Les ETF/trackers augmentent-ils les risques sur les marchés ?

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Les ETF/trackers augmentent-ils les risques sur les marchés ?
Les ETF/trackers augmentent-ils les risques sur les marchés ?

Les ETF (ou trackers) sont des produits financiers qui permettent aux investisseurs d’acheter un panier de valeurs reproduisant souvent un indice boursier. Pour autant, ces produits sont parfois accusés de provoquer des effets néfastes sur les marchés. L’Université Paris-Dauphine et Lyxor AM réfléchissent à ces sujets à travers un partenariat en recherche économique.

Dans le cadre du développement de la réflexion économique sur les ETF (Exchange Traded Funds), encore faible à l’heure actuelle, l’Université Paris-Dauphine, en collaboration avec l’émetteur de trackers Lyxor AM, a lancé l’année dernière l’« ETF Research Academy ». Cette initiative a pour but de produire des travaux de recherche académique relatifs aux ETF, véhicules d’investissement permettant, pour un investisseur, de répliquer les variations d’un panier de valeurs cotées en Bourse, correspondant généralement à un indice boursier.

Les premiers résultats d’études, publiés en fin d’année dernière, étaient commentés mercredi 16 mars lors d'une conférence ouverte à la presse.

La popularité des ETF ne cesse de croître d’année en année, attirant de nombreux investisseurs généralement déçus par la logique du « stock picking » qui consiste à n’investir que sur certaines valeurs en estimant que celles-ci pourront surperformer la moyenne du marché, ce qui ne donne pas toujours des résultats satisfaisants. Les investisseurs se tournent ainsi vers les trackers qui permettent de suivre la moyenne du marché tout en profitant d'une large diversification sectorielle. En France, les ETF les plus célèbres sont ceux qui répliquent l’indice CAC40, avec d’éventuels effets de levier « x2 » biens connus par les investisseurs qui s’intéressent à ce marché.

Au niveau mondial, les encours investis en ETF représenteraient désormais environ 3.000 milliards de dollars, dont 450 milliards d’euros (500 milliards de dollars) en Europe selon les derniers chiffres publiés mensuellement par Lyxor AM. Le succès des ETF est d’autant plus frappant que ces produits sont apparus sur les marchés européens il y a seulement une quinzaine d’années, au début des années 2000.

La liquidité des ETF, facteur de succès mais aussi d’interrogations

« La liquidité de ces produits est l’une des raisons du succès des ETF » explique Fabrice Riva, co-auteur de l’une des études publiées dans le cadre de l’ETF Research Academy. « Ces produits sont en effet négociables en continu et permettent de répliquer les variations d’un indice boursier qui n’est pas directement négociable sur les marchés ».

La « liquidité » désigne, pour un produit financier, sa capacité à être facilement acheté ou vendu sur les marchés sans avoir d'impact significatif sur les prix, y compris pour des ordres représentant des sommes élevés. En d’autres termes, un ETF est « liquide » s’il bénéficie continuellement d’un faible écart de prix entre la meilleure offre et la meilleure demande visible dans le carnet d’ordres de cet ETF.

Or, tous les trackers ne bénéficient pas d’une liquidité uniforme sur les marchés. Certains sont plus « liquides » que d’autres, ces différences pouvant même s’observer entre deux trackers distincts reproduisant un même indice boursier. « La liquidité est un phénomène complexe. Beaucoup pensent que la liquidité d’un ETF dépend de la liquidité des actifs sous-jacents dont il reproduit le cours. Notre étude aboutit à l’idée que cet argument ne tient pas la route », explique Fabrice Riva.

En effet, « La liquidité des ETF dépend davantage de la gestion des stocks d’ETF par les sociétés émettrices et des volumes d’échanges sur ces ETF » explique-t-il. Plus les volumes traités sur un tracker sont importants, plus celui-ci sera « liquide », l’offre et la demande étant plus fournies, permettant d'éviter d’éventuels décalages de prix en cas d’achats ou de ventes massives.

Pour cette même raison, le rôle de teneur de marché de la société émettrice des trackers est également très important. Avec une tenue de marché rigoureuse et active de la part de leur émetteur, certains ETF peuvent même parvenir à être plus liquides que les actifs sous-jacents sur lesquels ils permettent indirectement d’investir. Tel est notamment le cas des trackers répliquant les variations de certains indices du marché obligataire.

Des produits potentiellement déstabilisateurs pour les marchés ?

Dans un autre registre, un débat économique discret aux yeux du grand public revient régulièrement parmi les investisseurs après les phases de fort repli des marchés, et concerne l’impact potentiel des ETF sur l’accélération des phases de « stress de marché ».

« Lors du mois d’août dernier, on a pu voir une hausse très significative des volumes traités sur les ETF » mentionne Marlène Hassine, directrice de la recherche sur les ETF chez Lyxor AM. « Aux Etats-Unis, les volumes sur les ETF ont représenté jusqu’à 40% des transactions totales passées sur les marchés, contre 25% des volumes traités en temps normal ».

La hausse des volumes sur les ETF en période de stress de marché s’explique notamment du fait que certains investisseurs quittent massivement les marchés financiers dans ces moments d’incertitudes, tandis que d’autres, plutôt spéculateurs, achètent au contraire des trackers pour parier sur un rebond général des cours.

Or, la hausse des volumes sur les trackers a des effets secondaires indirects sur la formation du prix des actifs sous-jacents. En effet, la société émettrice des trackers achète ou vend sur les marchés financiers les actifs du panier de valeurs répliqué par un ETF en fonction des ordres passés par les investisseurs sur cet ETF. Les mouvements sur les trackers sont donc partiellement répliqués sur le prix des actifs sous-jacents.

Est-ce à dire que les ETF provoquent une augmentation des risques sur les marchés, et notamment une accélération des phases de panique ? Non, explique Serge Darolles, professeur de finance à l'Université Paris-Dauphine, pour qui « L’idée selon laquelle "plus le nombre d’ETF augmente sur le marché, plus il y a de risques", est une idée fausse ! ».

Les quelques prémisses de recherches effectuées dans ce domaine iraient même plutôt dans le sens inverse : plus les trackers sont variés et nombreux sur les marchés, plus la volatilité du cours des sous-jacents dans leur ensemble aurait tendance à diminuer. Le sujet n’est pas clos et les recherches devront se poursuivre à l’avenir dans ce domaine pour y voir plus clair et disposer d’estimations chiffrées sur les éventuels risques que les trackers rajoutent ou permettent d'éviter sur les marchés financiers.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • M7284266 il y a 9 mois

    quand on achète un ETF, c'est que l'on souhaite acheter le panier de valeurs correspondant (ou vendre)il est donc logique qu'il y ait une réplique sur le marché réelmais je ne vois pas où est l'effet perverssi l'ETF a un effet de levier, c'est comme si on avait fait du srd

  • M140210 il y a 9 mois

    Pas convaincu, j'estime que les ETF créent des risques supplémentaires, surtout pour les particuliers. Les marchés étant interconnectés tout mouvement est transmis partout et en cas de panique c'st la bérézina

  • lechypre il y a 9 mois

    donc si je résume on donne du pognon aux banques a travers les QE...ces denriers spéculent sur le Marché , créées des produits à fort effet de levier qui déstabilise le Marché..puis on refait du QE pour alimenter la spéculation...c'est bien , on tourne en rond depuis 8 ans et on en redemande..super les Banques centrales, bravo !! vive la finance !