Les écologistes veulent enfin grandir

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LES ÉCOLOGISTES VEULENT JOUER DANS LA COUR POLITIQUE DES GRANDS
LES ÉCOLOGISTES VEULENT JOUER DANS LA COUR POLITIQUE DES GRANDS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Forts de leurs responsabilités nouvelles au Parlement et au gouvernement, les écologistes espèrent gagner en crédibilité pour s'imposer enfin durablement sur la scène politique française.

Europe écologie-Les Verts (EELV), qui tient ses universités d'été à partir de mercredi à Poitiers, dispose désormais d'un groupe au Sénat et à l'Assemblée nationale ainsi que de deux portefeuilles au sein du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

La formation écologiste compte tirer profit de cette progression institutionnelle sans précédent pour grandir et faire oublier une séquence présidentielle marquée par l'échec d'Eva Joly, vécu comme un moment de repli.

"C'est de nature à redonner au mouvement écologiste une crédibilité nationale qu'il n'avait plus, ou qu'il n'avait jamais vraiment eu d'ailleurs", estime François de Rugy, co-président du groupe EELV à l'Assemblée nationale.

Pour le député Denis Baupin, la période actuelle "ressemble un petit peu à la présidentielle de 1995, qui n'avait pas été bonne, mais qui avait été suivie de l'arrivée au gouvernement en 1997". Une période "plutôt faste pour l'écologie", se souvient-il.

Deux ans après leur très faible score au premier tour de la présidentielle (3,32%), les Verts entrèrent au gouvernement avec Dominique Voynet puis Yves Cochet à l'Environnement. En 2000, ils gagneront un secrétariat d'Etat à l'Economie solidaire.

Durant cette période, la formation engrange de bons résultats, y compris à l'élection présidentielle, traditionnellement moins porteuse, avec un record de 5,25% pour Noël Mamère en 2002.

Surtout, le nombre de militants écologistes fait un bond, de 7.000 à 10.000, et la formation atteint des records de popularité avec plus de 50% d'opinions positives d'après le baromètre politique TNS Sofres pour Le Figaro Magazine.

"Les adhérents, malgré le peu de choses obtenues, notamment sur l'environnement et le nucléaire, étaient contents du passage au pouvoir", souligne le politologue Daniel Boy.

CONSTRUIRE UNE CRÉDIBILITÉ GOUVERNEMENTALE

L'accès des écologistes aux responsabilités gouvernementales pourrait cette fois-ci leur être moins favorable, d'après les analystes.

"La dernière fois qu'ils étaient au pouvoir, ils étaient portés par le contexte assez favorable de la gauche plurielle, alors qu'il y a là un scepticisme ambiant qui est plus important", dit Emmanuel Rivière, de l'institut TNS Sofres.

Le contexte est d'autant moins porteur que les enjeux environnementaux ont chuté dans la hiérarchie des préoccupations des Français, supplantés depuis trois ans par les préoccupations plus immédiates liées à la crise économique et sociale.

Le sondeur note ainsi qu'en 1997, la cote de popularité des écologistes avait progressé de 10 points dès leur entrée au gouvernement, alors qu'en juin dernier, les opinions favorables à EELV ont reculé de 3 points par rapport à mars. En début d'année, le parti a également perdu environ 3.000 adhérents.

"On est plutôt en train de clore une séquence de très forte popularité d'EELV qui s'était ouverte à l'occasion des européennes de 2009 et qui s'est peu à peu altérée au cours de la dernière année, au point que le Parti socialiste lui a ravi la place de parti politique qui a la meilleure opinion", estime Emmanuel Rivière.

Pour transformer l'essai de l'accès aux responsabilités, EELV devra réussir sa transition d'un parti d'opposition à un parti de majorité et se construire une crédibilité gouvernementale, selon les analystes.

La présence d'écologistes à des postes qui ne sont pas directement liés à l'environnement (Logement pour Cécile Duflot, et Développement pour Pascal Canfin) pourrait à ce titre constituer une opportunité pour la formation, lui permettant de sortir du "carcan du pur environnemental", estime Emmanuel Rivière.

Les écologistes français peuvent-ils pour autant s'imposer comme un acteur incontournable de la vie politique, à l'instar de leurs homologues allemands ?

DOSE DE PROPORTIONNELLE

Le principal obstacle est institutionnel, soulignent analystes et élus. Sans une dose de proportionnelle, promise par François Hollande, les écologistes sont contraints à une alliance avec un Parti socialiste avec lequel ils ne partagent pas un même projet de société.

"On essaye, dans ce biotope très particulier qu'est la Ve République, de s'adapter pour pouvoir grandir malgré les contraintes", dit Denis Baupin. "Il faut grandir petit à petit, et quand je dis grandir, ce n'est pas grossir, c'est grandir en maturité, en responsabilité".

Mais le problème est également interne à la formation, reconnaissent ses membres.

Pour gagner en crédibilité, EELV devra assumer ses choix et justifier ses compromis, quitte à perdre des militants parmi les plus radicaux, estime François de Rugy.

"La présidentielle de 2012 , pour moi, c'est à la fois la faiblesse structurelle au niveau national, mais c'est aussi la sanction d'un discours très isolationniste, un côté assez donneur de leçon et refusant la perspective de gouverner avec d'autres et de passer des compromis", dit-il.

L'enjeu est de passer d'une écologie de protestation à une écologie de réalisation, soulignent plusieurs élus, tout en reconnaissant qu'il s'agit là d'un "long chemin". D'autant plus que les écologistes ont peur de "perdre leur originalité", souligne François Rugy.

"La difficulté pour Europe Ecologie, c'est la tentation d'être au gouvernement et d'être dans l'opposition en même temps", confirme l'eurodéputé Daniel Cohn-Bendit.

Un positionnement qu'il juge "néfaste" car difficilement lisible. "On ne peut pas être (Jean-Luc) Mélenchon et au gouvernement en même temps", dit-il. "On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre".

édité par Patrick Vignal

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  • M1531771 le mardi 21 aout 2012 à 13:30

    duflot veut grandir...?!? Quelle drôle d'idèe....! lol

  • M2280901 le mardi 21 aout 2012 à 10:11

    ils ont intérêt , sur le plan politique ce sont des nains