Les "farm datings" se multiplient dans l'Ouest de la France

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LES "FARM DATINGS" POUR TROUVER UN ASSOCIÉ DANS L?AGRICULTURE
LES "FARM DATINGS" POUR TROUVER UN ASSOCIÉ DANS L?AGRICULTURE

par Guillaume Frouin

MONTJEAN-SUR-LOIRE, Maine-et-Loire (Reuters) - Stéphane Oger est soulagé. En moins de sept minutes, cet agriculteur de 40 ans a convaincu l'un des deux candidats qui lui étaient présentés de rejoindre son élevage de vaches laitières situé à Montjean-sur-Loire (Maine-et-Loire).

Les "farm datings" sur le modèle des "speed datings" amoureux se multiplient depuis peu dans l'Ouest de la France pour permettre aux paysans de faire la cour aux jeunes pour remplacer leurs associés qui partent à la retraite.

Organisées fin janvier à Jallais (Maine-et-Loire) par la chambre d'agriculture locale, qui avait déjà mené une opération similaire en novembre et qui envisage de la rééditer en mai prochain, ces rencontres express durent sept minutes maximum, entrecoupées par la sonnerie d'une cloche.

C'est un véritable "soulagement" pour Stéphane Oger, qui cherchait en vain depuis trois ans un remplaçant à son actuel associé âgé de 57 ans qui, comme de très nombreux agriculteurs français, veulent arrêter leur activité.

"Le risque était de devoir mécaniser l'exploitation, en investissant par exemple dans un robot de traite", explique-t-il. "Mais cela aurait fait monter le prix de la ferme, qui serait devenu inaccessible pour un jeune le jour de notre propre départ à la retraite."

Une envolée des prix constatée Aurélien Germond, l'heureux élu, qui débutera en mars comme simple salarié au sein du Groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) de la Thau.

"Les cédants ont dû investir pour se mettre aux normes environnementales, et veulent aujourd'hui retrouver leur mise", observe ce vacher de 27 ans, qui a tenté en vain de racheter une exploitation en 2011. "Du coup, certains vendent leurs fermes plus cher que ce qu'elles ne gagnent."

"ON S'ASSOCIE?"

Le jeune homme a également été séduit par le principe du "farm dating" qui lui a permis de rencontrer huit exploitants en une soirée sur "terrain neutre".

"Je ne me voyais pas faire le tour des fermes, rentrer chez les gens et dire 'On s'associe ?'", explique Aurélien Germond, lui-même fils d'agriculteurs habitués à travailler seuls.

"Là, en parlant quelques minutes, on voit leur mentalité, on a déjà un petit aperçu de leur tempérament. Pour moi, c'est le plus important : même en ayant la plus belle ferme du monde, ça ne peut pas marcher si on ne s'entend pas entre associés."

Ces "speed dating agricoles" ont lieu alors que le nombre d'agriculteurs dans les Mauges choletaises a chuté de 22 % entre 2000 et 2010 - soit 900 exploitants de moins - alors que celui d'installations en dehors du cadre familial a augmenté de 12 %.

"Aujourd'hui, 40 % des jeunes qui s'installent ne sont pas fils d'agriculteurs", confirme Justine Bazantay, animatrice à la chambre d'agriculture du Maine-et-Loire.

"Ils ont souvent des idées très précises sur la manière de gérer une exploitation, et veulent le faire seuls", poursuit-elle. "Mais, quand ils arrivent sur le marché des fermes, on n'a que des sociétés en association à leur proposer. Il était donc important de faire se rencontrer ces deux générations, qui ne sont pas issues du même milieu."

Au niveau national, les agriculteurs représentaient 3 % de la population active en 2008, contre 8 % en 1980, selon les statistiques officielles du ministère de l'Agriculture. Parmi eux, plus de la moitié des chefs d'exploitation auront plus de 50 ans en 2015.

Edité par Yves Clarisse

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