier indépendant sera lancé lundi prochain et l'équipe administrative et financière, majoritairement copéiste, du parti sera totalement renouvelée lors du bureau politique du 17 juin.

Le sarkozyste Eric Cesari, directeur général des services de l'UMP - dont le nom est cité dans l'affaire Bygmalion relative à de fausses factures présumées pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 - sera écarté.

"L'UMP a besoin d'une véritable césure par rapport à la gestion précédente", a souligné Alain Juppé sur France Inter.

FILLON N'EXCLUT RIEN POUR LA PRÉSIDENCE DE L'UMP

Le maire de Bordeaux se défend de vouloir se substituer à la justice - "nous n'allons pas nous intéresser au passé, il y a une instruction judiciaire là-dessus" - alors que François Fillon, tout à sa revanche sur Jean-François Copé, ne fait pas mystère de sa volonté de "savoir ce qui s'est passé".

"Il faut au moins savoir dans quelle situation financière réelle est l'UMP pour prendre des décisions", a-t-il justifié sur Europe 1.

La "troïka" et Luc Chatel prendront officiellement leurs fonctions lundi.

Au-delà de l'audit des comptes, l'organisation d'un "congrès au-dessus de tout soupçon", rompant avec l'épisode désastreux de l'élection interne de novembre 2012, est la seconde priorité, a expliqué Luc Chatel sur France Info.

Et déjà les appétits s'aiguisent avec à la clé la primaire d'investiture présidentielle de 2016, que les partisans de Nicolas Sarkozy sont tentés d'escamoter pour imposer l'ancien président dans la figure du "recours gaullien".

Après le député Hervé Mariton, l'ancien ministre Bruno Le Maire, 45 ans, a franchi le pas mercredi en annonçant sur BFM TV sa candidature à la présidence du parti au nom du "renouveau".

Signe des ajustements tactiques en cours sous la pression de Nicolas Sarkozy, François Fillon a affirmé qu'il n'excluait "rien" alors qu'il n'envisageait pas jusqu'à présent de briguer la direction du parti. Alain Juppé a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne concourrait pas. Xavier Bertrand continue de plébisciter François Baroin, qui réserve sa réponse.

Tous, prétendants ou non à l'investiture présidentielle, ont martelé mercredi que le processus de la primaire était un jalon "incontournable" de la refondation de la droite.

"TOUT LE MONDE SUR LA MÊME LIGNE DE DÉPART"

"C'est 'Nicolas Sarkozy ou comment s'en débarrasser'....", grince un cadre du parti.

"Hier, clairement, l'UMP n'a pas eu besoin de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution. On sait trouver des solutions sans Nicolas Sarkozy", a lancé mercredi sur RTL Xavier Bertrand.

Alain Juppé et François Fillon se sont montrés plus modérés tout en invitant implicitement l'ancien président à se soumettre aux mêmes règles du jeu que ses potentiels concurrents.

"Est-ce que le général de Gaulle est présent actuellement sur la scène politique? Si vous en trouvez, dites-le moi, à ce moment-là on ne fera pas de primaire", a ironisé le maire de Bordeaux, qui a eu des échanges vifs mardi avec Nadine Morano sur les velléités "putschistes" des sarkozystes.

"Vous mettez tout le monde sur la même ligne de départ. C'est normal, la politique, c'est la compétition", a ajouté François Fillon, concédant comme Alain Juppé que la candidature de Nicolas Sarkozy était une hypothèse à "envisager".

"Les primaires s'imposeront à tous", a souligné Bruno Le Maire.

Alain Juppé a de nouveau avancé l'idée que le futur président de l'UMP ne puisse se présenter aux primaires.

"Ça n'est pas inscrit dans nos statuts" mais "ça me semblerait une mesure de sagesse politique", a-t-il dit.

(Edité par Yves Clarisse)

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