Les écrivains ont perdu en influence en Occident, dit Rushdie

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SALMAN RUSHDIE DIT QUE LA LITTÉRATURE A PERDU DE SON INFLUENCE SUR L'OPINION PUBLIQUE EN OCCIDENT
SALMAN RUSHDIE DIT QUE LA LITTÉRATURE A PERDU DE SON INFLUENCE SUR L'OPINION PUBLIQUE EN OCCIDENT

par Mike Collett-White

LONDRES (Reuters) - La littérature a perdu une grande partie de son pouvoir d'influence sur l'opinion publique en Occident, où des écrivains comme Susan Sontag et Norman Mailer ont progressivement cédé la place à des célébrités comme George Clooney ou Angelina Jolie, estime Salman Rushdie.

"J'ai l'impression que les gens pensent que (la littérature) a moins d'importance", déclare l'écrivain britannique de 65 ans dans une interview accordée vendredi à Reuters, quelques jours après la publication de ses mémoires, "Joseph Anton, une autobiographie".

Le romancier d'origine indienne fait l'objet depuis 1989 d'une fatwa (décret religieux) du régime iranien appelant à son exécution pour la publication des "Versets sataniques".

La publication de ses mémoires, sous le titre de son pseudonyme d'homme traqué, survient dix ans après que sa tête a été mise à prix par une fondation religieuse iranienne après la fatwa de l'ayatollah Khomeini.

"Si vous regardez les Etats-Unis par exemple, il y a une génération antérieure à la mienne pour qui les écrivains comme Susan Sontag, Norman Mailer et Gore Vidal se faisaient entendre du public. Maintenant, il n'y a quasiment plus aucun écrivain", poursuit Salman Rushdie.

"A la place, vous avez des stars de cinéma, donc si vous êtes George Clooney ou Angelina Jolie, alors vous avez la possibilité de vous exprimer sur les questions d'intérêt public (...) et les gens vous écouteront de la même manière qu'ils écoutaient autrefois Mailer et Sontag. C'est un vrai changement."

La situation est toutefois différente dans les régimes autoritaires où la littérature conserve son pouvoir d'influence et où les auteurs continuent d'être poursuivis pour leurs écrits, ajoute l'écrivain, lauréat en 1981 du Booker Prize pour "Les Enfants de Minuit".

"Dans certains endroits, la littérature continue d'être importante comme vous pouvez le voir par les mesures prises contre les écrivains", dit-il, citant entre autres la Chine.

LIBERTÉ D'EXPRESSION

Deux semaines après les violentes manifestations dans le monde arabo-musulman pour protester contre la diffusion d'une vidéo islamophobe sur internet, Salman Rushdie affirme qu'il continuera de défendre coûte que coûte la liberté d'expression.

Prié de dire s'il pense que le film en question, "l'Innocence des musulmans", aurait dû être censuré, il répond: "Il est clair que vous devez défendre des points de vue avec lesquels vous n'êtes pas d'accord."

"Qu'est-ce que la liberté d'expression si elle ne s'applique que pour les gens avec qui vous êtes d'accord? Souvent vous vous retrouvez à défendre des choses que vous détestez. J'ai vu ce film et il est aussi mauvais que possible."

La fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a récemment décidé d'augmenter de 500.000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars.

Alors qu'on lui demande s'il craint pour sa vie, il répond: "Le monde est un endroit dangereux et rien n'est jamais garanti à 100% mais de manière générale depuis dix ans, cela se passe bien."

L'écrivain, qui espère une meilleure compréhension entre les pays non-musulmans et les pays musulmans, considère "le printemps arabe" comme un échec mais estime toutefois que le vent de liberté insufflé par les soulèvements populaires ne retombera pas.

"Je pense que sur le long terme, ces très jeunes gens qui réclament une meilleure vie dans le monde arabe feront entendre leur voix. Je pense que ce n'est pas la dernière fois qu'on en entend parler."

Marine Pennetier pour le service français

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