Les Égyptiens toujours peu enthousiastes au 3e jour de scrutin

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LES ÉGYPTIENS RESTENT PEU ENTHOUSIASTES AU 3E JOUR DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL
LES ÉGYPTIENS RESTENT PEU ENTHOUSIASTES AU 3E JOUR DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL

par Asma Alsharif et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - Les Égyptiens ne montraient guère d'empressement à se rendre aux urnes mercredi au troisième jour de l'élection présidentielle, une journée de vote ajoutée à la hâte afin de pallier une faible mobilisation des électeurs pour ce scrutin.

Les bureaux de vote du Caire demeuraient relativement vides aux premières heures de la matinée, les autorités ne semblant toujours pas parvenir à susciter la mobilisation pour une élection sans suspense qui devrait être remportée par l'ancien chef de l'état-major Abdel Fattah al Sissi.

Un bureau du quartier populaire de Choubra dans la capitale égyptienne n'avait vu passer aucun électeur peu après l'ouverture de ses portes. Seuls des assesseurs, des soldats et des policiers se trouvaient dans les locaux.

"Les gens se demandent 'à quoi bon voter' ? Personnellement, je sais que ma voix ne changera rien, donc je ne vote pas", explique Rachad Zeidan, 60 ans, tout en polissant le capot d'une luxueuse voiture dont il est le chauffeur pour une riche famille cairote dans le quartier huppé de Zamalek.

"Je ne vais pas voter non plus. C'est une élection tronquée. On sait que Sissi va gagner. Pour qui voulez-vous que je vote ?" s'interroge Hussein Hassanein, étudiant en droit de 24 ans.

Les opérations de vote réparties sur deux jours auraient dû s'interrompre mardi à 22h00 (19h00 GMT) mais elles ont été prolongées d'une journée pour permettre "au plus grand nombre possible" de s'exprimer, note la presse officielle.

"L'Etat cherche des électeurs", titre le quotidien privé Al Masri al Youm.

Cette décision de prolongation pourrait s'avérer une erreur stratégique si les Égyptiens ne répondent pas à l'appel des autorités et continuent de bouder les urnes.

Pour Sissi, artisan de la destitution du président islamiste démocratiquement élu Mohamed Morsi en juillet dernier, les enjeux sont d'importance.

Un faible taux de participation péserait sur sa légitimité de nouveau chef de l'Etat arabe le plus peuplé, à la fois au Proche-Orient mais également sur l'ensemble de la scène internationale.

PROBLÈME DE LÉGITIMITÉ

Le taux de participation lors de l'élection de 2012 marquée par la victoire de Morsi avait atteint 52%, un niveau que Sissi doit dépasser s'il veut bénéficier d'une complète légitimité politique, analyse Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'université du Caire.

Sissi comptait sur une forte mobilisation qu'il chiffrait à 40 millions d'électeurs, ce qui représenterait 80% du corps électoral.

Ses conseillers de campagne ont fait savoir qu'il avait exprimé son opposition à la décision de prolongation décrite par certains commentateurs comme une tentative maladroite de convaincre un électorat réfractaire.

Un important commentateur de la télévision a estimé que les Égyptiens qui ne votaient pas étaient des "traîtres".

Contrairement à la précédente élection présidentielle qui avait incité une dizaine de candidats à se présenter, celle-ci est apparue jouer d'avance puisque Sissi n'avait qu'un seul rival, le représentant de la gauche Hamdine Sabahi.

Ce dernier a dénoncé la prolongation des opérations électorales, la jugeant injustifiée en raison du manque d'enthousiasme affiché par les électeurs.

Dans un communiqué, il a qualifié cette décision de tentative visant à "empêcher les Egyptiens d'exprimer leur opinion en manipulant le taux de participation et les pourcentages de vote".

Cette abstention de l'électorat peut s'expliquer par le fait que Sissi n'a pas clairement précisé comment il comptait résoudre les différents défis auxquels le pays est confronté.

Il a présenté ses priorités dans les grandes lignes : lutter contre l'insurrection islamiste et relancer l'économie par le tourisme et l'arrivée de nouveaux investisseurs, mais il a également insisté sur la nécessité d'une austérité et demandé à la population de se préparer à des sacrifices dans un pays de 85 millions d'habitants dont une partie connaît la pauvreté.

(Pierre Sérisier pour le service français)

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