Les crises financières ne sont pas nouvelles

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(lerevenu.com) - Gilles Bazy Sire, président d'Equity GPS décortique les mécanismes de crise à travers l'histoire contemporaine et leurs effets sur la Bourse.

La première crise financière documentée de l'histoire remonterait à 1637 quand la bulle spéculative «oignons de tulipes» se dégonfle brutalement aux Provinces Unies. Ce «crash» entraîne ses corollaires habituels de récession économique, faillites, et baisse du prix de l'immobilier, ce dernier étant gagé par les spéculateurs pour obtenir de banquiers devenus imprudents des prêts destinés à thésauriser le précieux bulbe.

Avec le recul, on peut rattacher cet épisode à la famille des ralentissements économiques dus à la nécessaire résorption d'un surendettement initial rendu soudainement excessif par un ralentissement, même ponctuel, de l'activité économique.

Si les crises ne sont pas l'apanage de la période contemporaine, il est utile de se pencher avec pragmatisme et mesure sur l'effet de leur apparition sur l'évolution ultérieure des marchés actions.

Le tableau ci-après regroupe 22 événements marquants de l'histoire politique et financière de ces 100 dernières années et identifie pour chacun l'évolution des marchés un an après que ceux-ci aient commencé à digérer les effets de la crise. Par souci de simplicité, la date de « digestion » de la crise a été fixée au jour où les indices ont recroisé à la hausse pour la première fois leur moyenne mobile à 250 jours.

Cette liste n'est pas exhaustive mais représente un échantillon raisonnablement représentatif des crises qui ont marqué l'histoire récente.

Il apparaît qu'un investisseur théorique qui aurait eu le sang-froid d'acheter un indice large au moment où le marché commençait à digérer les effets du déclenchement de la crise, et l'aurait vendu un an après, aurait effectué une plus-value moyenne de +9% par an (compte non tenu des dividendes).

Ce chiffre est à comparer à l'évolution à long terme du Dow Jones : environ +5% par an hors dividendes depuis 1900 (et +7% y compris dividendes).

Les grandes crises du XXe et XXIe siècle et l'évolution des marchés

Evenements /date / evolution du Dow Jones un an après avoir intégré la crise

Première Guerre mondiale 1/08/1914 +33%

Crise de 1929 29/10/1929 +26%

Seconde Guerre mondiale 1/09/1939 -10%

Guerre de Corée 25/06/1950 +16%

Crise des missiles de Cuba 14/10/1962 +15%

Guerre du Vietnam 2/03/1965 +3%

Fin de Bretton Woods : le dollar flotte 15/08/1971 +4%

1er choc pétrolier 5/11/1973 +32%

2e choc pétrolier 16/01/1979 +4%

Guerre Iran-Irak 22/09/1980 -13%

Krach d'octobre 1987 19/10/1987 +16%

Guerre du Golfe 2/08/1990 +6%

Crise asiatique 2/07/1997 +9%

Crise de la dette russe 17/08/1998 +26%

Faillite du hedge fund LTCM 23/09/1998 +21%

Eclatement de la bulle Internet 1/03/2000 -13%

Attentats du 11 septembre 2001 11/09/2001 -14%

Opération OIF 20/03/2003 +21%

3e choc pétrolier 1/07/2008 +17%

Crise des subprimes 16/08/2008 +16%

crise de l'euro 1er trim. 2010 -19% (Variation de l'Euro Stoxx 50)

Accident de Fukushima 11/03/2011 -9% (variation du Nikkei)

Trois leçons peuvent être tirées de cette analyse rétrospective historique :

1) Les « crises » sont malheureusement inévitables et fréquentes; l'investisseur doit intégrer la certitude de leur occurrence. Elles ne sont pas l'apanage de la période présente.

2) Un investisseur mesuré a intérêt à chercher à discerner à partir de quand les «marchés» sur-réagissent après le début d'une crise.

Peuvent alors se présenter des opportunités raisonnables de performance sur le moyen terme.

3) Un investisseur rationnel peut éviter la survenance de certaines crises s'il demeure sensible à la valorisation du prix des actifs.

Une crise financière manifeste fréquemment un excès d'endettement préalable qui doit nécessairement être résorbé. Si les situations de surendettement sont difficiles à identifier ex-ante, elles coïncident souvent avec des niveaux de valorisations élevées des actifs, dont les actions, niveaux qu'on peut apprécier pour autant qu'on dispose d'un outil objectif de mesure et du recul temporel nécessaire.

Il est intéressant de noter que, parmi les 22 événements (diversement) dramatiques listés dans le tableau, neuf d'entre eux ont été préalablement précédés par des situations d'excès d'endettement, et que cela correspondait la plupart du temps à des niveaux de valorisation des actifs financiers excessivement élevés.

Aujourd'hui, notre outil d'aide à la décision d'investissement en actions ne signale pas de surévaluation patente des marchés mondiaux en moyenne. Pour autant, l'analyse détaillée par valeur, par pays et par secteur indique la nécessité d'une grande sélectivité dans le choix des valeurs après la forte hausse des marchés actions dans le monde depuis 2009.

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