Les fonds souverains ont cédé des actifs pour la 3e année de suite

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    par Claire Milhench 
    LONDRES, 12 décembre (Reuters) - Les fonds souverains ont 
été contraints de céder des actifs pour la troisième année 
consécutive en 2016 et le rebond des cours du pétrole ne devrait 
pas permettre d'inverser la tendance l'année prochaine.  
    Les rachats nets par les fonds souverains auprès des 
sociétés de gestion d'actifs ont atteint 38 milliards de dollars 
(36 milliards d'euros) sur les trois premiers trimestres de 
cette année, portant la phase de retrait de leurs avoirs confiés 
en gestion à des tiers à neuf trimestres consécutifs, montrent 
des données compilées par eVestment. 
    Les rachats avaient porté sur 44 milliards de dollars en 
2015 après 10,7 milliards en 2014 dans un contexte de chute des 
cours du pétrole qui avaient obligé les pays exportateurs de 
brut comme la Russie, l'Arabie saoudite ou la Norvège à puiser 
dans leur trésor de guerre pour faire face à leurs dépenses. 
    Le recyclage de la manne des pétrodollars alimentée par la 
hausse des cours et de la consommation de brut pendant des 
années a été l'un des moteurs des marchés financiers 
internationaux.  
    Les flux d'investissement des fonds souverains sont devenus 
négatifs en 2014 après 18 années de contribution positive, 
pénalisés par le plongeon des cours du pétrole passés de 115 
dollars le baril à la mi-2014 à 27 dollars en janvier 2016.  
    Les cours du pétrole ont rebondi depuis et le mouvement 
s'est accéléré à la faveur d'un accord de réduction de la 
production entre pays producteurs, permettant au baril de brut 
de s'échanger lundi autour de 57 dollars.  
    Ce rebond ne sera toutefois pas suffisant pour inverser la 
tendance sur les flux, prévient Peter Laurelli, responsable de 
la recherche d'eVestment, qui compile des données auprès de 
4.400 sociétés gestionnaires de fonds pour le compte 
d'investisseurs institutionnels.  
     
    RALENTISSEMENT DES RACHATS  
    "Les cours du pétrole se sont stabilisés à la moitié des 
niveaux qu'ils ont connus et il faudra une hausse significative 
pour que cela transparaisse" dans les flux d'investissement, 
a-t-il dit.  
    Les sorties nettes sur la période juillet-septembre 2016 de 
5,2 milliards de dollars ont toutefois été inférieures par 
rapport aux niveaux de la première partie de l'année, selon 
eVestment qui note que les gestions passives en actions ont subi 
des rachats à hauteur de 2,2 milliards de dollars.  
    Les retraits de fonds pourraient ralentir en 2017 si le 
redressement des cours du pétrole se confirme mais 
l'amélioration risque de se révéler de courte durée, prévient 
Elliot Hentov, responsable de la recherche pour le pôle 
institutions publiques de State Street Global Advisors.  
    Pour lui, la déréglementation du secteur de l'énergie aux 
Etats-Unis promise par le président élu Donald Trump pourrait 
entraîner une baisse des coûts de production, ce qui exercera 
une nouvelle pression baissière sur les prix de l'énergie et par 
conséquent sur les ressources des fonds souverains pétroliers.  
    Les rachats ont concerné les principales classes d'actifs 
avec des sorties de près de cinq milliards de dollars sur les 
mandats de gestion en actions et de 6,1 milliards sur les 
gestions obligataires sur les neuf premiers mois de cette année, 
souligne eVestment.  
    Elliot Hentov estime toutefois qu'il y a une limite aux 
dégagements des fonds souverains sur leurs portefeuilles de 
titres cotés en raison de l'augmentation de la part des 
placements illiquides dans leurs avoirs comme l'immobilier, les 
infrastructures, le private equity ou la dette privée.  
    "Si la tendance se poursuivait, ils seraient trop investis 
en actifs illiquides, ils franchiraient leurs propres limites", 
a-t-il dit. "Ils sont au bout de ce qu'ils peuvent faire en 
matière de réduction de la part liquide."  
    Le fonds souverain norvégien, dont les actifs représentent 
860 milliards de dollars, envisage actuellement de porter la 
part des actions à 75% contre 60% actuellement, ce qui se 
traduirait par un basculement sur plusieurs années de 130 
milliards de dollars de l'obligataire vers les actions.  
    Nikolaos Panigirtzoglou, directeur chez JP Morgan, estime 
que d'autres fonds souverains pourraient lui emboîter le pas.  
    "Cela pourrait particulièrement se vérifier (...) si un 
changement de régime devait intervenir après l'élection 
présidentielle américaine", a-t-il dit en référence aux 
anticipations de reflation favorables aux actions liées aux 
promesses de relance budgétaire de Donald Trump.  
 
 (Marc Joanny, édité par Véronique Tison) 
 
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