Les émissions d'actions de bon augure pour la croissance

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LES EMISSIONS D'ACTIONS, SIGNE DE CONFIANCE DES INVESTISSEURS ET INDUSTRIELS
LES EMISSIONS D'ACTIONS, SIGNE DE CONFIANCE DES INVESTISSEURS ET INDUSTRIELS

par Natsuko Waki

LONDRES (Reuters) - Le recours croissant des entreprises à des émissions d'actions pour lever des fonds pourrait être le signe d'une confiance accrue des investisseurs et des industriels, susceptible de déclencher un cercle vertueux pour l'économie et les marchés.

La multiplication des augmentations de capital et des cessions de titres dans le cadre d'introductions en Bourse s'accélère, comme l'a montré jeudi l'annonce par Twitter de son intention d'entrer en Bourse dans le prochains mois.

Selon les données de Thomson Reuters, le montant des émissions d'actions dans le monde a totalisé 491,2 milliards de dollars (369,9 milliards d'euros) depuis le début de l'année, soit une hausse de 17% par rapport à la même période de 2012.

Selon la théorie dite de hiérarchie des préférences ou "pecking order", les entreprises préfèrent utiliser leur trésorerie ou recourir à l'endettement pour lever des fonds plutôt que d'augmenter leur capital, des opérations qui de surcroît ont un effet de dilution de leur résultats.

Toutefois, les marchés réagissent favorablement ces derniers temps aux titres des entreprises qui ont augmenté leur capital ou qui ont annoncé leur intention de le faire.

L'action du réseau social professionnel LinkedIn a ainsi atteint un niveau record mercredi, qui a porté ses gains depuis le début de l'année à 120%, quelques jours après l'annonce de son projet d'un nouvel appel au marché pour financer son développement et sa croissance externe.

De même, le constructeur de voitures électriques Tesla Motors a pris 93% depuis son augmentation de capital en mai.

Il se peut que les investisseurs en Bourse aient ainsi salué la prudence en matière d'endettement des entreprises mondiales, qui ont passé les dernières années à accumuler une trésorerie estimée actuellement à 6.700 milliards de dollars.

Quoiqu'il en soit, cette nouvelle tendance pourrait avoir un impact positif sur les marchés financiers et, à terme, sur la croissance globale.

"Le financement par émission d'actions tend à revenir à la mode dans un environnement boursier positif", dit Bill Street, responsable de l'investissement en zone EMEA chez State Street.

"Il y a certes un effet dilutif, mais dans un contexte général de croissance, l'impact positif lié aux injections massives de liquidités pourrait permettre de l'absorber."

REPRISE DES M&A

Selon le cabinet juridique Allen and Overy, le montant global des émissions d'actions avait retrouvé mi-août son niveau d'avant la crise, à 1.150 milliards de dollars sur un an. Ce mouvement a été mené par les Etats-Unis, où la valeur totale des émissions d'actions a progressé de 11% par rapport à la même période de 2007.

Selon Benjamin Melman, responsable des allocations d'actifs chez Edmond de Rothschild Asset management à Paris, une bonne partie des levées de capitaux visent à financer des opérations de fusions et acquisitions (M&A), un marché qui reprend après des années de calme plat pendant lesquelles les entreprises étaient avant tout occupées à assainir leurs bilans.

"Après l'énorme retard pris par l'activité de M&A, nous pensons que la situation se normalise. Nous allons assister à de nombreuses opérations en Europe (...) et le mouvement a déjà commencé aux Etats-Unis", dit-il.

Les M&A sont en plein essor en Europe et l'indice boursier EuroStoxx 50 a atteint son plus haut niveau en deux ans jeudi après l'annonce par le groupe français de médias et de télécoms Vivendi d'un projet à l'étude de scission en deux de ses activités.

Les fusions-acquisitions ont représenté au total 1.620 milliards de dollars depuis le début de l'année, un volume en hausse de 2% par rapport la même période de l'an dernier, selon Thomson Reuters.

Certes, les derniers mois ont aussi été marqués par une ruée vers le marché obligataire dans la perspective d'un ralentissement des injections de liquidités de la Réserve fédérale américaine, mais l'activité sur ce segment de marché est encore en retrait de 1% par rapport à 2012.

Le recours accru aux augmentations de capital pourrait également s'expliquer par la hausse des taux sur le marché de la dette, le rendement des obligations du Trésor américain ayant atteint un pic en deux ans, à 3,01%, la semaine dernière.

Au Japon, où le Premier ministre Shinzo Abe a engagé une politique active de lutte contre la déflation, les émissions d'actions ont également beaucoup augmenté, de 94%, cette année.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand

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