Les exportateurs allemands impatients de revenir en Iran

le , mis à jour à 19:53
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* Les entreprises allemandes se préparent à la levée des sanctions * Elles ont perdu du terrain face aux chinoises ou aux coréennes * Berlin freine leur ardeur pour maintenir la pression sur Téhéran par Georgina Prodhan et Noah Barkin FRANCFORT/BERLIN, 5 juillet (Reuters) - Martin Herrenknecht, fondateur d'une société spécialisée dans les équipements pour le creusement de tunnels, s'est soigneusement préparé ces derniers mois en vue du jour où l'allégement des sanctions économiques contre l'Iran se traduira par une réouverture de cet important marché. Son entreprise réalisait 10 à 15 millions d'euros de chiffre d'affaires par an en Iran avant les sanctions. Elle y a maintenu une présence ces dernières années, afin d'être opérationnelle dès que Téhéran relancera des projets prometteurs, comme le développement du métro de la capitale. "Je sais que des projets vont arriver et je serai prêt à signer quand les sanctions seront levées", a dit Martin Herrenknecht à Reuters. Comme lui, beaucoup de chefs d'entreprise allemands, surveillent de très près l'évolution des discussions en cours à Vienne sur le programme nucléaire iranien, censées s'achever d'ici mardi. ID:nL8N0ZL0ND "C'est comme dans une régate: tout le monde s'efforce de se placer dans la meilleure position possible pour le moment où le coup d'envoi sera donné", explique un haut responsable allemand. Pénalisées par les sanctions, les exportations allemandes vers l'Iran sont tombées de 4,4 milliards d'euros en 2005 à 1,8 milliard en 2013. Et pendant cette période, la Chine, les Emirats arabes unis, la Corée du Sud, la Turquie et l'Inde ont renforcé leurs positions sur le marché iranien. DES DISCUSSIONS EN COULISSE Le secteur privé iranien a été considérablement affaibli par des années de sanctions, qui ont limité son accès aux marchés étrangers. L'économie du pays reste dominée par les exportations pétrolières et gazières et par le secteur public. Le responsable allemand a cité Volkswagen VOWG_p.DE et Daimler DAIGn.DE parmi les grandes entreprises qui espèrent profiter d'une levée des sanctions. Volkswagen a déclaré n'avoir relancé aucune activité en Iran et Daimler a expliqué suivre de près l'évolution du dossier, en précisant que toute relation commerciale ou retour en Iran dépendant de l'issue des discussions sur le nucléaire. Mais une source proche du dossier chez Volkswagen a déclaré que "bien sûr, il y a des discussions", ajoutant que cela valait aussi pour tous les fournisseurs potentiels. La plupart des entreprises allemandes cotées restent toutefois prudentes, soucieuses de ne pas susciter de réactions défavorables parmi les investisseurs et les clients aux Etats-Unis, où les prises de position sur les sanctions sont souvent plus dures qu'en Europe. Le conglomérat industriel Siemens SIEGn.DE , dont les relations commerciales avec l'Iran remontent à 1867, a cessé de signer de nouveaux contrats sur place en 2010 après s'être vu reprocher d'avoir vendu à Téhéran des équipements permettant d'espionner des dissidents. BERLIN TEMPÈRE LES ARDEURS DES INDUSTRIELS Il n'a jamais donné d'explication à l'appui de sa décision mais des sources proches du dossier expliquent que ses liens avec l'Iran ont compliqué le gain de contrats publics aux Etats-Unis. Un porte-parole de Siemens a déclaré cette semaine que le groupe attendait l'issue des discussions en cours à Vienne avant de prendre des décisions. "Si quelque chose change, nous en tiendrons compte", a-t-il ajouté. Le dossier iranien est délicat aussi pour les responsables politiques allemands, qui s'efforcent de maintenir la pression sur Téhéran pour favoriser la conclusion d'un accord sans pour autant pénaliser les entreprises allemandes. Le ministre de l'Economie et de l'Energie, Sigmar Gabriel, se prépare à se rendre à Téhéran d'ici la fin du mois, dit-on à Berlin, mais cette visite officielle n'a pas été confirmée par son ministère. Une source proche du gouvernement a récemment expliqué que Berlin se trouvait en fait face à un dilemme dans ce dossier délicat: "Les industriels allemands veulent vraiment se précipiter en Iran. Ils ont peur, s'ils attendent, que les Français ou même les Américains y arrivent avant eux. Mais s'ils partent maintenant, les Iraniens pourraient conclure qu'ils n'ont pas besoin d'un accord puisque les sanctions sont déjà en train de disparaître." "Nous saisissons toutes les occasions pour dire aux industriels allemands de se calmer", a ajouté cette source. (avec Jan Schwartz et Edward Taylor, Marc Angrand pour le service français)


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