Les émergents montent au créneau pour leur devise, avant le G20

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    par Patrick Graham et Sujata Rao 
    LONDRES, 24 février (Reuters) - Les efforts de plusieurs 
pays émergents pour stabiliser leur devise, sous pression depuis 
près de trois ans,sans attendre une hypothétique action 
concertée à l'échelle internationale sur les changes ont été 
salués par de grands fonds d'investissement qui y voient le 
catalyseur d'un retournement de tendance. 
    La réunion des ministres des Finances et des banquiers 
centraux du G20 vendredi et samedi à Shanghai, en Chine, risque 
de décevoir ceux qui en espèrent un grand plan concerté de 
relance de l'économie mondiale et d'apaisement sur les marchés 
financiers.   
    Plusieurs des pays émergents membres du G20 comme le 
Mexique, le Brésil, la Corée du Sud et l'Inde ont d'ores et déjà 
renforcé la défense de leur devise malmenée par des mesures 
énergiques accompagnées de mises en garde contre les 
spéculateurs.  
    Et cela sans parler de la Chine qui a encore puisé dans ses 
réserves le mois dernier, à hauteur de près de 100 milliards de 
dollars, pour tenter de stabiliser le yuan.   
    Le gouverneur de la banque centrale du Mexique, Augustin 
Carstens, a appelé le mois dernier les grandes puissances 
émergentes à endiguer de manière coordonnée les sorties de 
capitaux qu'elles subissent.  
    Il a depuis procédé à une hausse surprise des taux d'intérêt 
et à des interventions sur le marché des changes pour un montant 
d'environ deux milliards de dollars.   
    "C'était une manière de manifester notre désaccord, notre 
rejet manifeste de ces niveaux", a dit Carstens jeudi dernier en 
référence à la chute de 40% du peso depuis 2013.  
    La banque centrale coréenne a publié le lendemain un 
communiqué dénonçant l'intensification des comportements 
moutonniers sur le marché après des interventions pour soutenir 
le won d'un montant comparable. 
     
    RETOURNEMENT 
    Loin de considérer ces initiatives comme inutiles au regard 
de l'ampleur des flux de capitaux internationaux, plusieurs 
grandes banques et sociétés de gestion internationales y ont vu 
le catalyseur d'un retournement du sentiment de marché. 
    "Le nombre d'interventions de pays émergents crée une 
dynamique intéressante. A une semaine de la réunion du G20, 
c'est assez étrange", a dit Richard Benson, co-gérant du fond 
sur les devises Millenium. 
    "Dans un environnement de dévaluations compétitives, nous 
avons atteint un point où des gens n'en veulent plus." 
    Quelques grandes sociétés de gestion, dont la première au 
monde BlackRock, ont désormais une recommandation positive sur 
le marché de la dette émergente en monnaie locale, estimant que 
le mouvement vendeur amorcé en 2013 touche à sa fin. 
    Le responsable du marché de la dette émergente de BlackRock, 
Sergio Trigo Paz, dit que cela s'explique en partie par le 
rebond attendu sur les devises. 
    Pour les investisseurs américains le bond de 25% du dollar 
contre un panier des principales devises internationales  .DXY  
a été un puissant facteur pour se détourner des marchés 
émergents, d'autant que l'appréciation du billet vert par 
rapport aux devises émergentes a été plus marquée encore. 
    Sergio Trigo Paz relève que l'euro comme le yen ont commencé 
à s'apprécier contre le dollar avec l'éloignement de la 
perspective de nouvelles hausses de taux aux Etats-Unis. 
    "Quand cela arrive, les gens commencent à s'aventurer sur 
les marchés émergents", a-t-il dit. 
    "Quand la performance sur un an des devises émergentes est 
neutre à positive, cela donne un bon signal sur la manière dont 
la classe d'actif des émergents va évoluer une fois que la 
volatilité commence à se dissiper." 
    Les initiatives audacieuses du Mexique lui ont valu quelques 
recommandations d'achat du peso de la part de grandes banques 
internationales. 
    Omni, un fonds spéculatif qui a récemment révélé avoir des 
positions à la baisse du yuan, estime que le Mexique, 
contrairement à beaucoup de pays asiatiques, peut soutenir sa 
devise en relevant ses taux.  
    En dehors du problème majeur de la dette des entreprises 
chinoises libellée en dollar, la montée de l'endettement des 
ménages dans des pays comme la Corée du Sud ou la Thaïlande est 
perçue comme un risque, contraignant les responsables monétaires 
à maintenir des taux bas. 
    Les spéculations sur un accord de dépréciation ordonnée du 
yuan sur le modèle des Accords du Plaza, qui ont mis fin en 1985 
au raffermissement continu du dollar, n'ont pas fait long feu et 
il est attendu désormais que la réunion du G20 débouche sur un 
encouragement aux efforts de Pékin pour stabiliser sa devise.  
    Mais les investisseurs seront particulièrement attentifs à 
la tonalité du communiqué final. 
    "Il est difficile de trouver des motifs d'être très acheteur 
(sur les devises émergentes) avant la réunion du G20 de ce 
week-end, mais il y a une petite possibilité d'une forme 
d'action coordonnée pour les soutenir contre le dollar", 
prévient Peter Marber, responsable des investissements dans les 
émergents de Loomis Sayles, qui a lui aussi renforcé ses 
positions en obligations émergentes. 
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 
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