Les femmes indésirables de Camille Laurens

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Les femmes indésirables de Camille Laurens
Les femmes indésirables de Camille Laurens

A la cinquantaine, les femmes ne seraient plus désirables ? L’écrivaine se cabre contre cet oukase masculin dans « Celle que vous croyez », saisissant roman gigogne.

Dans son précédent livre, Encore et jamais (Gallimard, 2013), Camille Laurens s’in­terrogeait sur le sens de la répétition, dans la vie et dans l’art, sur sa dimension tragique, névrotique parfois, mais aussi sur ce qui pouvait en faire un ressort de création merveilleusement fécond. Trois ans plus tard, elle donne de cette certitude une illustration littéraire saisissante avec Celle que vous croyez, roman gigogne où se succèdent les variations autour d’une même histoire. Où la reprise, légèrement décalée, des personnages, intrigues et enjeux, d’une version à l’autre, n’a rien de commun avec le rabâchage. On y retrouve le goût pour les jeux littéraires et de miroir typiques de l’œuvre de ­Camille Laurens.

Mais il s’agit aussi, sans jamais lasser, de pousser toujours plus loin la réflexion sur les rapports entre le réel et la fiction, et d’approfondir une question, ou plutôt de creuser la plaie que le roman met au jour avec une espèce de sauvagerie presque jouissive, dépourvue d’illusions : « la date de péremption » des femmes, cet oukase édicté par les hommes excluant les premières, sitôt la cinquantaine atteinte, de la séduction et du désir. (« Nous les femmes, dit l’un des personnages, nous sommes toutes des boîtes de conserve. Du jour au lendemain, impropres à la consommation. »)

Au départ, il y a l’histoire de Claire, professeure de lettres de 47 ans, séparée de son mari et qui, pour espionner un amant négligent, plus jeune qu’elle d’une décennie, se crée un compte su...

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