Les électeurs grecs aux urnes pour un scrutin historique

le
0

(actualisé avec vote et déclarations de Tsipras et Samaras) par Angeliki Koutantou et James Mackenzie ATHENES, 25 janvier (Reuters) - Les Grecs se rendent aux urnes ce dimanche pour des élections législatives historiques qui pourraient signer l'accession au pouvoir du parti de gauche Syriza, qui promet de revenir sur les mesures d'austérité imposées par les créanciers de la Grèce dans le cadre du plan de sauvetage financier du pays. Une victoire de Syriza, en tête des sondages depuis plusieurs mois, constituerait une première dans la zone euro avec la possible constitution d'un gouvernement ouvertement opposé aux contreparties exigées par l'Union européenne et le Fonds monétaire international pour sauver le pays de la faillite. Cela constituerait également un changement de cap significatif après les mesures annoncées par la Banque centrale européenne (BCE) visant à injecter de très importantes liquidités dans les économies ayant adopté la monnaie unique. "La démocratie va être de retour en Grèce", a dit le chef de file de Syriza Alexis Tsipras, âgé de 40 ans, après avoir voté à Athènes. "Le message sera que notre avenir à tous, en Europe, ne passe pas par l'austérité". Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras a voté quant à lui dans le Péloponnèse et s'est voulu confiant. "Aujourd'hui, nous décidons si nous allons de l'avant avec force, sécurité et confiance, ou si nous nous engageons dans une aventure", a-t-il dit, ajoutant: "Je suis optimiste parce que je pense que personne ne remettra en question l'orientation européenne de notre pays". Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 (05h00 GMT) et fermeront à 19h00 (17h00 GMT). Près de dix millions d'électeurs grecs sont appelés à voter. Les premières estimations sont attendues à la clôture des bureaux et les premières projections officielles devraient être disponibles vers 21h30 (19h30 GMT). Les résultats seront affinés au cours de la soirée. Syriza, si les enquêtes d'opinion sont confirmées dans les urnes, devrait être en mesure de former le groupe politique le plus important à la Vouli, le parlement grec qui compte 300 députés. Une incertitude demeure toutefois sur le nombre d'élus que pourra rassembler la formation d'Alexis Tsipras et donc sur la possibilité pour Syriza de gouverner seul ou d'être contraint à des négociations pour conduire une coalition avec un ou plusieurs petits partis comme To Potami (centre), les socialistes du Pasok ou encore les Indépendants grecs (anti-austérité). Les dernières enquêtes d'opinion publiées vendredi donnent à Syriza une avance allant jusqu'à 6,7 points avec des intentions de vote s'échelonnant de 31,2% à 33,4%, très proches d'une victoire sans appel. Syriza a besoin d'environ 40% des voix pour disposer seul d'une majorité mais tout dépendra des scores réalisés par les autres partis. Trois des quatre derniers sondages montrent que le parti de gauche a accentué son avance sur le parti de centre-droit Nouvelle démocratie d'Antonis Samaras à l'approche du scrutin. La Grèce fait face à sa plus grave crise économique depuis de 1974 et la chute de la junte militaire au pouvoir. L'économie s'est contractée de 25%, des milliers d'entreprises ont fermé leurs portes, les salaires et les retraites ont été durement réduits et le chômage des jeunes a dépassé la barre des 50%. RENÉGOCIATION Dans le même temps, la dette publique est passée de 146% du produit intérieur brut en 2010 à 175,5% en 2014, soit le deuxième niveau le plus élevé du monde. L'économie grecque est sortie de la récession l'an passé pour la première fois depuis six ans et le chômage a commencé à baisser lentement, mais des années seront nécessaires avant que le pays se relève. Alexis Tsipras a fait campagne sur "le retour de l'espoir" et ses arguments ont trouvé un écho favorable parmi un électorat lassé par des années d'austérité. Les mises en garde lancées par Antonis Samaras, qui a brandi le risque d'une faillite du pays, n'ont pas paru trouver un écho suffisant dans la population. "Nous allons voter pour Tsipras afin de mettre fin à toute cette misère", a commenté Stavroula Gourdourou, mère de famille sans emploi qui s'apprête à soutenir Syriza pour la première fois. "Trop c'est trop. Nous ne laisserons pas détruire l'avenir de nos enfants". Tsipras a promis de maintenir la Grèce dans la zone euro et a renoncé à ses menaces de "mettre en pièces" les exigences liées au plan de sauvetage de 240 milliards d'euros. Il a proposé une renégociation de l'accord avec la troïka (UE, BCE et FMI) afin d'effacer la majeure partie de la dette grecque évaluée à 320 milliards d'euros malgré l'opposition affichée de l'Allemagne à un tel scénario. Il a également promis une hausse du salaire minimal, une baisse des prix de l'énergie pour les plus démunis, une réduction des impôts et une revalorisation des retraites et des salaires de la fonction publique. Les dirigeants de Syriza souhaitent une "trêve" de six mois au cours de laquelle le plan de sauvetage international serait mis en suspens pour laisser le temps à des négociations avec les créanciers. Le programme d'aide à la Grèce s'achève le 28 février et quel que soit le gouvernement qui émerge des élections, il devrait négocier une prolongation au moment où le pays doit faire face à des taux d'emprunt très élevés sur les marchés. (Pierre Sérisier et Eric Faye pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux