Les écologistes face au piège de l'après-départementales

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LES ÉCOLOGISTES FACE À LA DIFFICILE ÉQUATION DE L'APRÈS-DÉPARTEMENTALES
LES ÉCOLOGISTES FACE À LA DIFFICILE ÉQUATION DE L'APRÈS-DÉPARTEMENTALES

PARIS (Reuters) - Ecartelés entre le scénario piégeux d'un retour au gouvernement et une radicalisation synonyme de rupture, les écologistes français s'interrogent sur leur survie politique après les départementales des 22 et 29 mars.

Emmanuel Rivière, de l'institut TNS Sofres, relativise.

"Dans l'écologie politique, il y a toujours eu cette tension et ce risque de scission depuis qu'elle a émergé dans le paysage, à la présidentielle de 1981 avec Brice Lalonde", dit-il.

Mais la "gauchisation" soudaine de l'ex-ministre du Logement Cécile Duflot, qui fustige la politique de Manuel Valls et rêve d'une recomposition politique autour de l'écologie avec l'appui du Front de gauche, inquiète au Parti socialiste.

"La crise chez les écologistes est telle qu'on ne sait pas quelles seront les conséquences. On ne sait pas ce qu'ils veulent. Est-ce une grossesse nerveuse ou une vraie crise ?", s'interroge un responsable du PS.

Les écologistes, crédités de 2% à 3% des intentions de vote pour le premier tour des départementales du 22 mars, "devront voir s'ils reviennent à une forme d'alliance ou s'ils choisissent l'extrême gauche".

Pour François Hollande, déjà tenu de colmater les brèches socialistes, un éclatement des Verts signerait la mort de sa majorité. "Quand on a une loi Macron à faire passer, 18 députés et 10 sénateurs, ce n'est pas rien", glisse un élu d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

"Le président a toujours dit qu'il n'avait pas souhaité le départ des Verts et qu'à un moment donné, il pourrait y avoir un nouvel élargissement de l'assise politique du gouvernement. Mais aucun calendrier n'est fixé", dit-on dans son entourage.

 

"AVEUGLEMENT"

Les opposants à un retour aux responsabilités gouvernementales, après le départ fracassant de Cécile Duflot et Pascal Canfin en mars 2014, veulent croire que le chef de l'Etat ne prendra pas le risque de "quelques débauchages qui pousseraient" la députée de Paris à une candidature en 2017.

Mais dans cette partie d'échecs, l'exécutif sait aussi qu'il a tout intérêt à entretenir la discorde dans le camp écologiste pour affaiblir une dissidence nuisible.

Pour Emmanuel Rivière, le dilemme Vert est quasi insoluble.

"D'un côté, il y a la perspective d'être aux premières loges en vue de la Conférence sur le climat, à condition de récupérer un grand ministère de l'Environnement -sinon ça n'aurait pas de sens". "De l'autre, il y a quelque chose de très piégeux à être dans une position de supplétif d'un PS qui est lui-même en grande difficulté", explique-t-il.

Le conseil fédéral d'EELV -les 120 délégués du "parlement" du parti- se prononcera, dans l'hypothèse d'un remaniement post-départementales, sur un retour "aux affaires".

Selon un sondage Odoxa, 92% des sympathisants d'EELV souhaitent un retour de la formation au gouvernement.

"Ceux qui disent que quelle que soit la question posée, quelle que soit la situation du 29 mars, c'est forcément 'non', je ne suis pas sûr qu'ils aient envie de faire de la politique", commente Denis Baupin, qui parle d'"aveuglement".

Le député de Paris, qui avec Barbara Pompili, François de Rugy ou le sénateur Jean-Vincent Placé défend chez les Verts "l'obligation" de réintégrer le gouvernement, estime que les "anti", par leur attitude, "confient l'ensemble des clés au PS".

"J'ai du mal à voir si la non participation au gouvernement a permis d'améliorer le quotidien des Français, l'environnement, d'accroître l'influence des écologistes", grince-t-il.

 

UN PÔLE VERT PRO-HOLLANDE ?

Pour Cécile Duflot, prendre un portefeuille "sans accord sur le cap général", "c'est posséder un couteau sans lame".

La secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse, qui "n'exclut rien", a posé des conditions en évoquant "un contrat de gouvernement" et des "marges de manoeuvre".

"Si c'est pour que plus rien ne change, ce n'est pas la peine d'y aller", concède Denis Baupin.

L'hypothèse d'un pôle pro-gouvernemental, avancée notamment par Jean-Vincent Placé, fait son chemin, discrètement encouragée par un François Hollande désireux de marginaliser Cécile Duflot.

Hasard du calendrier, un colloque organisé le 4 avril à l'Assemblée pour dresser le bilan d'un an de "non gouvernement" pourrait dessiner les contours d'une future nébuleuse, du Front démocrate de Jean-Luc Bennahmias au Cap 21 de Corinne Lepage, qui fut ministre de l'Environnement d'Alain Juppé.

"Ma référence, c'est plus EELV en 2009", précise Denis Baupin, évoquant l'alliance menée par Daniel Cohn-Bendit qui obtint plus de 16% des voix aux européennes d'alors.

Mais là encore, l'équation écologiste pèche par trop d'inconnues.

"Quand les ruptures aboutissent à des clarifications, ça peut être viable. Quand, parce qu'il y a des stratégies très personnelles, les ruptures aboutissent à des émiettements, alors là tout le monde perd: ceux qui sont quittés et ceux qui prétendent créer autre chose", résume Emmanuel Rivière.

 

(Sophie Louet avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

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  • lcampino le mardi 17 mar 2015 à 09:21

    Selon l'argumentaire habituel de la "gauche morale" ,les propos de ce responsable socialiste parlant de "grossesse nerveuse " à propos d'EELV ne s'expliquent que parce que ce parti est dirigé par E.Cos

  • M7361806 le mardi 17 mar 2015 à 09:12

    HEUREUSEMENT que super Ségolène est là pour défendre l'écologie