Les djihadistes comptent sur l'élection de Trump pour recruter

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    par Ahmed Sultan et Omar Fahmy 
    KABOUL/LE CAIRE, 14 novembre (Reuters) - De l'Afghanistan au 
Maghreb en passant par l'ensemble du Proche-Orient, l'élection 
de Donald Trump à la présidence américaine est devenue un outil 
de propagande pour les groupes djihadistes qui espèrent attirer 
de nouveaux combattants sur les champs de bataille. 
    Des chefs taliban aux partisans de l'Etat islamique (EI), 
tous les extrémistes estiment que la rhétorique anti-musulmane 
adoptée par le président élu américain pendant la campagne va 
servir leurs efforts de recrutement, notamment chez les jeunes 
en mal d'identité vivant en Occident. 
    "Ce gars est un maniaque complet. Sa haine viscérale contre 
les musulmans va nous faciliter la tâche car on va pouvoir 
recruter par milliers", affirme Abou Omar Korasani, un des 
principaux chefs de l'EI en Afghanistan. 
    Donald Trump a promis de vaincre "le terrorisme islamiste 
radical comme nous avons gagné la guerre froide". Il a un temps 
parlé d'interdire l'entrée sur le territoire américain à tous 
les musulmans, avant de modérer ses propos pour ne plus proposer 
aujourd'hui qu'une suspension temporaire de l'immigration en 
provenance des pays qui ont "un historique d'exportation du 
terrorisme". 
    Il n'a en revanche fourni que très peu de détails sur la 
façon dont il entend combattre des groupes comme les taliban, 
l'EI ou Al Qaïda. 
     
    L'EXTRÉMISME GÉNÈRE L'EXTRÉMISME 
    "Il ne fait aucune différence entre les mouvances islamistes 
radicales et modérées et, dans le même temps, il occulte le fait 
que son extrémisme va générer en retour davantage d'extrémisme", 
a mis en garde l'influent dirigeant chiite irakien Moqtada al 
Sadr dans un communiqué. 
    Les Etats-Unis ont récemment été frappés par des attaques 
inspirées par l'EI, comme à San Bernardino, en Californie, et 
Orlando, en Floride. 
    Les services de sécurité américains craignaient déjà avant 
l'élection de Donald Trump une intensification de ces attaques, 
les aspirants djihadistes ayant plus de mal à rejoindre les 
théâtres de guerre proche-orientaux. 
    En recul en Irak, en Syrie ou en Libye, les groupes radicaux 
espèrent donc trouver un nouveau souffle. 
    "Nos chefs suivaient de près l'élection américaine mais 
personne ne s'attendait à ce que les Américains creusent leur 
propre tombe comme ils l'ont fait", a dit à Reuters Abou Omar 
Korasani, le dirigeant afghan de l'EI. 
    L'autre grande mouvance djihadiste, Al Qaïda, qui est 
affaiblie mais toujours pas vaincue plus de 15 ans après les 
attentats du 11 septembre 2001, n'a pour le moment pas commenté 
la victoire de Donald Trump, mais les experts s'attendent à ce 
qu'elle l'exploite au mieux. 
     
    EXPLOITER LES PROPOS DE TRUMP 
    "Al Qaïda est connue pour avoir une stratégie de recrutement 
qui cite abondamment la Maison blanche et les autres dirigeants 
occidentaux", souligne Hicham al Hachemi, qui conseille le 
gouvernement irakien dans sa lutte contre les groupes 
extrémistes sunnites. 
    L'entourage de Donald Trump n'a pas souhaité commenter les 
déclarations des groupes djihadistes. Si le président élu a 
adopté en fin de campagne une rhétorique moins belliqueuse à 
l'égard des musulmans, les experts pensent que le mal est fait. 
    "Les djihadistes utiliseront toujours ses anciens propos", 
estime Matthew Henman, directeur du centre d'étude IHS Jane sur 
le terrorisme et les insurrections. 
    "L'élément-clé dont ces groupes ont besoin pour recruter, en 
particulier l'Etat islamique et Al Qaïda, c'est de parvenir à 
convaincre les musulmans qui vivent en Occident que les pays 
occidentaux les haïssent et n'accepteront jamais qu'ils fassent 
partie de leur société", souligne-t-il. 
    La politique qu'adoptera finalement Donald Trump une fois 
qu'il sera à la Maison blanche aura bien sûr son importance, 
mais s'il fait tout ce qu'il a dit pendant la campagne, dit un 
haut responsable des taliban afghans, "cela sera vécu comme une 
provocation par l'ensemble de la oumma (la communauté musulmane) 
et les groupes djihadistes pourront le mettre à profit". 
     
 
 (Avec Randy Fabi et Hamid Shalizi à Kaboul, Jibran Ahmed et 
Saud Mehsud au Pakistan, Saïf Hameed à Bagdad; Tangi Salaün pour 
le service français, édité par Pierre Sérisier) 
 
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