"Les derniers jours de l'hiver": dans un centre de correction de Téhéran

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'Les derniers jours de l'hiver' All Rights Reserved
'Les derniers jours de l'hiver' All Rights Reserved

(AFP) - Les derniers jours de l'hiver, de l'Iranien Mehrdad Oskouei, qui sort en salles mercredi, est un documentaire inattendu sur la vie de sept garçons de moins de 15 ans condamnés à passer plusieurs mois dans un centre de correction de Téhéran.

En Iran, tout le monde se prépare à fêter le nouvel an (le 21 mars, dans le calendrier zoroastrien). La caméra d'Oskouei suit la vie des sept adolescents condamnés pour vol ou usage de stupéfiants au sein du "centre de correction et d'éducation" Shahre Ziba pour mineurs.

Le réalisateur nous fait partager les pensées de chacun de ces enfants, qu'il interroge à tour de rôle, à l'occasion d'un voyage de quelques jours organisé par les éducateurs au bord de la Mer Caspienne. La plupart n'avaient jamais vu la mer.

Oskouei ne pose jamais sur eux le moindre jugement. Mis en confiance par cet adulte à l'écoute, les enfants, malgré leur jeune âge (de 10 à 14 ans), évoquent avec beaucoup de lucidité et une maturité surprenante ce qui les a amené là, leurs angoisses, leurs désirs et leur forte envie d'échapper à un destin cruel.

"Si je sors d'ici, je retomberai dans la drogue", dit l'un d'eux. "Je n'ai que 10 ans, pourtant j'ai assez souffert en 10 ans de vie pour avoir besoin de me reposer ici", dit un autre, dont le père et la mère sont actuellement en prison pour vols.

Tous parlent de Dieu - "c'est Sa volonté si nous sommes là" - et rêvent de revoir leurs parents. "Ce n'est pas humain" d'enfermer des enfants, dit un troisième. L'un des enfants ne quitte pas sa poupée qui lui rappelle sa petite soeur. "Il l'avait dérobée dans le bâtiment des filles, un jour de travaux où la porte était restée ouverte", a expliqué Oskouei à l'AFP.

Les éducateurs sont à l'écoute de ces enfants, à qui ils tentent d'inculquer de la discipline. Selon le réalisateur, le directeur du centre, Moghar-Abed, a fait "une révolution", en arrivant ici, il y a sept ans: interdiction de porter la main sur les enfants, suppression de la tenue de prisonnier, plus de barbelés autour du centre.

"Je veux faire entendre la voix de ceux qu'on entend jamais. Après la Révolution (1979) et la restauration de la loi islamique, j'avais trouvé important de faire un film sur les femmes. 60% des étudiants à l'université sont des filles. Pour essayer de réduire leur nombre, les autorités veulent leur interdire certains cursus", déplore le cinéaste.

Mehrdad Oskouei souhaite faire le même documentaire avec les filles. Pas de "révolution" pour elles, cloîtrées derrière de hauts murs. "Le responsable des prisons en Iran ne me donne pas l'autorisation", regrette-t-il.

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