Les déboires de PSA freinent l'alliance avec General Motors

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LES DÉBOIRES DE PSA FREINENT L'ALLIANCE AVEC GENERAL MOTORS
LES DÉBOIRES DE PSA FREINENT L'ALLIANCE AVEC GENERAL MOTORS

par Sophie Sassard et Arno Schuetze

LONDRES/FRANCFORT (Reuters) - PSA Peugeot Citroën et General Motors ont revu à la baisse les ambitions de leur alliance, échaudés par la complexité du dossier en Europe et par l'intervention de l'Etat en France, a-t-on appris de sources proches du dossier.

Le projet d'une fusion entre le constructeur français et Opel, la division européenne de GM, a notamment été suspendu face à la dégradation de la situation financière de PSA au troisième trimestre.

Dernier rebondissement dans la crise que le groupe français traverse depuis l'été 2011, le gouvernement s'est engagé le mois dernier à apporter 5 à 7 milliards d'euros de garanties à Banque PSA Finance moyennant la présence au conseil de surveillance du groupe d'un administrateur en lien direct avec l'Etat.

Cette intervention publique, moyennant un droit de regard sur la stratégie future de PSA et le maintien de l'emploi en France, a semé le trouble au siège de General Motors à Detroit.

"Il y a une sorte de pause à l'heure actuelle", a déclaré une source directement au fait des discussions. "Des deux côtés, en particulier chez GM, on n'est pas certain de ce que l'on veut faire."

"En échange de son aide à Banque PSA Finance, l'Etat demande qu'il n'y ait pas d'autres suppressions d'emplois, ce qui veut dire qu'une accélération de l'alliance ne peut pas être exécutée, c'est politiquement impossible", ajoute une autre source.

"Peugeot pourrait donc être moins enclin à coopérer maintenant que le gouvernement français a son mot à dire. Notamment sur la question de laisser Opel fabriquer des voitures pour PSA."

LE SUJET EXPLOSIF DES PARTAGES DE PRODUCTION

Peu après l'officialisation en février de leur partenariat, PSA et GM avaient pourtant entrepris d'explorer des voies plus ambitieuses, notamment une coentreprise unique pour loger les activités automobiles européennes de Peugeot, Citroën et Opel, disait-on en octobre de sources proches des discussions.

"Une combinaison entre PSA et Opel, où GM injecterait cinq milliards de dollars (3,9 milliards d'euros), a effectivement été abordée", a confirmé une des sources.

Ce projet n'est plus sur la table aujourd'hui. "Il n'y a pas de discussions en cours sur ce sujet", a dit un porte-parole de PSA, alors que jusqu'ici le groupe refusait de commenter la question d'une fusion.

Prié de dire si celle-ci avait été auparavant étudiée, il a refusé de faire un commentaire. GM, de son côté, n'a fait aucun commentaire.

Intégrer PSA et Opel permettrait à GM de déconsolider de ses comptes sa filiale européenne déficitaire depuis douze ans. Pour le partenaire français, le projet pourrait offrir d'importantes synergies tant les gammes de voitures sont cousines, mais au prix d'un séisme industriel et social difficile à gérer alors que PSA négocie déjà un vaste plan social en France.

"Un renforcement des liens est improbable avant 2014", a indiqué une des sources. "2013 sera encore une année de souffrance pour le secteur automobile en général, et pour PSA en particulier ; une année aussi pour mettre un peu d'ordre."

Lors des négociations entamées la semaine dernière sur les 8.000 nouvelles suppressions d'emplois annoncées en juillet, plusieurs syndicats ont entendu le directeur industriel Denis Martin dire qu'il n'était pas prévu aujourd'hui de produire des modèles Opel dans les usines françaises de PSA.

"ESPÉRONS QU'ILS ONT UN PLAN B"

A ce jour, PSA et GM ont mis en commun leurs activités d'achat et de logistique, et lancé quatre programmes conjoints de véhicules. Mais aucun des deux groupes ne dit où les modèles issus de ces plates-formes seront fabriqués tant le sujet est sensible en France comme en Allemagne.

Gouvernements et syndicats sont en embuscade, et Arnaud Montebourg, le ministre français du Redressement productif, indiquait fin octobre qu'il souhaitait "des modalités de dialogue renforcé sur ce point".

"Nous voulons nous assurer de l'intérêt de ces opérations, en mesurer toutes les conséquences pour notre pays, et obtenir de PSA qu'il s'engage à pérenniser l'ensemble de ses sites français, afin qu'un plan d'une telle ampleur que celui qui a été annoncé par le groupe en juillet ne se reproduise pas", déclarait le ministre dans une interview à Libération.

Aucun commentaire sur un gel des futurs projets entre PSA et GM n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès du ministère.

Aux analystes qui espéraient découvrir fin octobre un dispositif pour l'Europe plus important que les quatre projets sélectionnés, PSA a répondu que ceux-ci avaient été retenus en un temps record.

Les observateurs se sont également étonnés de voir que le projet commun de boîte de vitesses de dernière génération n'ait pas été validé, tout comme celui d'une petite voiture pour l'Amérique latine, pourtant présenté en février comme une des applications les plus évidentes de l'alliance.

"C'était un des créneaux où Peugeot avait le plus besoin d'un partenaire", commente Erich Hauser, analyste chez Credit Suisse. "Avec la dégradation actuelle du marché européen, on peut se demander si le plan annoncé en février est encore adéquat, et les synergies promises à l'horizon 2016 toujours d'actualité. Espérons qu'ils ont un plan B."

Avec Soyoung Kim à New York, Gilles Guillaume et Laurence Frost à Paris, édité par Dominique Rodriguez

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  • birmon le mardi 13 nov 2012 à 17:17

    Les socialistes n'ont jamais été doués pour les affaires. En voici une nouvelle preuve.