Les Français misent sur l'épargne retraite

le
0

Le Perp, qui permet aux contribuables lourdement fiscalisés d'alléger leurs impôts, suscite un net regain d'intérêt. Comme d'autres placements retraite défiscalisants.

Boudé à ses débuts, le Perp redore son blason. À la grande surprise des assureurs, qui n'en attendaient pas tant, ce produit d'épargne retraite créé en 2003 et ouvert à tous suscite un regain d'intérêt chez les clients. «L'an dernier, les Perp se sont vendus tout seuls», s'amuse ­Hubert Rodarie, directeur général délégué du groupe Smabtp. La collecte, qui avait déjà progressé en 2012, a de nouveau augmenté en 2013.

La nouvelle donne fiscale y est sans doute pour beaucoup. Alors que d'autres placements ont vu leur régime fiscal durci, le plan d'épargne retraite populaire a, lui, gardé tous ses avantages. Le souscripteur peut déduire de son revenu imposable les versements qu'il y fait, dans des limites plutôt généreuses. Plus il est lourdement taxé à l'impôt sur le revenu, plus le Perp ­allège la note. Or, ces dernières années, les Français ont vu leur facture fiscale bondir, avec notamment la baisse du plafond du quotient familial et la création d'une tranche marginale à 45% dans le barème de l'impôt sur le revenu. La défiscalisation offerte par le Perp a donc redoublé d'attrait à leurs yeux. D'autant que la chasse aux ­niches fiscales et autres coups de rabot ont fait disparaître ou rendu moins attrayants d'autres placements défiscalisants concurrents.

Le capital placé sur un Perp fructifie sans être soumis aux prélèvements sociaux

Le Perp a aussi un autre atout, moins connu, mais que certains conseillers astucieux mettent désormais en avant: le capital qui y est placé fructifie sans être soumis aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS...) Un atout de poids, puisque ces contributions sociales n'ont cessé d'être relevées au fil des années pour atteindre désormais 15,5%.

Cela suffit-il à faire du Perp un rival pour l'assurance-vie? Cette dernière avait jusqu'à présent les faveurs des Français, et pourtant, côté gestion, les deux produits se ressemblent. La plupart des Perp proposent en effet un fonds en euros (à capital garanti) et des sicav et FCP, comme les contrats d'assurance-vie. Avec la baisse des rendements ces dernières années, les performances des fonds euros de l'un et l'autre produits sont désormais voisines. «Le rendement du fonds euros de notre Perp a été de 3% l'an dernier, celui de notre contrat d'assurance-vie multisupport, de 3,01%», explique ainsi Hubert Rodarie. Bien sûr, alors que les frais prélevés sur les contrats d'assurance-vie se sont réduits - notamment avec la concurrence des contrats sans frais d'entrée lancés sur internet, le mouvement a été plus tardif sur les Perp. Mais le premier Perp à 0% de frais d'entrée a été créé il y a quelques mois sur ­internet, par Assurancevie.com. Et il a rencontré un net succès.

Mais l'assurance-vie est surtout utilisée pour faire des retraits en capital à l'heure de la retraite, tandis que le Perp impose pour l'essentiel de transformer le capital en une rente viagère. Les cas où il est possible d'y échapper et de puiser dans le capital ­retraite du plan sont limités, mais quand même plus nombreux depuis quelques années. Cette opération est autorisée, par exemple, pour acheter sa résidence ­principale (si l'on n'en est pas encore propriétaire à l'heure de la retraite), ou à ­hauteur de 20% à la même date, sans justification particulière, et avec une fiscalité douce (7,5% d'impôt).

Le spectre de la rente viagère «mangée par l'inflation» s'estompe

Mais il est vrai qu'aujourd'hui, les marchés financiers s'inquiètent surtout des risques de déflation en Europe. Le spectre de la rente viagère «mangée par l'inflation», qui pouvait effrayer les Français autrefois, s'estompe dans la conscience collective. «Au fil des réformes, les Français ont été sensibilisés au problème des retraites», estime Jean-François Ropelewski, directeur marketing d'AG2R La Mondiale. «Ils savent qu'elles vont baisser et sont donc plus enclins à chercher une retraite supplémentaire qui, en général, passe par une rente viagère.» D'ailleurs, le Perp n'est pas le seul produit d'épargne retraite à avoir séduit un peu plus les épargnants. «Ils ont aussi investi davantage sur les contrats Madelin et fait davantage de versements facultatifs sur les plans de retraite d'entreprise (article 83), comme ils y sont autorisés depuis 2010», observe Jean-François Ropelewski. Ces deux autres façons de préparer la retraite ressemblent beaucoup au Perp: elles offrent un avantage fiscal similaire et, comme lui, se dénouent en rente viagère.

Mais ce bel enthousiasme n'est pas non plus sans danger. D'abord, parce que la rente viagère issue d'un Perp est taxée comme une pension de retraite, alors que le capital retiré d'un contrat d'assurance-vie, après huit ans par exemple, peut échapper en totalité ou en bonne partie à l'impôt. Ensuite, parce que la revalorisation des rentes viagères dépend des bénéfices financiers procurés par le capital abandonné, en échange, à l'assureur, et qu'il gère. Or, avec des taux d'intérêt toujours désespérément faibles (à peine plus de 2,1 % sur dix ans pour les emprunts d'Etat français), ces fameux bénéfices ont fondu comme neige au soleil, ces dernières ­années. Ce qui est de très mauvais augure pour les rentes. Ainsi, celles versées par la Préfon (le système de retraite facultatif des fonctionnaires) n'ont été revalorisées que de 0,33% au 1er janvier 2014.

65% des indépendants ont un contrat Madelin

Le Perp pourrait-il un jour avoir autant de succès que les contrats d'épargne ­retraite loi Madelin en ont rencontré? Ces produits d'épargne retraite, réservés aux TNS (travailleurs non salariés: commerçants, artisans, professions libérales...), viennent de fêter leurs 20 ans. Ils avaient connu eux aussi des débuts laborieux, mais aujourd'hui 65% des travailleurs indépendants les ont souscrits. «Ils prévoient, eux aussi, le versement d'une rente viagère, et cela est entré dans les m½urs», estime Cédric Costes, responsable solutions d'assurances des professionnels et des petites entreprises de Generali France. L'assureur, qui détient plus de 20% du marché des contrats Madelin, est d'ailleurs un des rares à proposer un contrat dans ­lequel le souscripteur connaît, pour chacun de ses versements, le montant de la rente viagère qu'il acquiert ainsi pour sa retraite. «Pour le souscripteur, c'est une sécurité: même si l'espérance de vie continuait de s'allonger, cela n'aurait pas d'incidence sur le montant de sa rente future. Alors que celles qui seront calculées seulement au moment de la ­retraite en tiendront compte», ajoute Cédric Costes. Aux TNS, qui doivent choisir entre verser sur un Perp ou sur un contrat Madelin, les assureurs conseillent d'ailleurs plus volontiers le second. «Le plafond de déduction fiscale est plus élevé et le produit, plus souple. En particulier, nous pouvons offrir nombre d'options sur la rente ­viagère (par exemple, prévoir une réversion en ­faveur du conjoint à hauteur de 150% ou 200% de la rente initiale», explique Jean-François Ropelewski.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant