Les élus locaux optimistes sur la LGV Bordeaux-Toulouse

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par Guillaume Serries

PARIS (Reuters) - Les élus locaux se veulent optimistes sur la réalisation de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse malgré la crise économique qui met à mal les grands projets et la contestation d'associations de riverains et d'écologistes.

Toulouse est aujourd'hui en France la seule métropole régionale qui ne soit pas reliée au réseau grande vitesse, la préférence historique pour l'avion expliquant cette situation qui se heurte à la saturation programmée de l'aéroport local.

Pour Jean-Michel Vernhes, président du directoire de l'aéroport Toulouse-Blagnac, ce débat est aujourd'hui clos.

"La question de la concurrence est une question dépassée. Il faut jouer plus sur la complémentarité que sur l'opposition. D'où l'idée de concéder les trajets domestiques au rail, pour se recentrer sur des vols internationaux", estime-t-il.

Martin Malvy, le président de la région Midi-Pyrénées, les doutes appartiennent désormais au passé même si l'Etat semble tergiverser sur un projet de 7,8 milliards d'euros.

"Il n'y a qu'une question : le chantier de la LGV débutera t-il en 2017-2018 ?", a-t-il déclaré mardi lors d'un colloque organisé à Toulouse à l'initiative d'Eurosud Transport, le lobby en faveur de la liaison à grande vitesse.

La remise à plat du Snit (Schéma national des infrastructures de transport) par le ministre des Transports Frédéric Cuvillier en septembre ne menacerait donc le projet de TGV Paris-Bordeaux-Toulouse que sur la question des délais.

"Le ministre nous a rassurés", renchérit Pierre Cohen, maire de Toulouse et président de la communauté urbaine du Grand Toulouse. "Notre ligne est certainement celle qui sera retenue".

LE "TOURNIS" DEVANT LES PROJETS

Il concède toutefois que "tous les ministres des transports nommés ont eu le tournis en voyant la liste des grands projets". Cumulés, il faudrait aujourd'hui 120 ans pour les réaliser.

Pierre Cohen se montre donc confiant : "Frédéric Cuvillier a prioritisé (les grands projets) en fonction de critères, et nous remplissons ces critères" mais "vigilant" concernant surtout la prochaine réforme des collectivités locales, qui pourraient avoir un impact sur les modalités de financement de ce projet.

Ce projet ferroviaire à grande vitesse, que la région et Toulouse financent déjà en partie sur le tronçon Tours-Bordeaux, ne serait donc pas sacrifié sur l'hôtel de la crise.

La commission mise en place le 17 octobre dernier par le ministre des Transports, dont le rapport ne sera pas publié avant avril 2013, doit pourtant revoir l'enveloppe de 245 milliards d'euros sur 25 ans prévu initialement.

Le calendrier initial de la ligne Bordeaux-Toulouse prévoit le démarrage de l'enquête publique au printemps prochain, suivi de la Déclaration d'Utilité Publique l'année suivante. Restera ensuite à boucler le financement.

Mais du côté des argentiers, le discours se veut nettement moins optimiste.

"Cela ne sert à rien de se bercer d'illusions. La situation n'est pas facile", dit Patrick Vandevoorde, directeur général délégué de la Caisse des dépôts (CDC Infrastructure).

"Depuis 50 ans, on a privilégié l'utilisateur au contribuable en matière de transport ferré. Pendant longtemps, la croissance et l'inflation on rendu indolores la dette et le remboursement", dit-il. "Le résultat, c'est l'accroissement de la dette des collectivités publiques, alors que l'usager s'acquitte de seulement 30% du coût réel de son voyage".

UN TGV LOW COST ?

Si l'Etat fait défaut, un Partenariat Public Privé (PPP) pourrait être envisagé, avec l'arrivée de fonds de pensions et de fonds de retraite dans le financement du projet.

"Il faut l'utiliser comme un levier sur des projets d'intérêt général, qui par définition ne sont pas délocalisables", assure Patrick Vandevoorde.

Une idée qui ne rassure en rien Jean-François Agrain, du comité régional CGT : "Quand on est addict aux fonds de pension, dans notre pays, il faut aller se faire soigner".

Le syndicat craint surtout qu'une réalisation du projet dans un cadre étriqué ne fasse qu'abaisser la qualité du service : "Si c'est un LGV low cost pour avoir des passagers à plusieurs vitesse, pour nous, c'est non", déclare-t-il.

Les associations de riverains et de défense de la nature continuent quant à elles de fortement contester le projet, dont le tracé et les gares ont été validés.

"Nous souhaitons la mise en place d'une solution alternative", explique Charles d'Huyvetter, du collectif d'associations contre la nouvelle voie de chemin de fer.

"La nouvelle ligne Bordeaux-Toulouse, c'est 7,8 milliards d'euros. Notre projet de réaménagement de la ligne actuelle, c'est 2 milliards d'euros. Nous voulons une ligne modernisée et sécurisée, avec la fin des passages à niveau, la sécurisation des voies, et des protections acoustiques pour les riverains."

De son côté, Pierrette Thirriot, de l'association les Amis de la Terre, dénonce "l'enthousiasme factice" pour la nouvelle ligne, dont "nous n'avons pas besoin".

Edité par Yves Clarisse

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  • M5441845 le mercredi 14 nov 2012 à 13:52

    La LGV est plutôt de gauche, le nouvel aéroport plutôt de droite. Région et ville longtemps a droite et on cherchait un emplacement pour un nouvel aéroport. Pouvoir local passé a gauche au cours des années 2000 et c'est la LGV (début en 2017 ou 18). Mais en 2014 le retour de la droite aux affaires locales est possible voire probable... On n'a pas fini d'attendre...