Les deux grands partis grecs risquent de rater la majorité

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Les deux grands partis grecs risquent de rater la majorité
Les deux grands partis grecs risquent de rater la majorité

par Harry Papachristou et Deepa Babington

ATHENES (Reuters) - Les Grecs ont exprimé dimanche leur colère dans les urnes ce dimanche à l'occasion d'élections législatives qui risquent de ne pas accorder de majorité absolue aux deux grands partis de gouvernement réunis qui ont soutenu le plan de sauvetage de l'économie en échange d'une sévère cure d'austérité.

Les sondages publiés par six instituts après la fermeture à 16h00 GMT des bureaux de vote montrent que Nouvelle démocratie (ND, droite) et le Pasok (gauche) n'obtiendront pas à eux deux suffisamment de soutien pour former un gouvernement de coalition stable.

D'après ces études, ND et le Pasok, qui ont dominé alternativement la vie politique grecque depuis plusieurs décennies, totaliseront 37% au mieux des suffrages ensemble.

Autre énorme surprise: la montée de la Gauche démocratique (GD), qui pourrait égaler le score (entre 15 et 18%) prêté aux sociaux-démocrates du Pasok. Lors du précédent scrutin législatif en 2009, la GD avait peiné à obtenir moins de cinq pour cent.

Le Pasok, qui avait remporté haut la main cette consultation avec 44%, devrait cette fois-ci recueillir entre 14 et 18% des suffrages, à en croire des projections réalisées par l'institut Kapa Research pour Reuters ainsi que de cinq autres instituts pour le compte de chaînes de télévision grecques.

ND est également durement touchée avec des projections lui accordant 20% ou moins, alors que les intentions de vote lui en donnaient environ 25%.

La formation de droite ne demandera pas de nouvelles élections au cas où les résultats officiels confirment sa position de tête dimanche, a indiqué en début de soirée une source au sein de ND.

"Les sondages de sortie des urnes montrent que Nouvelle Démocratie est en tête et c'est la seule force capable de garantir le maintien de la Grèce sur la voie de l'Europe. Nous n'envisageons pas de demander la tenue de nouvelles élections", a dit à Reuters cette source à condition de ne pas être nommément citée.

UNE PREMIÈRE DEPUIS LA CHUTE DES COLONELS ?

Autre indice de l'ampleur de la colère populaire: la montée d'un nouveau parti d'extrême droite anti-immigrés, anti-Europe, Aube dorée, qui est créditée par les sondeurs de six à huit pour cent des suffrages.

Cette fourchette lui permettrait d'entrer facilement au sein de la Vouli (Parlement grec), ce qui en ferait la première formation d'extrême droite à y siéger depuis la chute du régime des colonels en 1974.

Si les résultats officiels confirment ces projections, la consultation de dimanche risque de replonger la Grèce dans le chaos politique et, par là, de relancer les craintes dans la zone euro, voire d'amorcer un processus pouvant s'achever sur une sortie de l'euro du pays berceau européen de la démocratie.

Aux yeux des investisseurs, l'issue du scrutin en Grèce pourrait même éclipser les résultats de l'élection présidentielle en France.

Conservateurs et socialistes, qui dirigent alternativement le pays depuis des décennies, risquent de payer leur soutien à la cure d'austérité draconienne suivie depuis début 2010 en échange d'une aide financière internationale.

Cette politique, présentée comme nécessaire pour éviter la faillite à la Grèce, s'est traduite par une profonde récession, une explosion du chômage, et des salaires et des retraites en forte baisse.

Les partis hostiles au plan de sauvetage financier de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) paraissent toutefois trop divisés pour gouverner.

Chef de file du Pasok, Evangelos Venizelos a mis en garde ses compatriotes contre les conséquences de leur vote. Selon lui, l'avenir de la Grèce dans la zone euro est en jeu ce dimanche.

Première puissance de la zone euro, l'Allemagne a lancé un avertissement similaire. Pour le FMI et les partenaires européens de la Grèce, les vainqueurs, quels qu'ils soient, devront poursuivre la politique d'austérité s'ils veulent continuer à percevoir une aide financière.

L'heure de vérité viendra rapidement: le futur gouvernement va devoir présenter dès le mois de juin plus de 11 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour 2013 et 2014 et les faire adopter par le Parlement.

Avec Dina Kyriakidou, Jean-Loup Fiévet pour le service français

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