Les Danois rejettent une plus grande intégration européenne

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 (Actualisé avec résultats et réactions) 
    par Sabina Zawadzki et Alexander Tange 
    COPENHAGUE, 3 décembre (Reuters) - Les Danois ont rejeté 
jeudi par référendum l'adoption de plusieurs règles européennes 
en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière, 
infligeant ainsi un nouveau revers à une Union européenne 
confrontée au scepticisme d'une partie de sa population quant à 
sa capacité à assurer prospérité et sécurité. 
    A l'issue de cette consultation, qui portait plus largement 
sur le degré d'intégration du Danemark au sein de l'Union, le 
"non" l'a emporté avec 53,1% des suffrages face au "oui", qui a 
recueilli 46,9% des voix. La participation, de 72%, a été 
supérieure à ce que prédisaient les instituts de sondage. 
    Au cours de la campagne, les partisans du "oui", soit les 
grands partis traditionnels, ont peiné à convaincre les 
électeurs à l'aide d'arguments techniques qui se sont heurtés au 
message simple martelé par le Dansk Folkeparti (Parti populaire 
danois, DF). Selon ce dernier, partisan du "non", le Danemark ne 
devrait jamais renoncer à ses exemptions arrachées dans les 
années 1990 ni abandonner sa souveraineté dans le domaine de la 
sécurité aux "eurocrates" de Bruxelles, plus encore depuis les 
attentats du 13 novembre à Paris. 
    "Les Danois savent que lorsqu'on laisse faire Bruxelles, les 
choses sont traitées de très loin dans un système 
non-transparent dans lequel nous perdons beaucoup de notre 
démocratie", a réagi le chef de file du DF, Kristian Dahl 
Thulesen, lorsqu'il est apparu que le "non" allait l'emporter. 
    Après le rejet par les Danois du traité de Maastricht lors 
du référendum de 1992, le Danemark a obtenu certaines exemptions 
dans les domaines de la justice et des affaires intérieures, ce 
qui a permis la victoire du "oui" l'année suivante. 
     
    QUELLES CONSÉQUENCES POUR LA GRANDE-BRETAGNE? 
    Le pays est toutefois membre d'Europol, agence européenne 
chargée de la lutte contre le crime organisé, mais le traité de 
Lisbonne adopté en 2009 a changé la donne et, pour continuer à 
en faire partie, Copenhague doit renoncer à certaines de ses 
exemptions en reprenant à son compte 22 textes européens 
relatifs à la sécurité. 
    Dans le cadre du référendum, les électeurs devaient 
autoriser ou non le Parlement à les adopter. 
    Aucune des 22 mesures présentées au vote ne concernait 
l'immigration mais pour le DF, l'adoption de ces propositions 
allait inévitablement ouvrir la voie à des réformes dans ce 
domaine, sans avoir à en passer par l'organisation de nouveaux 
référendums. 
    Tenant du "oui", le Premier ministre libéral Lars Løkke 
Rasmussen, qui dirige un gouvernement minoritaire s'appuyant à 
l'occasion sur le DF, s'est efforcé de ne pas livrer une 
interprétation négative du résultat, préférant mettre l'accent 
sur un contexte européen marqué par la crise des réfugiés. 
    "Je ne considère pas qu'il s'agisse d'un pas en arrière. Les 
Danois ont refusé de faire un pas en avant", a-t-il dit à la 
presse. "Les raisons pour lesquelles les Danois ont refusé de 
choisir ce que nous proposions sont probablement liées au fait 
qu'il y a ce sentiment d'incertitude étant donné que l'Europe 
est actuellement confrontée à d'autres problèmes majeurs que 
nous n'avons pas véritablement réglés." 
    Ce résultat devrait conforter toutes les forces, dans les 
divers pays de l'UE, qui militent pour un retour vers davantage 
de souveraineté nationale, en particulier en Grande-Bretagne, 
dont les électeurs seront appelés d'ici fin 2017 à se prononcer 
sur le maintien ou non de leur pays au sein de l'UE. 
    Selon une source proche des discussions entre le 
gouvernement britannique et l'exécutif européen, le "non" danois 
présage mal de l'avenir de la Grande-Bretagne au sein de l'UE, 
d'autant que la question de la maîtrise de l'immigration semble 
avoir joué un rôle décisif dans le vote au Danemark. "Le même 
facteur, la même crainte", résume cette source. 
 
 (Avec Erik Matzen et Annabella Nielsen à Copenhague et Paul 
Taylor à Bruxelles; Jean-Philippe Lefief, Guy Kerivel et 
Bertrand Boucey pour le service français) 
 
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