Les familles veulent la vérité dans l'affaire Merah

le
0
DEUX INTERPELLATIONS DANS LE CADRE DE L'AFFAIRE MERAH
DEUX INTERPELLATIONS DANS LE CADRE DE L'AFFAIRE MERAH

PARIS (Reuters) - Les familles de victimes de Mohamed Merah pressent l'exécutif de répondre aux dysfonctionnements policiers apparus lors de l'affaire, alors que deux hommes ont été interpellés à Toulouse dans l'enquête sur les complicités dont il aurait pu bénéficier.

Elles devaient être reçues mercredi par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls pour réclamer la déclassification de nouveaux documents sur l'auteur des tueries de Montauban et Toulouse, qui ont fait sept morts en mars 2012.

Dans Le Monde du 31 janvier, Manuel Valls répond que tout ce qui peut être déclassifié le sera, mais "pas les éléments qui exposeraient des sources, étrangères ou françaises".

"Nous n'avons rien à cacher, c'est l'intérêt de l'Etat que la vérité soit faite dans cette enquête", précise le ministre.

Selon le quotidien, le gouvernement a déjà tiré les leçons des dysfonctionnements révélés en octobre dans un rapport en signant un décret réorganisant la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

En outre, le nouveau chef de la DCRI aurait limogé la patronne du contre-terrorisme, Dominique Roulière, pour tirer les leçons de l'échec de l'affaire Merah, ajoute Le Monde.

Manuel Valls devait recevoir en fin de journée les familles des trois militaires tués et de celui blessé par Mohamed Merah, qui a également assassiné trois enfants juifs et un rabbin.

La veille de cette rencontre, deux hommes ont été interpellés à Toulouse dans l'enquête sur les complicités dont aurait pu bénéficier le djihadiste français, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.

Les deux hommes, une "connaissance" de Mohamed Merah et un membre d'une cellule salafiste de Toulouse, âgés respectivement de 28 et 30 ans, ont été placés en garde à vue et transférés à la DCRI près de Paris, apprend-on de source policière.

HYPOTHÈSE D'UN TROISIÈME HOMME

Manuel Valls a pris mardi le contre-pied de son prédécesseur UMP Claude Guéant et des responsables policiers de l'époque en affirmant que la thèse du "loup solitaire" ne tenait pas, même s'il avait pu passer seul à l'action.

Jusqu'à présent, seul le frère de Mohamed Merah, Abdelkader, 30 ans, a été mis en examen dans ce dossier pour complicité d'assassinats terroristes, ce qu'il nie.

L'hypothèse d'un "troisième homme" a été relancée par le frère aîné des Merah, Abdelghani, dans un ouvrage paru fin 2012.

Outre la recherche de possibles complicités, les familles des militaires tués veulent savoir si les services de renseignement ont tenté de retourner le "tueur au scooter".

Le juge antiterroriste Marc Trédivic a récemment conforté leurs doutes dans une interview au blogueur Frédéric Helbert, spécialiste des questions de sécurité.

Le magistrat estime que Mohamed Merah a été ciblé pour être recruté par le renseignement français, mais qu'il a dupé ceux qui croyaient pouvoir le manipuler.

"Il y avait le risque bien sûr, mais il y a toujours un risque dans ce genre d'opération", dit le magistrat. "C'est l'évaluation qui a foiré. Merah a vu le coup venir, compris qu'il pouvait en profiter, et en fait s'est joué des hommes de la DRCI".

Le responsable de l'antenne régionale de la DCRI a assuré que son équipe n'avait pas effectué une évaluation en vue d'un recrutement, à cause de la dimension trouble du jeune homme.

Les policiers toulousains ont également attaqué leur hiérarchie à Paris, reprochant à la direction de la DCRI d'avoir réagi tardivement aux informations sur le profil inquiétant du jeune homme et conclu qu'il n'y avait pas de lien avec un réseau djihadiste, selon une source policière.

Ce "manque de considération" se serait poursuivi après les premiers meurtres, où la direction centrale aurait d'abord privilégié la piste de l'utra-droite.

Un rapport de l'Inspection générale de la police dévoilé en octobre par le ministre de l'Intérieur sur l'auteur des tueries a reproché à la DCRI d'avoir failli dans l'évaluation de sa dangerosité, mais ne désigne pas de responsables.

Les députés ont décidé début décembre la création d'une commission d'enquête sur le travail des services de renseignement à la lumière de l'affaire Merah, une initiative dénoncée par l'opposition de droite.

Gérard Bon, avec Nicolas Bertin et Guillaume Serries à Toulouse, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant