Les entreprises allemandes prennent goût à la Bourse

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LES ENTREPRISES ALLEMANDES SE LAISSENT SÉDUIRE PAR LA BOURSE
LES ENTREPRISES ALLEMANDES SE LAISSENT SÉDUIRE PAR LA BOURSE

par Harro Ten Wolde et Sudip Kar-Gupta

FRANCFORT/LONDRES (Reuters) - Le câblo-opérateur Tele Columbus est la dernière société allemande en date à avoir annoncé un projet d'introduction en Bourse (IPO) dans un pays où les entreprises, traditionnellement méfiantes, se laissent séduire par la Bourse après la cotation record de 25 milliards de dollars d'Alibaba à New York.

Tele Columbus a annoncé mardi matin son intention de lever au moins 300 millions d'euros via une cotation en Bourse de Francfort d'ici la fin de l'année.

Encouragés par le succès de l'IPO du géant du commerce en ligne et par la croissance économique, des sociétés telles que le distributeur en ligne de prêt-à-porter Zalando et le groupe de capital-risque Rocket Internet relancent le marché primaire, qui a vu le montant des capitaux levés atteindre ses plus hauts niveaux en sept ans.

"Il y a actuellement une grande fenêtre de tir pour les IPO. Les marchés sont très liquides, la BCE apporte son soutien avec sa politique de rachats d'actifs, l'économie américaine est en forte croissance", dit Klaus Fröhlich, chargé des marchés de capitaux en Allemagne et en Autriche chez Morgan Stanley.

"Pour tous ceux qui ont un peu étudié la situation, c'est le moment de se tourner vers les marchés et de se faire coter."

La société de conseil Ernst and Young estime à une vingtaine le nombre de sociétés qui pourraient entrer en Bourse de Francfort cette année, soit deux fois plus que l'an dernier.

Les analystes financiers disent que le "Mittelstand", le segment des petites et moyennes entreprises allemandes, semble se faire à l'idée de se financer davantage sur les marchés.

Zalando a annoncé lundi soir avoir fixé un prix d'IPO à 21,50 euros par action.

Parallèlement, Rocket Internet, actionnaire de Zalando, va devenir la neuvième entreprise allemande à se faire coter en Bourse cette année. La société de capital investissement s'attend à lever jusqu'à 1,6 milliard d'euros.

Il s'agirait de la plus grosse IPO depuis celle du fabricant de moteurs automobiles Tognum coté en 2007, année de la création de Rocket par les frères Oliver, Alexander et Marc Samwer.

ENCOURAGÉES PAR LE RESTE DU MONDE

Depuis, ils ont créé des sites de commerce en ligne et des places de marché sur internet pour une grande variété de produits et services, allant des taxis aux livraisons de repas, dans une centaine de pays. Rocket a réalisé en 2013 un chiffre d'affaires d'un milliard de dollars dans le commerce électronique.

Autre signe de confiance dans la Bourse allemande, TLG Immobilien, propriété de la société américaine de capital-investissement Lone Star, a annoncé vendredi son intention de s'introduire en Bourse avant la fin de l'année.

La multiplication des IPO en Europe et dans le monde favorise également le marché allemand. Le montant des IPO en Europe a fait un bond en avant de 260% depuis le début de l'année, à 548 milliards de dollars (280,2 milliards d'euros), et au niveau mondial, il a presque doublé à 176 milliards de dollars depuis le début de l'année, selon les données de Thomson Reuters, un total cumulé sur neuf mois le plus élevé depuis 2007.

Zalando a fixé un prix près du haut de la fourchette initialement annoncée de 18 à 33,50 euros, preuve de l'intérêt soutenu des investisseurs pour ce type d'opérations en Europe.

"L'IPO de Zalando attire une forte demande car l'équipe de direction est convaincante, qu'elle ne cote qu'une petite partie de la société et que si vous cherchez des acteurs internet européens, il n'y en a pas tant que cela à part Zalando", dit Freddie George, analyste chez Cantor Fitzgerald.

Mais il estime que les investisseurs qui pensent à acheter des titres Zalando devraient tirer les leçons du parcours de son concurrent britannique ASOS dont le cours a chuté de 70% depuis février après avoir atteint des sommets.

"J'ai le sentiment que les investisseurs font peut-être preuve d'un peu de naïveté. Ils sont comme ASOS", dit-il.

Les gérants d'actifs notent que même si Zalando a le mérite d'avoir une position de leader sur son marché, le groupe est tout de même confronté à la concurrence de rivaux plus anciens qui vendent aussi bien dans leurs magasins que sur internet.

(Avec Arno Schuetze et Alexander Hübner, Juliette Rouillon pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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