Les deux membres des "Pussy Riot" ont été libérées en Russie

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LES "PUSSY RIOT" SONT LIBRES
LES "PUSSY RIOT" SONT LIBRES

par Maria Vasilyeva et Nikolaï Isaïev

KRASNOÏARSK/NIJNI NOVGOROD (Reuters) - Deux membres du groupe punk russe "Pussy Riot" qui purgeaient une peine de prison de deux ans, Maria Aliokhina et Nadejda Tolokonnikova, ont bénéficié lundi d'une libération anticipée et dès leur remise en liberté ont critiqué Vladimir Poutine.

"La Russie sans Poutine", a crié Nadejda Tolokonnikova après sa sortie de prison, dans la ville de Krasnoïarsk, en Sibérie. Maria Aliokhina, libérée quelques heures auparavant à Nijni Novgorod, a pour sa part qualifié l'amnistie ayant permis sa libération anticipée d'opération de relations publiques et dit qu'elle continuerait à s'opposer au président russe.

Maria Aliokhina, 25 ans, et Nadejda Tolokonnikova, 24 ans, purgeaient une peine de deux ans de prison pour une "prière punk" entonnée en février 2012 dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, siège du patriarcat orthodoxe, pour demander le départ du pouvoir de Vladimir Poutine.

Les deux jeunes femmes avaient été condamnées pour vandalisme motivé par la haine religieuse pour cette prestation qui critiquait les liens du président russe avec l'Eglise orthodoxe.

Elles devaient être libérées en mars mais ont pu bénéficier de la loi d'amnistie, qui pardonne les actes de vandalisme et s'applique aux mères de jeunes enfants. Ekaterina Samoutsevitch, troisième membre des "Pussy Riot", avait obtenu une libération anticipée en octobre 2012.

"ATTACHEZ VOS CEINTURES"

"La frontière entre être libre et ne pas l'être est très mince en Russie, un pays totalitaire", a dit encore Nadejda Tolokonnikova, qui s'est engagée à poursuivre sa campagne en faveur des droits des détenus.

"Ce n'est que le début, alors attachez vos ceintures. Je pense que nous allons unir nos efforts dans notre activité en faveur des droits de l'homme. Les méthodes que nous utiliserons seront les mêmes. Nous nous efforcerons de chanter jusqu'au bout notre chanson", a-t-elle ajouté.

Dès sa libération, Maria Aliokhina s'est de son côté fait l'écho de ceux qui estiment que l'amnistie voulue par Vladimir Poutine est trop restreinte et vise surtout à détourner les critiques sur la situation des droits de l'homme en Russie dans la perspective des Jeux olympiques d'hiver en février à Sotchi.

Interrogée par la chaîne de télévision Dojd, Maria Aliokhina a estimé que l'amnistie était une opération de relations publiques. Elle a dit qu'elle aurait refusé de sortir de prison si elle avait eu le choix.

"Je ne crois pas que ce soit un acte humanitaire", a-t-elle déclaré au téléphone. "Je pense que c'est une opération de communication. Mon attitude envers le président n'a pas changé."

"JE N'AI PLUS PEUR DE RIEN"

Le père de Nadejda Tolokonnikova, Andreï, avait lui aussi jugé jeudi dernier que le projet de libération des "Pussy Riot" était une opération de relations publiques avant les JO, y voyant "un jeu absolument cynique des autorités centrales".

Vladimir Poutine avait annoncé la semaine dernière que les deux jeunes femmes bénéficieraient de la loi d'amnistie, comme l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski, libéré vendredi.

Cette amnistie doit permettre en outre aux 30 personnes arrêtées en septembre lors d'une opération de Greenpeace contre les forages pétroliers en mer Arctique d'échapper à un procès, un geste là aussi susceptible de détendre les relations entre l'Occident et la Russie.

Selon les organisations des droits de l'homme, l'amnistie votée est insuffisante car, estiment-elles, elle permettra de libérer moins de 1.500 personnes, soit une toute petite partie des près de 700.000 Russes derrière les barreaux.

Maria Aliokhina était souriante à sa sortie de prison à Nijni Novgorod en compagnie de son avocat et dit qu'elle se sentait bien. Elle a souligné que s'il avait été possible de refuser l'amnistie, elle l'aurait fait par solidarité avec ceux qui restent emprisonnés.

"J'aurais bien aimé rejeter cette amnistie mais la prison avait reçu un ordre et c'est pourquoi j'ai été amenée ici", a-t-elle déclaré à Reuters. "Je voudrais maintenant m'occuper de la question de l'emprisonnement. Je voudrais m'engager dans les droits de l'homme (...) Je n'ai plus peur de rien, croyez-moi."

Avec Alissa de Carbonnel à Moscou, Danielle Rouquié pour le service français, édité par Pascal Liétout

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  • LeRaleur le lundi 23 déc 2013 à 15:51

    Grossière erreur.