Les défis économiques de François Hollande

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Les défis économiques de François Hollande
Les défis économiques de François Hollande

par Jean-Baptiste Vey et Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - François Hollande prend les rênes d'une France en faible croissance dans une Europe déprimée, avec pour principaux défis le redressement des comptes publics et de l'emploi.

La pression est forte sur le nouveau président, qui sait que ses marges de manoeuvre sont plus limitées que celles de ses prédécesseurs.

Ayant désigné la croissance comme une condition de la réduction des déficits publics en Europe, il devra négocier, en particulier avec l'Allemagne, des mesures pour dynamiser l'activité sans détériorer les comptes des Etats.

En France, il hérite d'un déficit public annuel d'environ 100 milliards d'euros, concentré sur l'Etat et les comptes sociaux.

Il promet de le ramener de 5,2% fin 2011 à 3% du produit intérieur brut fin 2013, conformément à l'engagement de la France, en augmentant les impôts et en freinant la hausse des dépenses, l'effort entre les deux étant équilibré.

Priorité des Français, le chômage progresse, lui, chaque mois depuis près d'un an et atteint un niveau oublié depuis la fin du XXe siècle.

Pour inverser la tendance, adapter le système social et relancer l'industrie, le nouveau président a prévu d'utiliser les armes fiscale et budgétaire et d'engager d'importantes négociations avec les organisations patronales et syndicales.

FOI DANS L'AVENIR

Comme ses prédécesseurs, il espère être aidé par une croissance plus dynamique que ne l'attendent le FMI, l'OCDE, la Commission européenne et les économistes. Des mesures de rigueur additionnelles pourraient dès lors s'imposer.

Le PIB croîtrait selon lui de 0,5% cette année, 1,7% en 2013, 2% en 2014, et 2% à 2,5% à partir de 2015.

Les économistes de Crédit Agricole-CIB estimaient avant le second tour qu'il s'agissait d'une prévision "trop optimiste".

"Les deux programmes manquent d'une stratégie crédible et globale pour doper la compétitivité et la croissance", ajoutaient-ils à propos des finalistes.

François Hollande s'est opposé à un ralentissement soudain des dépenses publiques, expliquant vouloir éviter un effet récessif qui assécherait les recettes de l'Etat et accroîtrait le déficit au lieu de le réduire.

La hausse des dépenses serait de 1,1% par an - contre 1,7% en moyenne de 2007 à 2010 - ce qui permettrait de baisser leur montant en pourcentage du PIB si la croissance est là.

Ses proches ont souligné que les agences de notation observaient les perspectives de croissance des Etats, et pas seulement les ratios budgétaires.

Dégradée par Standard and Poor's au début de l'année, la note de la France - toujours "triple A" chez Moody's et Fitch - est en perspective négative chez les trois agences, ce qui signifie que d'autres dégradations sont possibles.

REDRESSEMENT HISTORIQUE

François Hollande promet d'atteindre l'équilibre des comptes publics fin 2017, une première depuis 1974. L'effort serait d'une centaine de milliards en cinq ans, dont une quarantaine d'ici fin 2013, soit autant que le budget annuel de la défense.

"Malgré l'engagement fort des candidats à maîtriser les déficits, nous soulignons l'ampleur historique de l'ajustement qui serait nécessaire", notaient les analystes de Barclays.

Pour baisser le ratio de dette sur PIB, qui tend vers 90%, à environ 80% fin 2017, François Hollande prévoit d'importantes hausses d'impôts, là où l'impact serait selon lui le moins sensible : les ménages les plus riches et les plus grandes entreprises.

Trente milliards d'euros d'impôts nouveaux viendraient réduire le déficit, et une quinzaine de plus financeraient une partie de ses 20 milliards d'euros de mesures. Certaines de ces mesures doivent selon lui soutenir la croissance et l'emploi, d'autres rétablir la "justice" comme l'adoucissement de la réforme des retraites.

Il s'est en revanche engagé à supprimer la hausse de la TVA décidée pour le mois d'octobre et qui frapperait tous les consommateurs.

Face à un chômage au plus haut depuis 1999, François Hollande compte sur une batterie de mesures publiques - dont une hausse des embauches de fonctionnaires - et sur le soutien aux petites et moyennes entreprises.

Il promet un "contrat de génération" pour intégrer les jeunes dans les entreprises tout en conservant les salariés les plus âgés, et la création de 150.000 "emplois d'avenir", une remise au goût du jour des "emplois jeunes" du gouvernement Jospin. Il annonce un recentrage de la formation sur les publics les moins formés et le renforcement des moyens de Pôle Emploi.

FAIBLESSES STRUCTURELLES

Le nouveau président devra aussi résorber des faiblesses structurelles qui fragilisent l'économie française depuis la fin des "trente glorieuses".

Le commerce extérieur, qui n'a été excédentaire que dix années depuis 1950, était en déficit de 70 milliards d'euros l'an dernier, un record. La part de marché de la France dans les échanges mondiaux se dégrade, à 3,3% l'an dernier contre 5,8% en 1995. Et le déficit des exportations avec l'Union européenne, qui représentent 61% du total des produits vendus hors de France, s'est encore creusé.

Le déséquilibre des échanges extérieurs se retrouve dans celui des paiements courants, lequel mesure l'évolution de l'endettement du pays vis-à-vis de l'extérieur, alors que près des deux tiers du stock de la dette négociable française sont détenus par des non-résidents.

François Hollande a surpris pendant la campagne par sa discrétion sur les réformes structurelles censées réduire ces déséquilibres.

"Les discussions sur un agenda de réformes structurelles (marché du travail, des biens et des services) sont, de façon surprenante, absentes de la campagne de François Hollande", soulignaient les analystes de Barclays. "Cela étant dit, nous voyons des raisons de croire dans la capacité de François Hollande à mener des réformes : le Parti socialiste a traditionnellement une bonne relation avec les partenaires sociaux et François Hollande est connu pour construire des consensus."

Pour Gilles Moec, de Deutsche Bank, "atteindre son objectif de déficit zéro en 2017 est sous-tendu par des prévisions de croissance ambitieuses dont nous pensons qu'elles ne sont pas crédibles sans des réformes structurelles rapides sur lesquelles les socialistes sont actuellement totalement silencieux".

Edité par Yves Clarisse

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