Les Français n'en ont pas fini avec la réforme des retraites

le
0
Le gouvernement n'a pas réglé la question du déficit structurel des pensions des fonctionnaires et des régimes complémentaires. » MON FIGARO - Retraites : pourquoi il faudra revoir le dossier » Retraites: à l'Assemblée, le PS ne fera pas défaut

À peine présentée, la réforme Ayrault apparaît déjà largement insuffisante. Au départ, il fallait trouver 20 milliards d'euros pour combler le déficit du système en 2020. À l'arrivée, le gouvernement est loin du compte: il ne lui manque pas moins de 13 milliards. S'élevant à 7,3 milliards, les mesures dévoilées mardi soir par Jean-Marc Ayrault ne comblent donc qu'un tiers des besoins.

Si le compte n'y est pas, c'est parce que le gouvernement a choisi dès l'origine de ne s'attaquer qu'au seul régime général des salariés du privé, se défend-on à Matignon. Et encore, à cette aune, l'exécutif ne remplit qu'à peine son objectif. Le déficit du régime général des salariés devant s'élever au minimum à 7,6 milliards d'euros en 2020, il manque 300 millions pour boucler la réforme. «L'épaisseur du trait, par rapport aux 150 milliards de pensions versées chaque année», fait-on valoir à Matignon.

Reste que le gouvernement a choisi de cacher sous le tapis l'imposant problème des retraites dans la fonction publique. Rien n'a été dit, mardi, sur la manière dont sera comblé le besoin de financement des pensions des fonctionnaires, chiffré au mois de juin dernier dans le rapport Moreau à 8,6 milliards en 2020. «En refusant d'aborder la question du public, le gouvernement se prive d'une opportunité exceptionnelle de diminuer les dépenses publiques», regrette Jean-François Pilliard, vice-président du Medef en charge du social. Certes, comme l'a précisé le premier ministre, «tous les régimes seront concernés par la réforme: celui des fonctionnaires, les régimes spéciaux comme le régime général ou, par exemple, celui des indépendants, selon des modalités propres». Mais le compte n'y est pas.

Dans les faits, seules deux mesures de court terme auront un impact sur le paiement des pensions de la fonction publique: la hausse des cotisations salariées et le report de six mois de la revalorisation des pensions. Mais Matignon refuse de dévoiler leur impact. On peut se demander pourquoi... À long terme, la réforme ne résout pas non plus le problème. L'allongement de la durée de cotisation ne permettra en effet que d'économiser 500 millions par an à horizon 2030, puis jusqu'à 1 milliard en 2040. C'est loin, et c'est très peu par rapport à l'ampleur de l'équation à résoudre.

Financé par le déficit

En réalité, comme le régime fictif des fonctionnaires - appelé «compte d'affectation spéciale» - n'a pas le droit d'afficher de déficit, les pensions continueront, en 2020 comme aujourd'hui, à être financées par une subvention d'équilibre depuis le budget de l'État, c'est-à-dire par le déficit général et les impôts de tous les contribuables. Ou par des coupes, plus hypothétiques, dans les autres dépenses de l'État.

La réforme Ayrault met aussi dans le pétrin syndicats et patronat, qui gèrent les retraites complémentaires des cadres et des salariés Agirc et Arrco. Eux s'étaient accordés dès le mois de mars pour combler plus de 50 % des 8,3 milliards de déficit de ces deux régimes à horizon 2020. Pour ce faire, ils ont pris des mesures douloureuses: hausse des cotisations employeurs et salariés, sous-indexation des pensions par rapport à l'inflation. L'autre moitié du déficit aurait dû être comblée, espéraient les partenaires sociaux, par un allongement de la durée de cotisation à court terme dans le cadre de la réforme Ayrault.

Ce pari risqué arrangeait syndicats et patronat, en leur permettant de ne pas prendre tout de suite et d'un seul coup des mesures trop impopulaires. Las, parce qu'elle se résume à des hausses d'impôts et des cotisations, «la réforme Ayrault sur les régimes complémentaires, d'ici 2020, a zéro impact pour nous», résume Philippe Pihet, le «M. retraite» de FO et président de l'Arrco. Bref, il va leur falloir rapidement trouver des financements pour éponger environ 4 milliards de déficit, à horizon 2020.

Les partenaires sociaux n'auront que peu d'outils à leur disposition. Pour le Medef, il est hors de question d'augmenter les cotisations ou d'aller encore plus loin dans une moindre revalorisation des pensions. Il ne reste donc plus, selon l'organisation patronale, qu'à décourager davantage les salariés qui veulent partir avant d'avoir accumulé tous leurs trimestres, en augmentant par exemple les décotes par année manquante. De nouvelles négociations devraient débuter en novembre pour poser le problème. Contrairement à ce que dit le premier ministre, le dossier des retraites n'est donc pas prêt d'être refermé.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant