Les déboires de Credit Suisse soulignent le déclin des BFI européennes

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    par Anjuli Davies et Jamie McGeever 
    LONDRES, 24 mars (Reuters) - Les banques d'investissement 
européennes n'ont cessé de céder du terrain face à leurs 
concurrentes américaines depuis la crise financière de 2008-2009 
et l'annonce mercredi par Crédit Suisse  CSGN.S  d'une réduction 
de la voilure dans ses activités de marché en est une nouvelle 
illustration. 
    La deuxième banque suisse supprimera ainsi 2.000 postes 
supplémentaires au sein de sa division Global Markets, en sus 
des 4.000 emplois détruits annoncés en janvier.   
    Les banques d'investissement ont massivement réduit leurs 
coûts et supprimé des postes depuis la crise financière de 2008, 
le durcissement de la réglementation limitant leur capacité et 
leur volonté d'intervenir comme teneurs de marché. 
    Les grandes banques américaines se sont adaptées plus 
rapidement que leurs concurrentes européennes au nouvel 
environnement en partie parce que les régulateurs américains les 
ont contraintes à renforcer leurs fonds propres plus tôt mais 
aussi parce qu'elles sont adossées au marché le plus important 
et le plus lucratif en termes de commissions au monde.  
    L'essentiel de la réduction de voilure des banques 
européennes est intervenu dans les activités de marché sur les 
taux, le change et les matières premières (FICC, pour fixed 
income, currencies and commodities) dans lesquelles les revenus 
ont chuté et les banque d'investissement américaines font 
désormais la course en tête.  
    Dans une étude publiée au début de mois, le centre de 
réflexion sur les questions européennes Bruegel s'est alarmé du 
déclin des banques d'investissement européennes.  
    http://bit.ly/25nt9H3 
    "Les banques d'investissements américaines sont près 
d'acquérir une position dominante en Europe tandis que depuis 
2015 les banques d'investissement chinoises ont dépassé leurs 
homologues américaines et européennes en Asie-Pacifique", 
relèvent les auteurs de l'étude. 
    Ils appellent les autorités européennes à prendre la mesure 
du caractère stratégique des activités bancaires et financières 
et plaident pour que les grandes entreprises européennes 
soutiennent les quelques banques d'investissement européennes 
qui restent en leur accordant notamment une place dans les 
syndicats de placement de leurs émissions qui sont dominés par 
les banques américaines.  
     
    PERTE DE PARTS DE MARCHE  
    En 2007, les huit premières banques d'investissement 
européennes avaient réalisé un chiffre d'affaires de 48 
milliards de dollars (43 milliards d'euros) dans les activités 
FICC, contre 38 milliards pour leurs cinq principales homologues 
américaines, montrent des données du cabinet de consultants 
Tricumen. 
    L'année dernière, les banques européennes n'ont réalisé que 
26 milliards de dollars de revenus en FICC contre 43 milliards 
de dollars pour les banques américaines.  
    Le durcissement de la réglementation a renchéri le coût des 
activités de trading FICC, contraignant des banques, en 
particulier en Europe, à se désengager entièrement de certaines 
lignes de produits. 
    "Le premier trimestre a été violent et a révélé le poids des 
coûts fixes - en technologies de l'information, en 
infrastructure, en salaires - sur des revenus beaucoup plus 
faibles", relève Chris Wheeler, analyste d'Atlantic Equities. 
    "Les activités FICC demeurent le principal coupable, car 
elles restent très gourmandes en fonds propres." 
    Les données de Tricumen montrent que les 13 plus grandes 
banques d'investissement employaient un peu plus de 18.000 
personnes dans les activités de front office FICC au premier 
trimestre contre plus de 27.300 en 2010. 
    Tricumen estime que 600 des 2.000 suppressions de postes 
annoncées par Credit Suisse concerneront les activités FICC.  
    Les évolutions technologiques des dix dernières années ont 
aussi entraîné une explosion du trading automatisé et la plupart 
des banques se concentrent désormais sur l'amélioration des 
technologies de trading et préfèrent recruter des chefs de 
projet et des informaticiens plutôt que des traders. 
    Sur le marché des changes, le trading algorithmique 
représente environ 70% des transactions sur la plateforme 
électronique EBS contre 30% en 2007, selon les données de la 
Banque des règlements internationaux (BRI).  
    "Il y a encore un rôle pour le trader mais il s'est beaucoup 
réduit", a dit le responsable des activités taux d'une banque 
européenne. 
    Pour les analystes de Goldman Sachs, le premier trimestre a 
été "extrêmement difficile" pour les banques d'investissement 
européennes avec une activité déprimée dans tous les segments de 
métiers. Ils s'attendent à une baisse de 25% de leurs revenus 
par rapport à la même période de l'année dernière. 
    John Cryan, le président du directoire de Deutsche Bank 
 DBKGn.DE , a dit que la première banque allemande et l'un des 
grands acteurs de la banque d'investissement en Europe, ne 
dégagerait sans doute pas de profit cette année. 
    Les déboires de Deutsche Bank et d'autres banques 
européennes peuvent inciter leurs concurrentes américaines à 
ramasser la mise et à augmenter leurs parts de marché mais elles 
se montreront sélectives. 
    "Certaines grandes banques américaines sont prêtes à passer 
à l'attaque. Mais ce n'est pas si simple et ce n'est pas un jeu 
à somme nulle. Beaucoup des actifs pondérés des risques dont les 
banques européennes veulent se défaire concernent des activités 
non rentables où les banques américaines n'ont aucune envie de 
se renforcer", a dit Chris Wheeler.      
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid 
Exbrayat) 
 

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