Les Français accumulent un découvert bancaire record depuis 20 ans

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Les Français ont de plus en plus recours au découvert bancaire pour leurs dépenses d'équipement. Une bonne nouvelle pour les banques qui placent ainsi un produit financier à taux élevé.

C'était jusque-là un fréquent motif de honte pour les particuliers, c'est en train de devenir chez les Français une véritable alternative au crédit renouvelable: selon les données de la Banque de France, les montants des découverts au deuxième trimestre 2015 atteignent des sommets depuis 1993, année où l'on a commencé à mesurer ce chiffre.

A la fin du deuxième trimestre, le montant cumulé des découverts des comptes courants français représentait 7,6 milliards d'euros. A l'inverse les encours de crédits renouvelables, dits «revolving» continuent leur chute pour s'établir à 20,2 milliards. Bien loin de l'année 2006 où ils dépassaient les 30 milliards, avant la crise économique (époque où les découverts, eux, étaient à l'inverse beaucoup plus modérés). Une bonne affaire pour les banques, sachant que le taux moyen de découvert en France s'établit à 10,02%. «C'est effectivement intéressant pour les établissements bancaires car un découvert s'apparente à une forme de crédit. Sauf que dans le cas du découvert, le taux est élevé, alors que le contexte économique pousse plutôt aux taux bas, et que la banque étant celle qui décide du découvert autorisé, elle maîtrise de bout en bout le processus, sans passer par d'autres organismes de prêt», explique Philipe Crevel économiste et secrétaire général du Cercle de l'Épargne.

Pour ce dernier, si le cumul des découverts représente une bonne affaire pour les banques, cela reste surtout une solution très court-termiste: «Il s'agit de montants faibles, mais qui offrent un très bon taux dans un contexte où le nombre de ménages endettés est tombé à 46%. Cela permet donc d'augmenter la rentabilité d'un produit chez ceux qui ont des problèmes de remboursement et ont besoin d'un découvert. Mais il s'agit d'une goutte d'eau par rapport aux 140 milliards d'euros que représente l'ensemble de tous les crédits à la consommation, Ce n'est pas une activité sur laquelle les banques peuvent planifier leur modèle économique».

Produit d'attractivité pour les banques

Le découvert autorisé n'est plus seulement un avantage ponctuel octroyé à l'ouverture d'un compte ou lors d'un changement de carte, mais devient même un vrai produit d'attractivité pour les banques. Les établissements en ligne notamment essaient de se faire une place sur le marché en proposant souvent des conditions plus avantageuses à leurs clients potentiels (y compris d'ailleurs pour les découverts non autorisés). Contrairement à l'idée reçue, les banques sont friandes des profils susceptibles d'avoir recours à un découvert avec un taux d'intérêts à deux chiffres.

Au risque d'accroître un peu plus l'endettement des personnes concernées. En effet, selon la Banque de France, en novembre 2014, 47,9% de ceux qui ont déjà à rembourser un crédit immobilier et un crédit consommation réunis, supportent aussi un découvert, alors que seulement 16% de ceux qui n'ont aucun crédit y ont recours. Et même si, dans l'immédiat, la hausse des encours de découverts peut influer positivement sur la consommation, et donc encourager la relance, le retour de bâton est un risque important. Une crainte confirmée par Philippe Crevel: «Cela peut servir à booster la consommation à court terme, mais l'impact sur la croissance est une illusion. Car après le temps de l'achat vient le temps du remboursement et les découverts son des accélérateurs connus de surendettement et d'appauvrissement. Au final, cela finit par avoir des conséquences négatives dans la durée pour l'ensemble de l'économie».

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