Les constructeurs appellent à la réduction du coût du travail

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par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Les constructeurs automobiles ont profité du Mondial pour mettre la pression sur leurs gouvernements et syndicats respectifs, en prévenant que la crise actuelle des ventes en Europe soulignait l'urgence de réduire le coût du travail sur le continent.

Carlos Ghosn, PDG de Renault, a frappé particulièrement fort en prévenant vendredi que le groupe pourrait disparaître "sous sa forme actuelle" s'il n'améliorait pas sa compétitivité en France. La veille, à l'ouverture du salon à la presse, son homologue de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin avait indiqué que d'autres constructeurs risquaient de devoir fermer des usines.

Le constat d'une industrie automobile européenne en situation de surcapacité n'est pas nouveau, mais dans la perspective d'une crise qui risque maintenant de durer, plusieurs PDG de grands groupes automobiles ont estimé que le moment était venu de prendre les mesures qui s'imposent.

"Nous sommes maintenant installés dans une situation qui va durer plusieurs années", a indiqué Carlos Tavares, directeur général délégué de Renault. "Nous ne reviendrons pas à des niveaux de pré-crise avant trois à cinq ans."

"Il faut donc se préparer pour une période relativement longue, et donc ceci suppose que nous amenions la performance industrielle de nos sites en France au niveau du 'benchmark' d'autres sites européens."

Prié de dire si Renault pouvait "disparaître" dans le contexte de chute des ventes en Europe, Carlos Ghosn a déclaré sur RTL : "Sous sa forme actuelle, oui. Toute entreprise est liée à son pays, je ne connais aucune entreprise qui soit viable, qui puisse prospérer à partir d'une base qui ne soit pas compétitive."

"Le danger est réel", a-t-il ajouté. "Je ne vous parle pas d'un danger à trois mois ou à six mois (...) Je suis obligé de réfléchir sur des échéances de trois ans, de cinq ans et de dix ans."

PSA Peugeot Citroën, particulièrement dépendant d'un marché européen désormais attendu en baisse de 7 à 8% cette année, a annoncé en juillet une vaste restructuration de ses activités françaises, avec 8.000 nouvelles suppressions d'emplois et la fermeture d'une usine en 2014. Jeudi, à l'ouverture du salon, son président du directoire, Philippe Varin, a estimé que d'autres risquaient de suivre.

"Le marché européen est surcapacitaire et va le rester. Sur les trois ans à venir, on a pris l'hypothèse qu'il resterait à peu près plat. Dans ce contexte, il est évident qu'il y a un certain nombre d'usines à fermer. Nous avons décidé de le faire, mais d'autres constructeurs devront mener des opérations similaires", a-t-il dit.

Si sur le court terme les constructeurs attendent du gouvernement français qu'il facilite le recours au chômage partiel pour faire face à la sous-activité actuelle, sur le modèle du "kurzarbeit" allemand, ils attendent surtout l'ouverture du grand chantier sur le coût du travail promis par François Hollande.

"(Il faut) des mesures concrètes sur un plan établi au niveau du pays d'un côté, au niveau des entreprises (de l'autre) Chacune doit faire son propre boulot", a dit Carlos Ghosn. "Il y a une série de mesures que nous devons prendre nous-mêmes."

Il a tiré la sonnette d'alarme à une dizaine de jours seulement de l'ouverture de discussions sur la compétitivité du groupe. Reuters a rapporté jeudi que Renault discuterait à partir du 8 octobre avec ses syndicats des moyens d'amener la compétitivité de ses usines françaises au niveau espagnol.

Chaque pays et chaque constructeur devra traiter seul ce problème. Après avoir plaidé à nouveau jeudi pour un réduction coordonnée des capacités de production à l'échelle européenne, l'administrateur délégué de Fiat, Sergio Marchionne, a déclaré vendredi que l'association européenne des constructeurs, dont il est également président, n'était pas parvenu à se mettre d'accord sur ce sujet.

Après son avertissement sur le danger réel que court Renault, Carlos Ghosn s'est déclaré optimiste sur la suite des évènements. Interrogé en marge d'une conférence de presse, il a écarté l'idée que la France n'évolue pas en matière de compétitivité.

"Je ne me mets même pas dans cette perspective, je ne peux pas penser un instant que rien ne changera."

Edité par Jean-Michel Bélot

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