Les Européens entre optimisme et prudence sur la crise

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LES EUROPÉENS ENTRE OPTIMISME ET PRUDENCE SUR LA CRISE
LES EUROPÉENS ENTRE OPTIMISME ET PRUDENCE SUR LA CRISE

par Julien Toyer et Emmanuel Jarry

BRUXELLES (Reuters) - Un certain vent d'optimisme a soufflé jeudi et vendredi sur le sommet européen de Bruxelles au cours duquel les dirigeants de l'Union européenne ont jugé avoir fait le plus dur pour mettre la crise de la dette sous cloche, même si d'importants risques subsistent.

Depuis l'éclatement de la crise de la dette en janvier 2010, les Vingt-Sept se sont entendus sur de nouvelles règles de surveillance et de coordination budgétaire beaucoup plus strictes, ont signé un nouveau traité afin de refonder la zone euro et ont créé de puissants mécanismes de soutien aux pays en difficulté financière.

Pour la première fois en plus de deux ans, le sommet ne s'est pas transformé en énième réunion de crise et a permis aux chefs d'Etat et de gouvernement de regarder vers l'avenir en discutant - même si cela reste encore très frileux - des politiques de croissance au sein du bloc communautaire.

"C'est un immense soulagement que celui de voir les sommets européens ne plus être consacrés à la crise financière et c'est un immense soulagement que de voir que la crise financière ne fait plus l'actualité comme elle le faisait matin, midi et soir, parce que nous sommes en train de tourner la page de cette crise financière", a déclaré Nicolas Sarkozy après le sommet.

"Maintenant il nous faut mettre toutes nos forces sur la résorption de la crise économique", a-t-il ajouté, exprimant un sentiment largement partagé par ses collègues.

La chancelière Angela Merkel, tout en reconnaissant les progrès enregistrés, s'est toutefois voulue beaucoup plus prudente et a prévenu que les prochains mois seraient décisifs.

"Nous voyons, avec les opérations de la Banque centrale européenne, que nous ne sommes pas dans une situation normale. Nous sommes toujours dans une situation fragile. Cette situation est un peu plus calme mais la crise est tout sauf réglée", a-t-elle dit à la presse.

La BCE a prêté mercredi près de 530 milliards d'euros à trois aux banques de la zone euro, portant à plus de 1.000 milliards les liquidités injectées pour apaiser les tensions sur les marchés interbancaires et prévenir un assèchement du crédit aux entreprises et aux ménages.

"D'autres mesures sont nécessaires pour finaliser le travail", a poursuivi Angela Merkel. "Les deux prochaines années seront aussi décisives que les deux dernières", a-t-elle prédit, insistant notamment sur le besoin pour les pays de l'UE et surtout de la zone euro de retrouver la compétitivité et la croissance perdues.

SITUATION FRAGILE

Jeudi soir, à la sortie du Conseil européen, le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que le panorama européen était rassurant mais restait fragile.

"Nous avons beaucoup d'incertitudes et les pays européens doivent persévérer. Mais pour le moment, il s'agit d'une image bien meilleure que celle de novembre dernier", a-t-il dit.

Plusieurs sources européennes de haut rang ont rapporté que Mario Draghi avait auparavant longuement attiré l'attention des dirigeants des 27 sur le risque qui existait à considérer que le plus dur de la crise était derrière eux.

Selon l'une d'elles, il a expliqué que les chefs d'Etat et de gouvernement avaient trois ans devant eux pour mettre en oeuvre les décisions prises ces derniers mois mais que la BCE ne serait pas forcément toujours à leurs côtés pour les aider à surmonter les difficultés.

Celles-ci pourraient se matérialiser rapidement, tant la situation en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Italie ou en Espagne reste fragile.

Athènes a obtenu jeudi soir un feu vert à l'activation d'un nouveau plan de soutien de 130 milliards d'euros mais personne à Bruxelles ou dans les capitales européennes ne croit que le dossier grec ne soit définitivement refermé.

Les plans d'aide octroyés à l'Irlande et au Portugal pourraient aussi devoir être complétés si le retour à une croissance soutenue n'est pas rapidement au rendez-vous dans ces pays.

Les nouveaux gouvernements en place à Rome et à Madrid bénéficient quant à eux d'un certain répit accordé par les marchés mais cette situation pourrait ne pas durer indéfiniment si les deux pays ne parviennent pas rapidement à réduire leurs déficits, à relancer l'activité et à faire baisser le taux de chômage.

A plus long terme, les Vingt-Sept devront également réussir là où ils ont échoué de manière répétée depuis plus de dix ans: créer une union économique aux côtés de leur union monétaire.

"Nous avons signé un nouveau pacte budgétaire, il nous faut maintenant un nouveau pacte économique", a résumé le président du Conseil italien, Mario Monti.

édité par Marc Angrand

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