Les Égyptiens peu pressés d'aller choisir leur président

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LES ÉGYPTIENS NE SE PRESSENT PAS AUX URNES
LES ÉGYPTIENS NE SE PRESSENT PAS AUX URNES

par Asma Alsharif et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens n'ont guère montré d'empressement mercredi à se rendre aux urnes lors de la troisième journée de l'élection présidentielle rajoutée au dernier moment pour tenter de convaincre les abstentionnistes et donner une légitimité accrue au favori, le maréchal Abdel Fattah al Sissi.

Selon un membre de la commission électorale, Tarek al Chibl, cité par le journal Al Ahram, plus de 21 millions de personnes ont voté, soit près de 39% des 54 millions d'électeurs.

C'est nettement moins que les 40 millions de votes représentant 80% du corps électoral que le maréchal Sissi avait dit souhaiter dans un discours la semaine dernière.

Selon un diplomate occidental qui suit les opérations, le taux de participation ne serait compris qu'entre 10 et 15 millions d'électeurs, soit 19% à 28% de l'électorat.

Le dépouillement a commencé tard dans la soirée, après la fermeture de bureaux de vote, qui n'ont pas connu une grande affluence au Caire ou à Alexandrie, deuxième ville du pays, ont constaté les journalistes de Reuters. Selon les chaînes de télévisions qui suivent le dépouillement, le maréchal Sissi en tête. Les premiers résultats sont attendus dans la nuit.

Faute d'une adhésion massive, la prolongation du scrutin, annoncée mardi en début de soirée, pourrait desservir le nouvel homme fort du Caire, qui a déposé en juillet le premier président égyptien démocratiquement élu, l'islamiste Mohamed Morsi.

Le taux de participation lors de l'élection de 2012 marquée par la victoire de Morsi avait atteint 52%, un niveau que Sissi doit dépasser s'il veut bénéficier d'une complète légitimité, analyse Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'université du Caire.

Dans un pays divisé depuis la révolution populaire qui a renversé Hosni Moubarak en 2011, l'abstentionnisme est attribué à un mélange d'indifférence politique et d'opposition à revoir un militaire au pouvoir. Le mécontentement des jeunes face à la restriction des libertés publiques est également cité, de même que les appels au boycott des islamistes.

Les opérations de vote réparties sur deux jours auraient dû s'interrompre mardi à 22h00 (19h00 GMT) mais elles ont donc été prolongées d'une journée pour permettre "au plus grand nombre possible" de s'exprimer, note la presse officielle.

"L'Etat cherche des électeurs", titre le quotidien privé Al Masri al Youm.

JOUE D'AVANCE

Selon les observateurs de Democracy International, la décision de prolonger le scrutin soulève un certain nombre de questions sur l'intégrité du processus électoral. Ce genre de décision ne doit être pris que dans des cas exceptionnels, estime Eric Bjornlund, président de Democracy international.

"Les gens se demandent 'à quoi bon voter' ? Personnellement, je sais que ma voix ne changera rien, donc je ne vote pas", explique Rachad Zeïdan, 60 ans, tout en polissant le capot d'une luxueuse voiture dont il est le chauffeur pour une riche famille cairote dans le quartier huppé de Zamalek.

"Je ne vais pas voter non plus. C'est une élection truquée. Nous savons que Sissi va gagner. Pour qui voulez-vous que je vote ?" s'interroge Hussein Hassaneïn, étudiant en droit de 24 ans.

Contrairement à la précédente élection présidentielle qui avait vu une dizaine de candidats se présenter, celle-ci est apparue jouée d'avance puisque Sissi n'avait qu'un seul rival, le représentant de la gauche Hamdine Sabahi.

Ce dernier a dénoncé la prolongation des opérations électorales, la jugeant injustifiée en raison du manque d'enthousiasme affiché par les électeurs.

Dans un communiqué, il a qualifié cette décision de tentative visant à "empêcher les Egyptiens d'exprimer leur opinion en manipulant le taux de participation et les pourcentages de vote".

L'abstention peut aussi s'expliquer par le fait que Sissi n'a pas clairement précisé comment il comptait résoudre les différents défis auxquels le pays est confronté.

Il a présenté ses priorités dans les grandes lignes: lutter contre l'insurrection islamiste et relancer l'économie par le tourisme et l'arrivée de nouveaux investisseurs, mais il a également insisté sur la nécessité d'une austérité et demandé à la population de se préparer à des sacrifices dans un pays de 85 millions d'habitants dont une partie connaît la pauvreté.

(Pierre Sérisier, Danielle Rouquié et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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