Les électeurs de Crimée votent dans un contexte tendu

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LES ÉLECTEURS DE CRIMEE VOTENT
LES ÉLECTEURS DE CRIMEE VOTENT

par Mike Collett-White et Ronald Popeski

SIMFEROPOL Ukraine/KIEV (Reuters) - Les électeurs de Crimée se sont rendus aux urnes dimanche pour décider d'un éventuel rattachement à la Russie, sans que la tension ne retombe sur le front diplomatique entre Moscou d'une part et Kiev et les capitales occidentales d'autre part.

Les autorités ukrainiennes ont accusé la Russie de stationner des forces en Crimée en violation des accords bilatéraux entre les deux pays mais s'en sont également pris aux meneurs séparatistes dans la région.

"Nous les trouverons tous, que cela prenne un an, deux ans, et nous les traduirons en justice devant des tribunaux ukrainiens et internationaux", a déclaré le nouveau Premier ministre, Arseni Iatseniouk.

De leur côté, les Occidentaux jugent illégal le référendum sur l'avenir de la péninsule et ont annoncé qu'ils n'en reconnaîtraient pas le résultat, par la voix de John Kerry mais également par celles des dirigeants européens Jose Manuel Barroso et Herman Van Rompuy.

De son côté, Moscou a répété par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que la procédure était parfaitement légale, lors d'une conversation au téléphone avec son homologue John Kerry.

"Sergueï Viktorovitch Lavrov a répété que le référendum en Crimée respecte les lois internationales et la Charte des Nations unies", écrit le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le président de la Fédération, Vladimir Poutine, a promis de respecter le résultat qui devrait, selon toute vraisemblance, tourner en faveur d'un retour de la région dans le giron russe.

Deux questions sont soumises aux électeurs, au nombre de 1,5 million: "Etes-vous pour la réunification de la Crimée avec la Russie dans le cadre de la Fédération de Russie?" ou "Etes-vous favorable au rétablissement de la Constitution de 1992 et au statut de la Crimée en tant que partie intégrante de l'Ukraine?"

La Constitution de 1992, rapidement abolie par le jeune Etat ukrainien post-soviétique, affirmait pour la Crimée le droit de déterminer sa propre voie. L'option consistant à maintenir le statut existant - une république autonome intégrée à l'Ukraine - n'est pas proposée.

Les Tatars de Crimée, qui représentent 12% de la population, ont annoncé leur intention de boycotter ce scrutin en dépit des promesses des autorités de Simféropol de leur accorder une aide financière et de nouveaux droits fonciers.

VIOLATION D'ACCORD BILATÉRAUX

Les bureaux de vote devaient fermer à 20h00 locales (18h00 GMT). Des chiffres provisoires sont attendus dans la soirée et le résultat final devrait être annoncé un ou deux jours plus tard.

Sur le terrain, l'Ukraine et la Russie se sont mises d'accord pour observer une trêve dans la région jusqu'au 21 mars.

Selon le ministère ukrainien de la Défense qui a fait cette annonce, les forces russes ne prendront aucune initiative contre les installations militaires ukrainiennes dans la péninsule durant cette période.

Les nuages ne se sont pas pour autant dissipés en Crimée où, selon le ministre ukrainien de la Défense, la Russie continue à renforcer son dispositif militaire avec le déploiement de 22.000 hommes au total.

Toujours selon le ministère, un tel déploiement de forces viole les accords bilatéraux entre les deux pays qui fixent à 12.500 le nombre maximum de soldats russes qui peuvent stationner dans la péninsule.

Dans le camp d'en face, l'Ukraine a lancé un appel en faveur de la constitution d'une garde nationale composée de 20.000 hommes entraînés et armés, qui s'ajouteraient aux dispositifs de sécurités déjà existants.

Des manifestants pro-russes ont investi un centre culturel ukrainien à Kharkiv et ont brûlé des ouvrages en ukrainien devant le bâtiment où deux protestataire ont été abattus vendredi. A Donetsk, environ 5.000 personnes se sont rassemblées et ont brisé des portes et des fenêtres de bâtiments publics.

Selon les autorités de Kiev, ces désordres sont provoqués par des agents de Moscou infiltrés dans la population.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a plaidé auprès de Vladimir Poutine, lors d'un entretien téléphonique, pour une augmentation rapide du nombre d'observateurs de l'OSCE présents en Ukraine.

Angela Merkel, qui a reçu sur ce point l'approbation de son interlocuteur, a par ailleurs condamné la tentative de la Russie, samedi, de pénétrer sur une bande de terre appartenant à la région de Kherson, adjacente à la Crimée.

(Simon Carraud pour le service français, édité par Pierre Sérisier)

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