Les coûts d'emprunt de l'Espagne grimpent, sa dette inquiète

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LES COÛTS D'EMPRUNT DE L'ESPAGNE GRIMPENT
LES COÛTS D'EMPRUNT DE L'ESPAGNE GRIMPENT

MADRID (Reuters) - L'Espagne a vu ses coûts d'emprunt bondir mercredi lors d'une adjudication qui a précipité le repli des marchés boursiers, le budget draconien dévoilé par Madrid ne suffisant pas à calmer l'inquiétude des investisseurs face à l'endettement du pays.

Le Trésor espagnol a adjugé pour 2,6 milliards d'euros d'obligations, dans le bas de la fourchette visée, et à des rendements en hausse, le soutien apporté aux banques par les injections de liquidité de la Banque centrale européenne (BCE) ne masquant plus la nervosité des investisseurs.

"On est très loin des adjudications spectaculaires observées entre décembre et février, ce qui sera sans aucun doute interprété comme un assèchement de l'effet des LTRO (opérations de refinancement à long terme de la BCE, NDLR)", commente Peter Chatwell, stratège taux pour le Crédit agricole à Londres.

Madrid a adjugé 1,1 milliard d'euros de papier 2015 à un rendement moyen de 2,89%, contre 2,44% lors d'une précédente opération de ce type mi-mars, mais en deçà des 3,1% attendus. L'offre a été sursouscrite 2,4 fois, contre 5 précédemment.

Le Trésor a également placé pour 973 millions d'euros de papier à échéance 2016 et 489 millions d'euros de papier 2020, à des rendements moyens eux aussi en hausse, à 4,319% (contre 3,376% précédemment; 3,95% attendus) et 5,338% (contre 5,156%; 5,2% attendus) respectivement.

Au total, le montant adjugé ressort dans le bas de la fourchette visée. Madrid espérait placer entre 2,5 et 3,5 milliards d'euros d'obligations souveraines. Les ratios de couverture ressortent en demi-teinte mais traduisent une demande encore solide.

Les Bourses européennes ont creusé leurs pertes après les résultats de l'adjudication, tandis que l'euro côtoyait un plus bas de deux semaines contre le dollar. Vers 10h10 GMT, l'indice paneuropéen Eurostoxx 50 perdait 1,04% et le CAC 40 parisien cédait 1,24%.

Le rendement des obligations espagnoles à cinq ans accentuait quant à lui sa hausse sur le marché secondaire, prenant 26 points de base à 4,53%. Celui du papier à dix ans avançait de 25 pdb à 5,7%, tandis que celui de l'homologue italien prenait 18 pdb à 5,34%.

Le coût de l'assurance contre un défaut de l'Espagne grimpait de son côté, les CDS à cinq ans sur la dette du pays bondissant de 20 pdb sur la séance, à 457 pdb, d'après Markit, entraînant dans leur sillage les CDS italiens à cinq ans, en hausse de 25 pdb à 407 pdb.

Dans le même temps, le spread Espagne/Allemagne à 10 ans atteignait un plus haut depuis novembre à 392 pdb.

"Le marché veut voir les mesures d'assainissement budgétaire mises en oeuvre et le contexte économique s'améliorer", souligne Nick Stamenkovic, de Ria Capital Markets.

Le gouvernement espagnol a présenté la semaine dernière un projet de budget draconien pour 2012, prévoyant 27 milliards d'euros d'économies, soit 2,5% du produit intérieur brut (PIB), dans l'espoir de réduire son déficit budgétaire et d'apaiser les marchés obligataires.

Mais le gouvernement a fait savoir mardi que l'Espagne afficherait malgré tout cette année son endettement le plus élevé depuis au moins 1990, l'économie du pays pâtissant à la fois de la récession et de la hausse de ses coûts d'emprunt.

Nigel Davies, avec le bureau de Londres, Natalie Huet pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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