Les dilemmes du triple A français

le
0

PARIS (Reuters) - Faute d'une croissance suffisante, la France semble condamnée à courir après son triple A, chaque révision en baisse de l'activité imposant de nouvelles mesures d'économies, une politique à courte vue qui n'est pas sans risque, selon des économistes.

S'ils soulignent que les réformes de structure sont les mieux à même de protéger une note qui permet à la France de continuer à se financer à des taux très avantageux, ils reconnaissent qu'elles sont souvent politiquement compliquées et que la proximité de l'élection présidentielle n'y est pas propice.

En à peine plus de deux mois, le gouvernement français a révisé à deux reprises ses prévisions de croissance et annoncé deux plans d'économies.

Après la publication des chiffres de croissance au deuxième trimestre montrant une stagnation de l'activité après une hausse de 0,9% sur les trois premiers mois de l'année, le Premier ministre avait abaissé fin août à 1,75% la prévision de croissance pour 2011 et 2012 contre respectivement 2,0 et 2,25% précédemment. François Fillon avait assorti cet ajustement d'un plan d'économies et de recettes supplémentaires devant rapporter un milliard d'euros en 2011 et 11 milliards d'euros en 2012.

La poursuite de la dégradation des perspectives économiques à l'automne, la réduction de près de moitié de sa prévision de croissance 2012 par Berlin à 1% et la mise en garde par l'agence de notation Moody's sur l'optimisme des hypothèses de progression de l'activité retenues pour bâtir le budget 2012 ont poussé le chef de l'Etat à s'aligner sur le voisin allemand. Ramenant à 1% les attentes de progression du PIB en 2012, Nicolas Sarkozy a prévenu que 6 à 8 milliards d'euros d'économies ou de recettes supplémentaires devaient être trouvés.

Alors qu'un demi point de croissance en moins représente environ 5 milliards de manque à gagner pour le budget de l'Etat, le risque d'un cercle vicieux n'est pas exclu, l'abaissement des prévisions de croissance appelant des plans d'économies qui eux-mêmes contribuent à déprimer plus encore l'activité.

"Vous ne me ferez jamais croire qu'avec 1.000 milliards de dépenses publiques, on ne peut pas trouver 5 milliards d'économies", tempère toutefois le rapporteur de la commission des finances de l'Assemblée nationale, le député UMP Gilles Carrez.

"Le problème est qu'une baisse des dépenses est souvent perçue comme difficile à mettre en oeuvre, alors même que ses effets sur l'activité seraient limités si on supprimait en priorité les dépenses les moins utiles à l'économie", souligne Frédéric Gonand, professeur associé à l'Université de Paris Dauphine.

Mais au-delà de ce dilemme entre croissance et assainissement budgétaire, le maintien de la meilleure note de solvabilité délivrée par les agences de notation relève d'un conflit entre le court et le long terme.

"La question est de savoir comment on garde le AAA : soit en augmentant les impôts à l'aveugle et en réduisant les budgets des ministères comme le fait le gouvernement, soit en faisant des réformes de structure comme la réforme des retraites qui sont compliquées politiquement, mais ne pénalisent par la croissance", résume Nicolas Bouzou qui dirige le cabinet d'études économiques Asterès.

"Des réformes de moyen terme propres à relever le rythme de croissance ont été faites ces dernières années", rétorque Frédéric Gonand, qui était aussi conseiller au cabinet de Christine Lagarde, ministre des Finances du début du mandat de Nicolas Sarkozy jusqu'à sa nomination comme directrice générale du Fonds monétaire international, fin juin 2011. Il met notamment en avant la réforme des retraites mais aussi le "grand emprunt" et les pôles de compétitivité, le crédit impôt recherche, la loi de modernisation de l'économie visant à renforcer la concurrence dans le secteur de la distribution.

Pour Frédéric Gonand, "le noeud du problème est que le rythme des réformes structurelles n'est pas nécessairement celui des marchés financiers"... ni celui des agences de notation.

Marc Joanny, édité par Patrick Vignal

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant