Les gaz de schiste pollueraient plus que prévu

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Les émissions de méthane provoquées par l'exploitation des gaz de schiste pourraient être très supérieures aux précédentes estimations de la communauté scientifique.
Les émissions de méthane provoquées par l'exploitation des gaz de schiste pourraient être très supérieures aux précédentes estimations de la communauté scientifique.

Alors que la France paraît encore hésiter sur la marche à suivre, une étude vient apporter de l'eau au moulin des environnementalistes.


Déjà lourdement suspectée de stimuler l'activité tellurique, l'exploitation des gaz de schiste, laquelle suppose l'émission d'importantes quantités de gaz à effet de serre et est devenue très soutenue de l'autre côté de l'Atlantique, ce qui permet à la future ex-première puissance économique de la planète de se rapprocher de la sacro-sainte indépendance énergétique, pourrait aussi provoquer une pollution au méthane plus importante que prévu. C'est en tout cas ce qu'affirment les auteurs d'une étude menée conjointement par des chercheurs du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et de l'Université du Colorado (États-Unis), parue dans la revue spécialisée Nature et relayée par nos confrères du Monde.


Les experts « ont mesuré, grâce à des équipements au sol ainsi qu'un aéronef, les concentrations de différents polluants dans l'atmosphère, aux abords des puits des champs gaziers et pétroliers du bassin d'Uintah (Utah) [?] Ils ont ensuite déduit, à partir de modèles atmosphériques et des données de rejets des industries, la quantité d'émissions de ces puits », rapporte le site Internet du quotidien.


Leurs travaux tombent bien sûr au plus mal pour les pro-gaz de schiste, qui donnent de plus en plus de la voix, considérant la rentabilité de cette énergie et les créations d'emplois particulièrement bienvenues en cette période de crise économique. Ils constituent à l'inverse un bon moyen de pression pour les écologistes et les associations de protection de l'environnement, partisans d'une interdiction pure et simple de l'extraction des hydrocarbures de roche-mère au nom du principe de précaution à laquelle se refusent aujourd'hui les autorités françaises.



Une empreinte environnementale encore incertaine


D'après les résultats préliminaires, présentés le mois dernier, « les puits de gaz de schiste laisseraient fuir 9 % de méthane (CH4), l'un des principaux composants du gaz naturel, pendant leur durée d'exploitation », poursuit LeMonde.fr. Six points de plus que l'estimation réalisée par l'EPA (Environmental Protection Agency, l'Agence américaine de l'environnement) en 2009.


Cet important différentiel s'expliquerait par l'étanchéité incomplète des gazoducs, par une fuite supplémentaire de méthane lors de la remontée du gaz à l'ouverture du puits et par le fait que « les fluides utilisés pour fracturer la roche entraînent avec eux, lorsqu'ils sont pompés pour être ramenés vers la surface, des bulles de gaz naturel qui vont ensuite se disperser dans l'atmosphère », relate le quotidien. Il faut par ailleurs rappeler que le méthane est un gaz à l'effet de serre une vingtaine de fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2) - et de fait un contributeur actif du dérèglement climatique. Ce qui, si ces investigations devaient faire l'unanimité au sein du microcosme scientifique, torpillerait l'argument des « schistocrates » selon lesquels l'impact environnemental de l'exploitation des hydrocarbures de roche-mère est inférieur à celui de l'exploitation du charbon.


« Ces données constituent un petit aperçu d'un puzzle beaucoup plus large que la communauté scientifique est en train d'assembler », tempère néanmoins Steven Hambourg, responsable de l'équipe scientifique de l'EDF (Environmental Defense Fund) de Boston (Massachusetts), qui pilote actuellement avec la NOAA, l'Université du Texas à Austin, mais aussi des industriels une évaluation globale des rejets de méthane tout au long du cycle de vie du gaz (forage, acheminement et traitement) sur le territoire américain. On attend avec impatience de savoir si ses résultats corroboreront ceux de l'étude précitée.


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