Les Etats-Unis attendent des efforts de l'Iran sur le nucléaire

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PHASE CRUCIALE POUR LES NÉGOCIATIONS SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN
PHASE CRUCIALE POUR LES NÉGOCIATIONS SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN

par Lesley Wroughton et Parisa Hafezi

LAUSANNE, Suisse (Reuters) - Les Etats-Unis et l'Iran ont légèrement progressé sur la voie d'un règlement politique du contentieux entourant le programme nucléaire iranien mais Washington attend de Téhéran la prise de décisions susceptibles de dissiper les craintes sur ses ambitions atomiques.

Cinq heures d'entrevue entre le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, et son homologue iranien, Mohammed Javad Zarif, lundi à Lausanne n'ont pas dissipé les divergences d'appréciation sur cette question. La délégation iranienne devait rencontrer dans la soirée à Bruxelles les ministres européens des Affaires étrangères.

S'exprimant après l'entrevue entre Kerry et Zarif, un responsable américain a admis ne pas être certain que la date butoir du 30 mars fixée pour l'établissement d'un accord-cadre entre l'Iran et le groupe P5+1 puisse être respectée.

"Nous essayons d'y arriver mais honnêtement nous ne savons pas si nous y parviendrons", a dit ce responsable ayant requis l'anonymat. "L'Iran doit encore faire des choix très difficiles et nécessaires pour dissiper les importantes inquiétudes qui demeurent à propos de son programme nucléaire", a-t-il dit.

La délégation iranienne a évoqué lors de l'entrevue la lettre envoyée par 47 sénateurs républicains affirmant que tout accord conclu par l'administration Obama pourrait être remis en cause par le Congrès. "Ce genre d'initiative n'aide pas lorsque vous traitez d'un sujet aussi grave", a jugé ce responsable.

Dans cette période qualifiée de "cruciale" par le département d'Etat, les Etats-Unis se sont dit prêts à travailler jusqu'à la fin du mois, si nécessaire.

ESPOIR ET INCERTITUDE

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a résumé cette situation où l'incertitude le dispute à l'espoir. "Nous voulons un accord mais seulement si cet accord est très solide. Il y a eu des progrès mais il demeure des points importants qui ne sont pas résolus", a-t-il déclaré devant la presse à Bruxelles.

Federica Mogherini, représentante de la diplomatie européenne, est apparue à peine plus optimiste. "Il demeure des divergences qui doivent être réglées et j'ai l'espoir que la contribution européenne puisse y aider", a-t-elle déclaré.

Après avoir rencontré les chefs de la diplomatie européenne à Bruxelles, les Iraniens regagneront Lausanne pour de nouvelles discussions avec les Américains à partir de mardi.

Le calendrier pourrait être perturbé par les fêtes du Nouvel an perse, qui débutent samedi. Des responsables proches des discussions ont estimé qu'il pourrait être difficile de parvenir à un accord avant cette date. Les discussions reprendraient alors dans les derniers jours de mars.

Mohammed Zarif a affirmé que les délégués devaient poursuivre les négociations cette semaine afin de voir ce qui pouvait être accompli. "Sur certains sujets nous sommes proches d'une solution et en tenant compte de cela on peut dire qu'une solution est à portée de main. Dans le même temps, nous sommes en désaccord sur d'autres sujets", a dit le ministre iranien.

Techniquement, les négociateurs ont jusqu'au 30 juin pour finaliser tous les détails d'un compromis.

L'Iran et les puissances dites du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) veulent s'entendre d'ici la fin du mois sur un accord-cadre avec l'objectif de boucler d'ici la fin juin des négociations lancées en 2003.

LES RÉPUBLICAINS VENT DEBOUT

En échange d'une levée des sanctions, l'Iran, qui affirme que son programme n'a que des usages civils, accepterait de limiter ses capacités d'enrichissement d'uranium, étape indispensable à la fabrication de la bombe atomique, et serait l'objet d'un mécanisme de vérification de ses engagements.

La perspective d'un accord, treize ans après les premières révélations sur l'existence de sites nucléaires en Iran, a accentué les critiques de ses adversaires, notamment en Israël où le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui joue une partie de son avenir politique aux élections législatives de mardi, parle d'une menace contre l'existence même de l'Etat hébreu et d'un "potentiel cauchemar nucléaire".

Aux Etats-Unis, les républicains, majoritaires au Congrès, sont vent debout contre l'administration Obama qu'ils accusent de vouloir conclure ce qu'ils qualifient de "très mauvais accord". La semaine dernière, 47 des 54 sénateurs républicains ont pris l'initiative sans précédent d'adresser une lettre ouverte à l'Iran avertissant que tout accord nucléaire conclu par Barack Obama pourrait être annulé quand ce dernier aura quitté la Maison blanche en janvier 2017.

L'Arabie saoudite, rival régional de l'Iran qui redoute que l'issue de la négociation ne donne à la République islamique un avantage majeur et que l'allègement progressif des sanctions qui lui ont été imposées depuis 2006 n'augmente ses capacités d'influence dans la région, a prévenu indirectement qu'un accord relancerait la prolifération nucléaire.

"J'ai toujours dit que quelle que soit l'issue de ces pourparlers, nous réclamerions la même chose", a expliqué lundi à la BBC le prince saoudien Turki al Fayçal, ancien chef des services de renseignement du royaume wahhabite.

(Avec Robin Emmott à Bruxelles et Angus McDowall à Ryad, Henri-Pierre André, Eric Faye et Pierre Sérisier pour le service français)

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