Les fonds souverains pétroliers sortent des actions européennes

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par Claire Milhench LONDRES, 12 octobre (Reuters) - Les trois principaux fonds souverains de pays producteurs de pétrole ont réduit leurs portefeuilles d'actions européennes depuis le mois de mai, montre une étude publiée lundi qui constitue une nouvelle illustration de la raréfaction des pétrodollars sur les marchés financiers internationaux avec la chute des cours du pétrole. Les fonds souverains asiatiques sont en revanche demeurés acheteurs nets d'actions européennes, selon cette étude de Nasdaq Advisory Services. L'Agence monétaire de l'Arabie saoudite (SAMA-Saudi Arabian Monetary Agency) a cédé l'équivalent de 1,2 milliard de dollars d'actions européennes, soit 13% de ses 9,2 milliards de dollars d'actifs en actions européennes répertoriés par Nasdaq Advisory Services. Le fonds souverain pétrolier norvégien (NBIM - Norges Bank Investment Management) a cédé 1,1 milliard de dollars soit l'équivalent de 2% de ses 57,5 milliards de dollars d'actifs en actions européennes tandis que l'Abu Dhabi Investment Autority (ADIA) a cédé 300 millions de dollars d'actions sur les 3,6 milliards en portefeuille. "Depuis le début de l'année, les trois principaux fonds souverains pétroliers ont tous réduit leurs portefeuilles en actions européennes, la tendance s'accélérant au deuxième et au troisième trimestres", a déclaré Alexander Free, analyste de Nasdaq Advisory Services. Ces données sont issues du suivi de la détention des actions de 159 entreprises européennes dont la capitalisation boursière atteint 1.870 milliards de dollars, a dit Nasdaq Advisory Services. L'effondrement des cours du brut a conduit les pays producteurs à réduire leurs investissements financiers voire à céder une partie de leurs actifs. RECYCLAGE EN PANNE Le recyclage des pétrodollars qui s'était traduit par un apport net de capitaux sur les marchés financiers internationaux par les pays producteurs de pétrole pendant près de vingt ans a été interrompu l'année dernière avec des retraits nets de capitaux, selon BNP Paribas. Les exportateurs de pétrole dépenseront cette année les 750 milliards de dollars tirés de la vente du brut et prélèveront 100 milliards supplémentaires sur les réserves gérées par leur banque centrale et leurs fonds souverains, selon une étude publiée vendredi par JP Morgan. Les achats d'obligations par les gestionnaires des fonds souverains et des réserves de change diminueront de 90 milliards de dollars cette année par rapport à l'année précédente tandis que les achats d'actions seront réduits de 200 milliards de dollars, estiment les analystes de JP Morgan. La banque centrale d'Arabie saoudite, qui joue le rôle de fonds souverain pour le premier exportateur mondial de pétrole, puise dans ses réserves depuis 2014. Ses actifs financiers nets à l'étranger ont chuté de 6,6 milliards de dollars en août avec les cessions d'actifs destinées à combler les besoins de financement publics. "C'est une situation assez catastrophique", a dit Alexander Free. Le fonds souverain norvégien devrait accuser des retraits nets cette année, Oslo puisant dans ses réserves pour financer des baisses d'impôt destinées à soutenir l'activité. Avec 830 milliards de dollars, ce fonds est le plus important au monde, détenant 1,3% de la capitalisation boursière mondiale. Le retrait des exportateurs de pétrole des marchés devrait être en partie compenser par l'impact sur les flux financiers des économies réalisées sur la facture pétrolière dont JP Morgan estime qu'il représente 90 milliards de dollars de réallocation pour les marchés obligataires et 30 milliards pour les actions. Le rapport de Nasdaq Advisory Services montre aussi que les trois principaux fonds souverains de pays non exportateurs de matières premières ont été acheteurs nets d'actions européennes, en particulier le Fonds de gestion des réserves de change chinoises (SAFE-State Administration of Foreign Exchange), qui détient environ 35,6 milliards de dollars des actifs répertoriés par Nasdaq Advisory Services. SAFE est activement acheteur de valeurs européennes depuis le premier trimestre 2015, avec l'équivalent de 2,1 milliards de dollars investis sur l'échantillon des sociétés suivies par Nasdaq Advisory Services. Les fonds singapouriens, Temasek et GIC, ont aussi acheté pour l'équivalent de 1,1 milliard de valeurs européennes, a dit Free. Pour lui, l'intérêt des fonds asiatiques pour les valeurs européennes peut s'expliquer par une valorisation plus attractive que les valeurs américaines et par le soutien apporté aux valorisations par la politique d'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne alors que la Réserve fédérale américaine a amorcé la normalisation de la politique monétaire. (Marc Joanny pour le service français)

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