Les Egyptiens marquent l'anniversaire de la "Révolution du Nil"

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PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA "RÉVOLUTION DU NIL"
PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA "RÉVOLUTION DU NIL"

par Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens affluaient mercredi sur la place Tahrir, au centre du Caire, pour marquer le premier anniversaire de la "Révolution du Nil" dans un contexte d'incertitudes et de divisions face au rythme du processus de transition politique.

Un an après le soulèvement populaire qui a renversé l'ancien dirigeant Hosni Moubarak, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assure l'intérim dans la nouvelle Egypte, est soupçonné de chercher à s'accrocher au pouvoir.

Sous la pression de la rue, les militaires se sont engagés à restituer le pouvoir aux civils à l'issue de l'élection présidentielle prévue au mois de juin sans toutefois parvenir à convaincre l'ensemble des Egyptiens.

Bien décidés à faire entendre leurs voix, les manifestants pro-démocratie en pointe lors de la révolution du 25 janvier 2011 ont prévu de converger vers la place Tahrir, épicentre de la contestation, pour réclamer une nouvelle fois le départ immédiat du CSFA.

"Le Conseil militaire, c'est Moubarak", dénonce Amr al-Zamlout, un manifestant de 31 ans, venu dès mardi soir sur la place symbole du Caire.

Discrets lors des manifestations qui ont éclaté ces derniers mois, les Frères musulmans, dont le parti Liberté et Justice a remporté une victoire écrasante lors des premières élections législatives libres du pays, s'inquiètent d'une répétition du scénario de 2011.

Le chef de la confrérie musulmane, Mohamed Badie, s'est dit opposé la semaine dernière à l'émergence d'un nouveau mouvement de contestation contre l'armée.

"J'espère que nous serons tous rassemblés dans la joie de ce que nous avons accompli, pour conserver notre Egypte et répondre aux demandes de la révolution", a-t-il déclaré dans une interview à une chaîne de télévision égyptienne, Dream TV.

LEVÉE DE L'ÉTAT D'URGENCE

A la veille de l'anniversaire de la révolution, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a annoncé la levée partielle à compter de mercredi de l'état d'urgence en vigueur depuis 1981.

"J'ai pris la décision de mettre fin à l'état d'urgence", a-t-il déclaré mardi lors d'une allocution télévisée, ajoutant sans plus de précisions que la mesure continuerait à s'appliquer aux cas de "brutalités".

"Il ne s'agit pas d'une véritable levée de l'état d'urgence", a aussitôt déploré Essam Sultan, député du parti islamiste modéré Wasat. "La loi sur le sujet parle de lever complètement ou d'appliquer complètement l'état d'urgence", a-t-il souligné.

Les Etats-Unis ont salué pour leur part les "étapes importantes" franchies par l'Egypte cette semaine en vue de "sa transition vers la démocratie."

"Si de nombreux défis restent à relever, l'Egypte a parcouru un long chemin au cours de l'année dernière et nous espérons que tous les Egyptiens fêteront cet anniversaire dans l'esprit de paix et d'unité qui a prévalu en janvier 2011", indique la Maison blanche dans un communiqué publié mardi soir.

L'armée a gracié cette semaine quelque 2.000 personnes condamnées par des tribunaux militaires depuis la chute d'Hosni Moubarak, dont l'opposant Michael Nabil.

D'après un groupe de pression crée après la révolte, "No to Military Trials" ("Non aux tribunaux militaires"), la justice militaire a traité pas moins de 12.000 affaires depuis février.

Selon cette ONG, les condamnations ont été le plus souvent rendues à huis clos en l'absence d'avocats de la défense.

Répondant à l'une des principales revendications des manifestants, le président de la nouvelle Assemblée, Saad el Katatni, a annoncé mardi que le parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution.

Au lendemain de sa séance inaugurale, les élus qui appartiennent pour un peu plus des deux tiers à des partis islamistes, ont débattu des moyens de rendre justice au 800 morts du soulèvement.

"M. le président, cela fait un an, où est le verdict? La justice tardive, c'est de l'oppression", a lancé Akram al Chaïr, l'un des nombreux élus qui ont pris la parole pour demander justice.

"L'Assemblée va mettre sur pied une commission d'enquête à l'issue de ces discussions", a répondu le président de l'Assemblée et secrétaire général du parti des Frères musulmans.

Le ministère public a requis début janvier la peine de mort contre Hosni Moubarak, poursuivi pour sa responsabilité présumée dans la mort de 850 manifestants tués lors du soulèvement populaire.

Marine Pennetier pour le service français

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