Les déboires de Credit Suisse, reflet du déclin des BFI d'Europe

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LES DÉBOIRES DE CREDIT SUISSE SOULIGNENT LE DÉCLIN DES BANQUES D'INVESTISSEMENT EN EUROPE
LES DÉBOIRES DE CREDIT SUISSE SOULIGNENT LE DÉCLIN DES BANQUES D'INVESTISSEMENT EN EUROPE

par Anjuli Davies et Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - Les banques de financement et d'investissement (BFI) européennes n'ont cessé de céder du terrain face à leurs concurrentes américaines depuis la crise financière de 2008-2009 et l'annonce mercredi par Credit Suisse d'une réduction de la voilure dans ses activités de marché en est une nouvelle illustration.

La deuxième banque suisse supprimera ainsi 2.000 postes supplémentaires au sein de sa division Global Markets, en sus des 4.000 emplois détruits annoncés en janvier.

Les banques d'investissement ont massivement réduit leurs coûts et supprimé des postes depuis la crise financière de 2008, le durcissement de la réglementation limitant leur capacité et leur volonté d'intervenir comme teneurs de marché.

Les grandes banques américaines se sont adaptées plus rapidement que leurs concurrentes européennes au nouvel environnement en partie parce que les régulateurs américains les ont contraintes à renforcer leurs fonds propres plus tôt mais aussi parce qu'elles sont adossées au marché le plus important et le plus lucratif en termes de commissions au monde.

L'essentiel de la réduction de voilure des banques européennes est intervenu dans les activités de marché sur les taux, le change et les matières premières (FICC, pour fixed income, currencies and commodities) dans lesquelles les revenus ont chuté et les banques d'investissement américaines font désormais la course en tête.

Dans une étude publiée au début de mois, le centre de réflexion sur les questions européennes Bruegel s'est alarmé du déclin des banques d'investissement européennes.

"Les banques d'investissements américaines sont près d'acquérir une position dominante en Europe tandis que depuis 2015 les banques d'investissement chinoises ont dépassé leurs homologues américaines et européennes en Asie-Pacifique", relèvent les auteurs de l'étude.

Ils appellent les autorités européennes à prendre la mesure du caractère stratégique des activités bancaires et financières et plaident pour que les grandes entreprises européennes soutiennent les quelques banques d'investissement européennes qui restent en leur accordant notamment une place dans les syndicats de placement de leurs émissions qui sont dominés par les banques américaines.

PERTE DE PARTS DE MARCHÉ

En 2007, les huit premières banques d'investissement européennes avaient réalisé un chiffre d'affaires de 48 milliards de dollars (43 milliards d'euros) dans les activités FICC, contre 38 milliards pour leurs cinq principales homologues américaines, montrent des données du cabinet de consultants Tricumen.

L'année dernière, les banques européennes n'ont réalisé que 26 milliards de dollars de revenus en FICC contre 43 milliards de dollars pour les banques américaines.

Le durcissement de la réglementation a renchéri le coût des activités de trading FICC, contraignant des banques, en particulier en Europe, à se désengager entièrement de certaines lignes de produits.

"Le premier trimestre a été violent et a révélé le poids des coûts fixes - en technologies de l'information, en infrastructure, en salaires - sur des revenus beaucoup plus faibles", relève Chris Wheeler, analyste d'Atlantic Equities.

"Les activités FICC demeurent le principal coupable, car elles restent très gourmandes en fonds propres."

Les données de Tricumen montrent que les 13 plus grandes banques d'investissement employaient un peu plus de 18.000 personnes dans les activités de front office FICC au premier trimestre contre plus de 27.300 en 2010.

Tricumen estime que 600 des 2.000 suppressions de postes annoncées par Credit Suisse concerneront les activités FICC.

Les évolutions technologiques des dix dernières années ont aussi entraîné une explosion du trading automatisé et la plupart des banques se concentrent désormais sur l'amélioration des technologies de trading et préfèrent recruter des chefs de projet et des informaticiens plutôt que des traders.

Sur le marché des changes, le trading algorithmique représente environ 70% des transactions sur la plateforme électronique EBS contre 30% en 2007, selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI).

"Il y a encore un rôle pour le trader mais il s'est beaucoup réduit", a dit le responsable des activités taux d'une banque européenne.

Pour les analystes de Goldman Sachs, le premier trimestre a été "extrêmement difficile" pour les banques d'investissement européennes avec une activité déprimée dans tous les segments de métiers. Ils s'attendent à une baisse de 25% de leurs revenus par rapport à la même période de l'année dernière.

John Cryan, le président du directoire de Deutsche Bank, a dit que la première banque allemande et l'un des grands acteurs de la banque d'investissement en Europe, ne dégagerait sans doute pas de profit cette année.

Les déboires de Deutsche Bank et d'autres banques européennes peuvent inciter leurs concurrentes américaines à ramasser la mise et à augmenter leurs parts de marché mais elles se montreront sélectives.

"Certaines grandes banques américaines sont prêtes à passer à l'attaque. Mais ce n'est pas si simple et ce n'est pas un jeu à somme nulle. Beaucoup des actifs pondérés des risques dont les banques européennes veulent se défaire concernent des activités non rentables où les banques américaines n'ont aucune envie de se renforcer", a dit Chris Wheeler.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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