Les dessous de l'affaire Armstrong

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Les dessous de l'affaire Armstrong
Les dessous de l'affaire Armstrong

Il y a un peu plus d'un an, en janvier 2013 précisément, Lance Armstrong avouait s'être dopé durant sa carrière devant la célèbre animatrice américaine, Oprah Winfrey. Un coup de tonnerre après les suspicions autour de son cas qu'il s'est évertué à cacher par le biais d'un système bien rodé qui basé sur sa connivence avec l'UCI et ses sponsors, des intimidations sur certains équipiers ou adversaires dans un esprit de compétition maladif. Journalistes au Wall Street Journal, Reed Albergotti et Vanessa O'Connell se sont penchés sur le cas Armstrong à partir de 2006 au moment de l'affaire Puerto. Sept ans plus tard, le livre « Lance Armastrong, itinéraire d'un salaud », est sorti en France le 6 mars dernier et pointe déjà en tête des ventes sur Amazon USA. Invité de l'Access365 ce lundi, Reed Albergotti s'est longtemps confié sur la rédaction de ce bouquin qui lui a valu des intimidations du principal intéressé en 2009. « Lance Armstrong a appelé mon éditeur plusieurs fois et lui a envoyé plein de SMS pour lui dire « écoutez, vous faites du bon boulot, mais ce Reed Albergotti, là, il faut qu'il dégage, virez-le ». Et ce genre de pression a marché chez de nombreux organes de presse, mais parce qu'on était le Wall Street journal, et qu'on n'était pas forcément très branché sport à l'époque, on en avait rien à faire de nuire à Lance Armstrong. Tout ce qu'on voulait, c'est dire la vérité et raconter l'histoire au public. »

La genèse du livre

« Je me suis passionné pour toute cette affaire. En 2006, quand le cyclisme était vraiment dans la tourmente, en pleine affaire Puerto, les Américains ont commencé à prendre conscience du phénomène dopage. A l'époque, je travaillais au Wall Street Journal, et j'ai commencé à m'intéresser de très près au cas Armstrong, et surtout à tout le business qui en découlait, car je bossais pour un journal économique, donc c'était mon angle d'attaque, mais au final, c'est devenu une histoire tellement complexe et passionnante, surtout au moment de la découverte des mails de Floyd Landis en 2010. C'est à partir de là que je me suis mis sur ce projet à plein temps. »

Le rôle trouble des sponsors

« C'était un énorme business. Et ce dont on se rend compte en lisant ce livre, c'est qu'il ne s'agit pas que de Lance Arsmtrong, mais d'un tas d'autres protagonistes de lui. Certains l'ont aidé, d'autres savaient qu'il se dopait mais n'ont rien dit, car tout ça a rapporté énormément d'argent grâce aux sponsors notamment, Nike, Oakley, Trek. Dans mon livre, j'ai révélé des documents y compris des e-mails échangés avec l'entreprise Trek, qui fabrique des vélos. Evidemment, eux, ils avaient compris qu'il se passait quelque chose de louche, et surtout personne ne voulait que Greg Lemond parle ce quoi que ce soit. »

L'incroyable conflit d'intérêt avec l'UCI

« Ce qui est énorme, c'est tous les conflits d'intérêt liés au sport dans cet affaire. On révèle dans le livre que le propriétaire de l'équipe d'Armstrong, le célèbre investisseur bancaire Thomas Weisel, avait investi beaucoup d'argent auprès d' Hein Verbruggen, président de l'UCI, et qui supervisait les contrôles antidopage pendant toutes ces années. Depuis le départ, Hein Verbruggen avait mesuré le potentiel d'Armstrong et il avait saisir l'enjeu d'avoir une star américaine sur le Tour de France, ça a permis au cyclisme de s'ouvrir sur tout le marché américain. Personne ne voulait que le scandale n'éclate et que le mensonge d'Amstrong soit découvert. (...) On constate qu'il y a eu des dons de Lance Armstrong à l'UCI qu'il a accepté. Quand vous avez une relation financière comme ça, forcément ça élève des soupçons. »

La presse française dans le collimateur

« Lance Armstrong savait que Le Monde était sur le point de publier ces tests, donc il a complètement manipulé la presse. Dans le bouquin, je raconte justement que Lance est allé voir un journaliste du New York Times en lui disant que les Français avaient quelque chose contre lui. Et c'est là qu'il a commencé à crier haut et fort que les Français voulaient le descendre pace qu'il dominait trop leur épreuve. Evidemment, c'était n'importe quoi, car les Français avaient vraiment envie de croire qu'il était un héros. Mais l'accumulation des preuves a rendu tout le monde très sceptique en France, alors que rien ne se disait aux Etats-Unis. »

Les menaces et intimidations

« Le vrai fléau, c'était ça. Evidemment, Armstrong a triché sportivement, mais ça beaucoup d'autres l'ont fait. Mais lui, quand on avait des soupçons, ou quand ses anciens coéquipiers évoquaient le dopage, il les menaçait de se venger. Ça a été le cas avec Frankie et Betsy Andreu, Greg Lemond... Ceux qui parlaient de dopage devenaient ses ennemis n°1 et il avait tellement de pouvoir dans le monde du sport, surtout aux Etats Unis qu'il pouvait vous pourrir la vie rien qu'en décrochant son téléphone. »

Encore des révélations à attendre

« Des infos continuent à nous parvenir, donc Vanessa et moi continuons de travailler pour apporter de nouvelles révélations sur cette affaire. »

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