Les Ecossais ont rejeté l'indépendance

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* Le "non" l'a emporté avec un peu plus 55% des voix * Cameron promet des pouvoirs élargis à toutes les composantes du Royaume-Uni * Les dirigeants européens et les marchés financiers sont soulagés par Guy Faulconbridge et Angus MacSwan EDIMBOURG, 19 septembre (Reuters) - Les Ecossais ont rejeté l'indépendance de leur pays en votant jeudi à une nette majorité en faveur du maintien au sein du Royaume-Uni, un résultat salué par les marchés financiers et les dirigeants britanniques et européens. Le "non" l'a emporté avec 55,3% des suffrages, montrent les résultats définitifs des 32 circonscriptions, un score supérieur à celui que promettaient les derniers sondages. Seuls quatre comtés, dont celui de Glasgow, se sont prononcés en faveur de la sécession. Le Premier ministre écossais Alex Salmond, chef de file des indépendantistes, a reconnu vendredi matin la défaite de son camp et a appelé Londres à transférer rapidement à Edimbourg les pouvoirs élargis qu'elle lui a promis. Réagissant lui aussi au résultat du référendum, le Premier ministre britannique David Cameron, qui aurait lui-même été en difficulté en cas de victoire du "Yes", a déclaré que les pouvoirs octroyés à l'Ecosse seraient renforcés d'ici au mois de janvier et que ce serait aussi le cas pour les trois autres composantes du Royaume-Uni. Décrivant le référendum comme une "grande occasion" de changer la façon dont le royaume fonctionne, David Cameron a expliqué que l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord bénéficieraient également à l'avenir d'une plus grande autonomie, notamment en matière fiscale, budgétaire et dans le domaine de la couverture sociale. Tout en se disant "absolument ravi" de la victoire du "non", le vice-Premier ministre britannique Nick Clegg a lui aussi reconnu que le référendum devrait être suivi par une profonde réforme constitutionnelle au Royaume-Uni. "Nous devons maintenant octroyer sans délai et en intégralité les nouveaux pouvoirs promis à l'Ecosse. Ce référendum n'ouvre pas seulement un nouveau chapitre pour l'Ecosse au sein du Royaume-Uni mais aussi pour une réforme constitutionnelle plus large", a déclaré le chef de file des Libéraux démocrates. SOULAGEMENT EN EUROPE En levant les nombreuses incertitudes économiques que faisait peser une possible indépendance de l'Ecosse, la victoire du "non" a permis à la livre sterling de se raffermir face au dollar et aux marchés boursiers européens d'entamer la journée sur une bonne note. En fin de matinée, la Bourse de Londres gagne 0,65%. (voir ID:nL6N0RK14M ) Les agences de notation Standard & Poor's et Fitch Ratings ont indiqué de leur côté que le scrutin écossais n'aurait aucune incidence sur la note souveraine du Royaume-Uni. (voir ID:nL6N0RK21M ) Les dirigeants européens ont également affiché leur soulagement, allant jusqu'à estimer, à l'instar du commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, que l'Europe avait échappé à un "cataclysme". L'indépendance de l'Ecosse aurait encouragé le séparatisme et le nationalisme dans d'autres pays européens, ce qui aurait eu pour effet de rendre le continent "ingouvernable", a estimé le dirigeant belge. "Si cela s'était produit en Ecosse, je pense que cela aurait constitué un séisme politique de l'ampleur de l'effondrement de l'Union soviétique", a insisté Karel De Gucht, opposé dans son propre pays aux velléités indépendantistes des nationalistes flamands. (voir ID:nL6N0RK1W5 ) Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui avait prévenu en février qu'une Ecosse indépendante aurait du mal à rester dans l'UE, s'est également félicité de la victoire du "non" et a estimé dans un communiqué que les Ecossais avaient "réaffirmé leur engagement européen". Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui résiste à la pression de la Catalogne pour organiser son propre référendum d'autodétermination en novembre, a parlé de son côté du "meilleur résultat pour tout le monde: les Ecossais, la Grande-Bretagne et le reste de l'Europe". "DÉBAT TRANCHÉ POUR UNE GÉNÉRATION" Signe des passions suscitées par le référendum écossais, le taux de participation a dépassé 80% et fait sortir de sa réserve la star du tennis britannique Andy Murray, qui ne s'était pas exprimé jusqu'alors mais qui avait tweeté jeudi un "Faisons-le" sans équivoque. Cette exhortation n'a cependant pas suffi et le suspense promis par les derniers sondages et le nombre d'électeurs qui se disaient encore indécis à la veille du scrutin n'a finalement pas duré longtemps, les premiers résultats tombés dans la nuit ayant rapidement dégagé une tendance clairement favorable au "No". Peu après la fermeture des bureaux de vote, les unionistes étaient ainsi donnés en tête dans des circonscriptions peu peuplées mais symboliques, comme les îles Orkney, Shetland et Hébrides, un fief nationaliste. Un sondage de l'institut YouGov réalisé pendant le scrutin auprès de 1.828 personnes qui avaient déjà été interrogées créditait par ailleurs les partisans du maintien dans le Royaume-Uni de 54% des voix. Pour beaucoup d'Ecossais, il s'agissait d'un choix entre "le coeur et la tête", entre l'émotion et le saut dans l'inconnu qu'aurait représenté la rupture d'une union avec l'Angleterre vieille de 307 ans. Fort d'un résultat qu'il a jugé "très clair", David Cameron a estimé que la question de l'indépendance n'avait désormais plus lieu de se poser. "Le débat a été tranché pour une génération (...) Il ne peut y avoir de contestation, de nouveau scrutin. Nous avons entendu la volonté très claire des Ecossais", a déclaré le Premier ministre britannique. Alex Salmond n'avait pas dit autre chose pendant la campagne en appelant ses compatriotes à saisir "une opportunité qui ne se présente qu'une fois dans une vie". (Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français)

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