Les Etats-Unis activent leur système antimissile en Roumanie

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 (Ajoute réactions, précisions, contexte) 
    par Robin Emmott 
    DEVESELU, Roumanie, 12 mai (Reuters) - Les Etats-Unis ont 
activé jeudi le système américain de défense antimissile 
construit en Roumanie, en dépit des protestations de la Russie 
qui se dit persuadée que le dispositif est dirigé contre son 
arsenal militaire. 
    L'inauguration a eu lieu en présence de hauts représentants 
de l'Otan et des Etats-Unis. Le site, équipé d'un radar, 
d'intercepteurs de missiles et de systèmes de communication, est 
la première pièce d'un bouclier censé protéger l'Europe des 
"Etats voyous" comme l'Iran.  
    "Aussi longtemps que l'Iran continuera de développer et de 
déployer des missiles balistiques, les Etats-Unis travailleront 
avec leurs alliés pour défendre l'Otan", a déclaré jeudi le 
vice-secrétaire américain à la Défense, Robert Work, lors de la 
cérémonie.  
    Il a en revanche nié que le système vise à protéger l'Europe 
de toute menace russe. "Ce n'est pas du tout l'objectif", a 
déclaré le responsable du Pentagone.  
    Les Etats-Unis lanceront dès vendredi les travaux d'un autre 
site antimissile, en Pologne, et sa livraison, fin 2018, 
marquera l'achèvement du système. 
    Une fois achevé, ce bouclier s'étendra du Groenland aux 
Açores. Il sera remis en juillet prochain à l'Otan, qui 
contrôlera le dispositif à partir d'une base aérienne américaine 
en Allemagne.  
    La Russie est furieuse contre ce qu'elle considère comme une 
démonstration de force de l'Alliance atlantique, qu'elle 
soupçonne de vouloir la contenir jusqu'aux limites de la mer 
Noire, zone éminemment stratégique pour Moscou où l'Otan 
envisage également d'accroître ses patrouilles. 
    "Cela fait partie d'une stratégie d'endiguement militaire et 
politique de la Russie", a estimé jeudi Andreï Kelin, haut 
responsable au ministère des Affaires étrangères, cité par 
l'agence Interfax. "Ces décisions de l'Otan ne peuvent 
qu'exacerber une situation déjà difficile", a-t-il dit.  
     
    "UNE MENACE POUR LA SÉCURITÉ RUSSE" 
    "Il ne fait aucun doute que le déploiement du système est 
une menace pour la sécurité de la Fédération russe", a déclaré 
pour sa part le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. 
    La Russie a déjà annoncé son intention de renforcer ses 
flancs ouest et sud à l'aide de trois nouvelles divisions face 
au projet de l'Otan de déployer quatre bataillons 
supplémentaires en Pologne et dans les pays baltes, une décision 
prise par l'Alliance à la suite de l'annexion de la Crimée par 
Moscou en mars 2014.   
    Varsovie craint que Moscou puisse relever encore les 
enchères en annonçant le déploiement d'armes nucléaires dans son 
enclave de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie. 
La Russie y a déjà installé des missiles sol-mer et sol-air 
capables de balayer de vastes territoires et de compliquer les 
déplacements des forces de l'Otan dans la région. 
    Le Kremlin estime que l'objectif du bouclier déployé par les 
Américains est de neutraliser l'arsenal nucléaire russe 
suffisamment longtemps pour que les Etats-Unis puissent frapper 
la Russie en cas de conflit. Washington et l'Otan démentent 
fermement.  
    "La défense antimissile (...) n'affaiblit pas la capacité de 
dissuasion de l'arsenal nucléaire russe", a déclaré le 
secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, sur la base de 
Deveselu.  
    Dans le même temps, le représentant permanent des Etats-Unis 
auprès de l'Otan, Douglas Lute, a promis que l'Otan comptait 
accélérer l'effort de modernisation en cours, le plus important 
de l'Alliance depuis la Guerre froide.  
    "Nous nous déployons sur mer, sur terre et dans les airs le 
long des flancs est de l'Alliance (...) pour dissuader tout 
agresseur", a déclaré le général à la retraite.  
    Le système antimissile installé en Roumanie s'inspire du 
système américain Aegis. Il s'appuie sur les radars qui 
détectent le lancement d'un missile balistique. Des capteurs 
mesurent ensuite la trajectoire de la fusée et des missiles 
intercepteurs, tirés à partir de navires ou de batteries 
terrestres, la détruisent dans l'espace avant qu'elle entre à 
nouveau dans l'atmosphère. 
 
 (Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service 
français) 
 
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