Les Européens invitent les Britanniques à assumer leur choix

le
0
    * Londres ne "tourne pas le dos" à l'Europe, dit Cameron 
    * "Nous n'avons pas des mois à méditer", prévient Juncker 
    * Hollande pose le cadre des futures négociations 
 
    par Elizabeth Pineau et Jean-Baptiste Vey 
    BRUXELLES, 29 juin (Reuters) - Les dirigeants européens 
réunis mardi à Bruxelles pour la première fois depuis la 
victoire du Brexit au Royaume-Uni ont pris acte du départ 
annoncé des Britanniques de l'Union européenne, qui entend 
laisser Londres supporter les conséquences, notamment 
économiques, de ce choix historique.    
    Aux dires des participants, l'émotion était palpable lors du 
dîner des Vingt-Huit, le dernier auquel participait David 
Cameron. Mais l'atmosphère était également assez fraîche bien 
que polie, ont rapporté diplomates et responsables européens.  
    Tous étaient d'avis autour de la table que le Premier 
ministre britannique avait creusé sa propre tombe en participant 
au "Bruxelles bashing" en vogue depuis des dizaines d'années de 
l'autre côté du Channel. "Ne soyez pas surpris que vos 
concitoyens vous croient", lui a lancé Jean-Claude Juncker, le 
président de la Commission européenne. 
    "La Grande-Bretagne quittera l'Union européenne mais nous ne 
tournerons pas le dos à l'Europe", a dit pour sa part le chef du 
gouvernement britannique, qui quittera son poste au plus tard le 
9 septembre.  
    L'initiateur du référendum du 23 juin a expliqué que son 
pays voulait trouver la meilleure forme de partenariat possible 
avec l'UE, jugeant toutefois impossible d'avoir "tous les 
bénéfices sans coûts", contrairement à ce qu'avaient laissé 
entendre les partisans de la sortie de l'Union. 
    Cameron a confirmé qu'il laisserait le soin à son successeur 
au 10, Downing Street d'activer l'article 50 du traité européen 
de Lisbonne, déclencheur du processus de négociations formelles. 
     
    AUCUN RETOUR EN ARRIÈRE  
    Du président du Conseil européen, Donald Tusk, à la 
chancelière allemande, Angela Merkel, en passant par Jean-Claude 
Juncker, les dirigeants européens ont affirmé qu'aucune 
négociation ne pourrait débuter avec Londres avant la 
notification du départ du pays de l'UE. 
    Le temps presse, insistent les Vingt-Sept même s'ils ne sont 
pas tous sur une même ligne quant à l'urgence qu'il y a 
d'activer l'article 50 et d'enclencher la procédure. 
    "Nous n'avons pas des mois à méditer sur l'ouverture des 
négociations de retrait du Royaume-Uni", a souligné Juncker 
 , tandis que Merkel a dit n'envisager aucun retour 
en arrière de Londres sur sa décision. "Nous devons tous 
regarder la réalité de cette situation. L'heure n'est pas à 
prendre nos désirs pour des réalités", a-t-elle dit. 
  
    Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays 
assure la présidence semestrielle tournante de l'UE, a estimé 
lui qu'il fallait peut-être laisser du temps au Royaume-Uni pour 
qu'il se remette du choc de jeudi dernier. "L'Angleterre s'est 
effondrée politiquement, monétairement, constitutionnellement et 
économiquement. Il n'est pas raisonnable d'exiger d'eux qu'ils 
déclenchent l'article 50", a-t-il dit. 
    Les dirigeants européens se réuniront mercredi sans les 
Britanniques pour réfléchir à une nouvelle impulsion au projet 
européen après le coup de tonnerre de la victoire du Brexit.  
    François Hollande a pour sa part d'ores et déjà posé les 
conditions des futures relations entre l'UE et le Royaume-Uni.  
    La Grande-Bretagne, a-t-il prévenu, devra accepter les 
quatre libertés de circulation - des personnes, des capitaux, 
des biens et des services - si elle veut conserver l'accès au 
marché intérieur européen et le "passeport" pour ses banques. 
    Pour le président français, le Royaume-Uni supportera 
l'essentiel des conséquences économiques négatives de la sortie 
de l'Union, que l'Europe peut éviter grâce à l'action de la 
Banque centrale européenne (BCE) et des Etats.   
     
    EFFETS MOINS NÉGATIFS QUE REDOUTÉ, DIT DRAGHI 
    Selon le président de la BCE, Mario Draghi, cité par Donald 
Tusk, les effets d'un Brexit devraient être moins négatifs pour 
la zone euro que redouté.   
    D'après un autre responsable de l'UE, Mario Draghi partage 
l'avis d'économistes du secteur privé qui estiment globalement 
de 0,3% à 0,5% l'impact négatif du "Brexit" sur la croissance de 
la zone euro sur les trois prochaines années.   
    Politiquement aussi, les choses s'accélèrent, et des 
scénarios alternatifs commencent à naître. 
    La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, sera 
mercredi à Bruxelles pour évoquer les moyens d'obtenir le 
maintien dans l'Union européenne de l'Ecosse, qui a voté à 62% 
pour le maintien dans le bloc communautaire.   
    Jeremy Hunt, ministre britannique de la Santé et candidat à 
la succession de Cameron, a évoqué quant à lui un deuxième 
référendum sur le maintien dans l'Union si Bruxelles autorise 
Londres à contrôler totalement ses frontières, ce qui semble 
pour l'instant exclu. 
    La France, l'Allemagne et l'Italie - pays fondateurs de la 
Communauté européenne et les plus peuplés - sont convenus lundi 
de la nécessité de relancer l'UE dans les domaines de la 
sécurité, de la croissance, ainsi que l'harmonisation fiscale et 
sociale dans la zone euro.   
    Ils proposent la tenue d'un sommet des Vingt-Sept en 
septembre pour adopter des projets concrets à mettre en oeuvre 
dans les six mois. 
    Pour François Hollande, il est aussi essentiel d'agir pour 
"éviter que des partis extrémistes", dont l'influence grandit en 
Europe, "puissent utiliser la colère qui quelquefois est là".   
     
    VOIR AUSSI 
    ENCADRE L'article 50, pomme de discorde du Brexit 
  
    ENCADRE Les modalités d'un divorce   
    LE POINT sur le Brexit:   
 
 (Jean-Baptiste Vey et Elizabeth Pineau, avec le bureau européen 
de Reuters; édité par Henri-Pierre André) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant